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- Diohine, un village sérère d’un peu plus de 2 000 habitants, est situé au cœur du bassin arachidier sénégalais. Ici, l’agriculture occupe une place essentielle dans la vie des communautés. Mais la dégradation des sols fragilise les terres agricoles. Pour tenter d’inverser cette tendance, les habitants s’appuient sur une pratique ancienne : la jachère. Elle consiste à laisser certaines terres au repos pendant une période donnée, afin de favoriser leur régénération.
De notre correspondant de retour de Diohine, Habib Diao
Dans le village, l’agriculture rythme encore le quotidien des habitants. Mais au fil des années, les terres s’épuisent. La baisse de leur fertilité et la disparition progressive du couvert végétal compliquent le travail des agriculteurs. « On sent quand même que le sol s'est appauvri, témoigne Pierre Mