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Le grand invité Afrique

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    RDC: «Prendre la tête de la rébellion permet à Joseph Kabila de la rassembler et de clarifier les choses»

    14/10/2026
    La rébellion change de visage. Depuis lundi, c'est l'ancien président Joseph Kabila lui-même qui prend la tête du mouvement politico-militaire, qui était basé à Goma sous le nom de l'AFC-M23 et qui s'appelle désormais le FRN, le Front pour la Refondation de la Nation. Pourquoi ce coup politique de la part de celui qui a gouverné la RDC de 2001 à 2019 ? Et quelle est derrière la stratégie du Rwanda ? Pierre Boisselet est le directeur du département Violences à l'Institut Ebuteli. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
    RFI : Quelle est la stratégie de Joseph Kabila en montant en première ligne ?
    Pierre Boisselet : ce qu'on peut dire, c'est d'abord qu'il n'avait pas forcément grand-chose à perdre en s'affichant à la tête de cette rébellion. Parce qu'il était en exil depuis assez longtemps, il avait été condamné à mort par contumace en RDC. Donc je pense d'abord que la prise par Joseph Kabila de la tête de la rébellion lui permet de la rassembler. Et on sait que ces dernières semaines, ces derniers mois, il y avait pas mal de divisions en interne au sein de la rébellion. Et là, son arrivée à la tête de cette nouvelle structure permet de clarifier un peu les choses.   
    « Le Congo n'est plus une République, mais une dictature », a lancé Joseph Kabila la semaine dernière. Est-ce qu'il ne risque pas de s'entendre dire que lui-même était peut-être un dictateur, non, quand il présidait le Congo ?
    Oui effectivement, il paraît assez mal placé pour faire cette remarque. On se souvient qu'il y a certaines des élections qui l'ont maintenu au pouvoir, notamment en 2011, qui étaient très contestées. On sait qu'il est resté au-delà de son mandat constitutionnel et que la fin de sa présidence était extrêmement tourmentée. Donc effectivement, il paraît mal placé pour faire ces commentaires. Je pense qu'effectivement il ne faut pas sous-estimer, disons, le souvenir négatif qu'a laissé la présidence de Joseph Kabila auprès de nombreux Congolais. Une anecdote parmi d'autres. Mais je me souviens que lorsque le camp de Félix Tshisekedi avait enfin pris tout le pouvoir en 2020, après une courte période de coalition entre les deux, il y avait eu une clameur à Kinshasa qui célébrait le fait de se débarrasser de l'influence de l'ancien président. Voilà. Donc c'est certain que la gouvernance du président Félix Tshisekedi laisse des frustrations, des contestations. Tout le monde n'est pas extrêmement heureux de la gouvernance de Félix Tshisekedi, qu'il dit. Mais de là à se rallier à un ancien président qui n'est pas très populaire et qui est visiblement soutenu par une puissance étrangère et largement considéré comme hostile. Voilà, ça ne se passe pas forcément dans les meilleures dispositions pour rallier à lui.
    Alors, depuis juillet 2025, un peu plus d'un an, donc, il y a une médiation du Qatar en vue d'un vrai cessez-le-feu entre le gouvernement congolais et les rebelles de l’AFC-M23. Mais avec la création de ce FRN, le Front pour la refondation de la nation, est-ce que le processus de Doha ne devient pas hors sol ?
    Effectivement, on peut se poser la question. Bon, déjà, il faut dire qu'il était assez fragile. Ça fait effectivement plus d'un an qu'il avait commencé. Il n'avait pas forcément donné beaucoup de résultats tangibles. Par exemple, le processus n'a pas empêché les rebelles de prendre la ville d'Uvira en fin d'année dernière avant de se retirer sous la pression. Mais enfin, disons qu'il existait encore et il entretenait cette idée que, peut-être, il était possible de trouver un compromis entre les rebelles et le gouvernement congolais sur la justice transitionnelle. Peut-être le partage du pouvoir au niveau local.
    Les échanges de prisonniers ?
    Des échanges de prisonniers, la démobilisation à venir des rebelles, etc. Donc ce processus avait au moins pour mérite de laisser entrevoir une fin négociée à cette crise. Aujourd'hui, étant donné la posture de Joseph Kabila qui a dit qu'il n'y avait rien à attendre du gouvernement actuel de la RDC, étant donné son objectif affiché de renverser le régime actuel, c'est assez difficile de voir ce qu'il reste à négocier. Et bon, à moins de pression internationale intense, je pense que tous les acteurs ont là un prétexte pour suspendre leur participation au processus.
    Alors, pour se rendre à Goma ce lundi, Joseph Kabila est forcément passé par Kigali. Quel est, pour le président rwandais Paul Kagame, l'intérêt de voir Joseph Kabila prendre le leadership de la rébellion congolaise ?
    Alors, je pense qu'il y a un intérêt clé qui est que ça permet de donner une image beaucoup plus congolaise à cette crise. À partir du moment où un ancien président que tout le monde connaît devient une des parties au conflit, ça change un peu l'image qu'on pouvait avoir des rebelles qui jusque-là pouvaient être des gens relativement marginaux dans le système soutenu à bout de bras par un pays étranger.
    Joseph Kabila est mieux connu que Corneille Nangaa ?
    Bien sûr. Clairement, c'est ce que son statut d'ancien président lui donne, les contacts qu'il peut avoir dans la région, etc. Ça va forcément donner une autre image à la rébellion. Et du point de vue de la communication, je pense que c'est un des objectifs.
    En 1997, lors de la conquête du Congo-Kinshasa par les troupes rwandaises, Paul Kagame avait mis en avant le chef rebelle congolais Laurent-Désiré Kabila. Est-ce qu'il est en train d'essayer la même opération politique avec le fils, Joseph Kabila ?
    Peut-être, on peut l'imaginer. En tout cas, ça ne peut que rappeler cet épisode-là aux Congolais et ça fait clairement peser cette menace. Après, il faut dire peut-être aussi que la situation géopolitique est quand même assez différente. Notamment, les États-Unis se sont plutôt rangés du côté du président Félix Tshisekedi dans cette crise, au moins depuis l'élection de Donald Trump. Ce qui est très différent de la situation de 97.
    De 1997 où Bill Clinton soutenait Paul Kagame et Laurent-Désiré Kabila ?
    Oui, il y avait à l'époque une bien plus grande bienveillance, je pense, de la part des États-Unis, à l'égard à la fois du Rwanda et des rebelles.
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    La visite de Felipe VI à Ceuta «permet de réaffirmer l'unité territoriale au-delà des clivages politiques»

    13/10/2026
    Le Roi d'Espagne Felipe VI débute ce mardi une visite de deux jours dans les enclaves de Ceuta et Melilla, située au Nord du Maroc, un peu plus de deux mois après la crise migratoire où des dizaines de milliers de personnes ont franchi la frontière. Quels sont les enjeux de cette visite historique, la première depuis 2007 ? Qu'en est-il des relations diplomatiques entre Rabat et Madrid ? Sara Benjelloun, docteure en sciences politiques et expertes des questions migratoires, répond aux questions de Sophiane Amazian.
    RFI : Sarah Benjelloun, le roi d'Espagne Felipe VI entame ce 13 octobre 2026 une visite de deux jours dans les enclaves de Ceuta et Melilla. Deux mois après la crise migratoire qui a vu près de 70 000 personnes, pour la plupart marocaines, franchir la frontière, pourquoi le roi d'Espagne décide de se déplacer maintenant ?
    Sarah Benjelloun : Nous sommes face à une visite qui a été initialement conçue comme un déplacement institutionnel, mais à laquelle la crise migratoire, le différend autour de la souveraineté sur les territoires de Ceuta et Melilla avec le Maroc et le contexte électoral espagnol, confèrent aujourd'hui une signification beaucoup plus politique. Elle permet de réaffirmer une forme de continuité institutionnelle et d'unité nationale sur la question territoriale, au-delà des clivages politiques.
    Depuis la crise migratoire de fin juillet dernier, le débat sur la souveraineté de Ceuta et Melilla semble s'être réouvert. Est-ce que cette visite royale doit être vue comme une réponse claire ?
    La crise migratoire de juillet a contribué à remettre cette question au premier plan du débat politique. En août, le ministre marocain de la Justice a réaffirmé les droits historiques et géographiques revendiqués par le Maroc sur les deux villes. À ce moment-là, la réaction espagnole a été particulièrement ferme. Dans ce contexte, la visite du couple royal permet à Madrid de répondre à la réaffirmation des revendications marocaines, non pas nécessairement par une nouvelle déclaration automatique, mais par un acte institutionnel particulièrement fort et symbolique : la présence du chef de l'État espagnol dans les deux villes.
    Est-ce que cette revendication de la souveraineté est une priorité dans les relations entre le Maroc et l’Espagne ?
    Il s'agit d'une priorité, effectivement, mais je pense que la réponse du côté du Maroc, comme la réponse espagnole, sera plus mesurée pour préserver l'état des relations bilatérales.
    Il y a de bonnes relations, vous le disiez, aussi depuis quelques années, et la reconnaissance du plan d'autonomie marocain pour le Sahara occidental ?
    Il y a eu un précédent. Le précédent, c'était en mai 2021. C'était une crise migratoire qui avait vu l'arrivée massive de migrants à Ceuta, qui s'était produite dans un contexte de crise diplomatique qui avait été déclenchée par l'accueil en Espagne du chef du Front Polisario pour des raisons médicales. Cette crise avait précédé le rapprochement de 2022 qui s'est construit autour d'un compromis stratégique : le soutien espagnol au plan marocain d'autonomie pour le Sahara occidental, en contrepartie d'une relance de la coopération marocaine notamment et principalement dans le domaine migratoire.
    À lire aussi«C’est de la provocation»: à Casablanca, des Marocains fustigent la venue du roi d’Espagne à Ceuta et Melilla
    Dans son discours au Parlement, le roi Mohammed VI a évoqué la question migratoire et a pointé les limites du modèle actuel de coopération. Est-ce une manière de mettre la pression sur Madrid, avant cette visite ?
    On peut voir dans ce discours un message diplomatique adressé à Madrid. Le roi Mohammed VI reconnaît que la coopération entre les deux pays a enregistré des avancées importantes, notamment dans la lutte contre l'immigration irrégulière. Il considère néanmoins que le modèle actuel a atteint ses limites, comme le démontre, selon lui, les récentes crises migratoires. Le roi a surtout rappelé que la coopération avec Madrid constitue un choix souverain et volontaire du Maroc, qui ne peut être soumis à des pressions, à des menaces ou à un quelconque chantage.
    Et que souhaite concrètement Rabat ? Deux mois après les événements de Ceuta, on imagine, vous le disiez, plus de considération. S'agit-il de revoir la coopération au niveau migratoire, avec plus de moyens de l'Espagne et de l'Union européenne, par exemple ?
    Dans son discours, le souverain, notamment, pointait les difficultés liées à certaines dispositions juridiques et décisions judiciaires espagnoles, qu'il considère comme déconnectées des réalités du terrain et qui compliquerait le rapatriement des migrants, particulièrement celui des personnes mineures. Mohammed VI reconnaît que la coopération entre les deux pays rencontre des limites et qu'il faudrait la repenser, probablement avec plus de moyens financiers et matériels et une coopération migratoire plus étroite.
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    Madagascar: «On ne voit pas actuellement comment il pourrait y avoir des élections à la fin 2027»

    12/10/2026
    À Madagascar, voilà un an que les militaires ont pris le pouvoir à la suite d'une vague de manifestations du mouvement Gen Z. Où en est aujourd'hui la transition politique ? Est-ce que les élections générales auront vraiment lieu d'ici un an, comme promis ? Et jusqu'où le nouveau régime s'est rapproché de la Russie de Vladimir Poutine ? Thierry Vircoulon, chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (Ifri), répond aux questions de RFI.
    RFI : Où en est la transition politique, un an après l'arrivée au pouvoir des militaires ?
    Thierry Vircoulon : La transition politique à Madagascar s'est assez largement enlisée puisque le calendrier qui avait été émis par les autorités de transition prévoyait une transition en trois étapes. Une concertation nationale, première étape, un référendum constitutionnel, deuxième étape, et puis les élections générales à la fin. Et on voit qu'en fait, le calendrier a glissé puisque normalement la concertation nationale aurait déjà dû être terminée. Or, elle semble à peine commencée depuis la fin du mois de septembre, et encore, on n'en est pas très sûr, et on voit que le colonel Michael Randrianirina a promis des élections à la fin de 2027 et que, évidemment, ces élections sont conditionnées par l'accomplissement de la concertation nationale et d'un référendum constitutionnel. Et donc on ne voit pas actuellement comment il pourrait y avoir des élections à la fin 2027 vu le retard considérable qui a été pris dans ce calendrier. 
    L'un des changements les plus visibles depuis un an, c'est le rapprochement de Madagascar avec la Russie. Est-ce à dire que la Grande île est tombée dans l'orbite de Moscou ?
    Non, ce serait excessif de dire ça. Mais ce qu'on peut dire, c'est que Moscou déploie tout son écosystème d'influence à Madagascar dans la mesure où, depuis le mois de décembre 2025, la Russie a envoyé des instructeurs militaires, elle a déployé du monde dans le secteur sécuritaire, dans le secteur aussi économique et puis dans les secteurs culturels, avec la création d'une maison russe à Antananarivo, avec le développement des partenariats entre des médias russes et des médias malgaches, et puis même l'autorisation de l'implantation de l'Église orthodoxe à Madagascar. Donc, on voit l'écosystème d'influence habituelle de Moscou se mettre en place dans la Grande île. 
    Est-ce que le principal avantage offert par Moscou, ce n'est pas tout simplement le fait que le colonel Michael Randrianirina bénéficie à présent d'une escorte de paramilitaires russes d'Africa Corps, qui assure sa sécurité personnelle ?
    Ça a été en effet le point d'entrée de la Russie, c'est-à-dire la sécurisation du régime. Et on sait que c'est le point d'entrée de la Russie dans la plupart des régimes africains. Ils proposent un partenariat sur la sécurité. Donc le colonel, en effet, est en partie sécurisé par des éléments russes. Mais au-delà, on voit que Moscou ne se contente pas du secteur de la sécurité et que la Russie essaie de se développer aussi dans le champ économique, avec beaucoup de Russes qui prospectent divers secteurs économiques dans la Grande île.
    Et la France, quels sont les atouts qui lui restent dans la Grande Ile ?
    La France essaie de maintenir ses positions depuis que la Russie s'est rapprochée du régime. Elle essaye d'intensifier sa coopération aussi dans le secteur sécuritaire, avec en effet des formations et puis des exercices militaires conjoints entre forces françaises et forces malgaches. Et dans le domaine économique aussi, où un certain nombre de projets prioritaires ont été identifiés. Il y a notamment des échanges entre le secteur privé français et le secteur privé malgache pour soutenir ses positions.
    À la suite d'une visite éclair de la ministre française de la Défense à Antananarivo il y a quelques jours, la France s'engage à livrer plusieurs dizaines de drones de surveillance pour lutter contre la pêche illégale. Est-ce une façon de rester présent sur le terrain sécuritaire ?
    Oui, les drones étant devenus le gadget le plus à la mode de tout arsenal militaire, il y a l'idée de les employer pour la pêche illégale. Ça peut être aussi employé pour surveiller les problèmes de vol de bétail dans le sud du pays. Enfin, il y a plusieurs problèmes de sécurité qui peuvent nécessiter des drones. Le drone, c'est surtout un produit d'appel et ce n'est pas la solution des problèmes sécuritaires.
    Alors, dans un an, officiellement, les élections doivent clôturer la transition. Or, en avril dernier, lors d'une rencontre à Moscou, la présidente de la Commission électorale de la Russie a offert ses services au président de la Commission électorale de Madagascar. Que faut-il en penser ?
    Le problème pour le moment, c'est, je le disais tout à l'heure, le caractère irréaliste du calendrier. Entre toutes les opérations de préparation électorale qu'il faut faire et des élections à la fin 2027, on voit bien que ça ne colle pas. Ça risque d'ailleurs de donner lieu à un moment à une tension politique avec les organisations de la société civile et aussi des partis politiques. Parce que la question de la vérification du fichier électoral, la question d'une nouvelle loi électorale, la question de la réforme de la Commission électorale, tout ça, pour le moment, n'a pas été abordé. Et ça, c'est les sujets durs du processus électoral. Et donc la visite du président de la Commission électorale malgache en Russie a suscité un peu d'émoi dans la société civile. Mais le principal problème, c'est quand même le caractère irréaliste du calendrier électoral jusqu'en 2027.
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    Agnès Callamard: avec Navi Pillay, «le comité Nobel n'aurait pas pu choisir quelqu'un de plus important»

    10/10/2026
    Le prix Nobel de la paix a été attribué hier, vendredi 9 octobre, à la Sud-Africaine Navanethem « Navi » Pillay, juge passée par les plus grandes institutions internationales, dont le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. Dans un contexte de fortes tensions autour de la justice internationale qui est de plus en plus contestée, que vient récompenser ce Nobel et quel signal envoie-t-il ? Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, était avec Navi Pillay à Nuremberg, en Allemagne, au moment de l’annonce. Elle répond aux questions de Clothilde Hazard.
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    Rupture entre Sonko et Diomaye Faye au Sénégal: «Le pouvoir présidentiel ne se partage pas»

    09/10/2026
    Au Sénégal, un bras de fer oppose toujours le président Bassirou Diomaye Faye et l'ex-Premier ministre Ousmane Sonko. Arrivés au pouvoir ensemble en avril 2024, ils ont rompu le 22 mai dernier. Est-ce seulement le choc des ambitions ou y aura-t-il un gagnant à la fin ? Maurice Soudieck Dione, professeur de science politique à l’université Gaston Berger de Saint-Louis du Sénégal, répond aux questions de RFI. 
    RFI : Au mois de mai dernier, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko se sont accusés mutuellement d'être responsables de la rupture. Quel est le plus responsable des deux aux yeux de l'opinion sénégalaise ?
    Maurice Soudieck Dione : Je crois que les avis peuvent être partagés. Pour certains, c'est Ousmane Sonko qui est victime de trahison parce qu’il a participé à l'élection du président Bassirou Diomaye Faye. Il a soutenu sa candidature et appelé à voter pour lui. Alors que pour d'autres, le pouvoir présidentiel ne se partage pas, ce n'est pas un canapé, c'est un fauteuil, et que notre charte fondamentale donne l'essentiel des pouvoirs au président de la République. Donc celui-là ne peut pas avoir de chef. Autre chose également, c'est que face à la réalité de la crise économique et face à la réalité politique de l'impossible bicéphalisme, le président a été obligé de prendre cette décision, c'est-à-dire acter la rupture. 
    Alors au début de cette année, les deux hommes s'opposaient notamment sur la façon de résorber la dette colossale du Sénégal. Car Ousmane Sonko ne voulait pas entendre parler d'un accord de financement avec le FMI. Maintenant que Bassirou Diomaye Faye a signé un tel accord, est-ce que les Sénégalais ne vont pas subir un gel des dépenses sociales, ce qui va coûter des voix au président ?
    C'est vrai que cela pourrait profiter à Ousmane Sonko, dans la mesure où certains estiment que, lorsqu'il était aux affaires, le coût des denrées avait été maîtrisé et le coût du carburant et de l'électricité également. Mais cela ne résiste pas à une analyse plus profonde, parce qu'en réalité, c'est la dégradation de la situation économique qui exige que l'on puisse aboutir à ces mesures-là.
    Depuis quelques semaines, les coupures d'électricité se multiplient à Dakar. Alors à qui les Sénégalais vont-ils reprocher la mauvaise gestion de la société Senelec ? Plutôt à Bassirou Diomaye Faye ou plutôt à Ousmane Sonko ?
    Je pense que c'est une situation qui résulte de responsabilités partagées, parce que le Premier ministre Ousmane Sonko a eu à gérer la Primature pendant deux ans. Donc il ne peut pas être totalement absous par rapport au bilan pendant de ces deux ans là. Et on est dans la continuité un peu de ce qui a été fait jusque-là.
    Alors, depuis la rupture entre les deux hommes, les partisans de Bassirou Diomaye Faye ont créé un nouveau parti, Kiiraay. Mais le Pastef d’Ousmane Sonko s'efforce de garder intacte sa force militante. De quel côté est la plus forte dynamique à l'heure actuelle ?
    Il est difficile d'apporter une réponse précise parce qu'en réalité, les partisans d'Ousmane Sonko sont en train de se remobiliser à travers la vente des cartes du Pastef, mais également le président Bassirou Diomaye Faye, à travers Kiiraay, est en train de ratisser large pour capter beaucoup de forces politiques et sociales, et son parti semble de plus en plus attractif. Mais quoi qu'il en soit, ce sont les élections qui vont permettre de saisir ce que pèse chacun d'entre eux.
    Et est-ce que le nouveau parti Kiiraay arrive à débaucher des militants au sein du Pastef ou pas ?
    Kiiraay a eu à prendre beaucoup de responsables et de militants du Pastef. Mais il reste aussi que Pastef a beaucoup résisté face à cette vague de départs. Mais surtout, le Kiiraay est en train de s'ouvrir à d'autres forces politiques, notamment les maires et les présidents de conseil départemental, qui jusque-là étaient de la coalition de l’ancien président Macky Sall, c'est-à-dire la coalition Benno Bokk Yakaar. 
    Et bien sûr, tout le monde pense déjà à la présidentielle de 2029. Le 19 septembre dernier, lors de la pose d'une première pierre en Casamance, Ousmane Sonko s'est retrouvé aux côtés de la star Sadio Mané et lui a lancé, sur le ton de l'humour « Le football, c'est toi, mais la politique, c'est moi ». Est-ce à dire que Ousmane Sonko annonce déjà sa candidature pour 2029 ?
    Oui, c'est très clair. D'ailleurs, ses partisans estiment qu'il est déjà candidat. Il est positionné pour cette échéance électorale. Et cela montre aussi que ses divergences avec le président de la République sont basées sur cette contradiction de leurs ambitions politiques.
    Car Bassirou Diomaye Faye, d'après l'opinion sénégalaise, sera aussi candidat en 2029 ?
    Tout porte à le croire, parce que ses partisans estiment que ce qu'il a entamé avec le premier mandat, il doit le poursuivre avec un second mandat.
    Et pour conclure, qu'est-ce qui oppose véritablement les deux anciens camarades du Pastef, sinon leurs ambitions personnelles respectives ?
    Il faut aussi dire qu'il y a des conceptions différentes de la souveraineté et nous avons avec le président Diomaye Faye une souveraineté qui s'adapte aux réalités, alors que, avec l'ex Premier ministre Ousmane Sonko, il faut que l'idéologie puisse transformer la réalité avec cette perspective absolutiste de la souveraineté. Et aujourd'hui, le président Diomaye Faye semble s'inscrire dans une perspective de relativiser cette forme de souveraineté pour construire des partenariats gagnant-gagnant sans discrimination.
Sobre Le grand invité Afrique
Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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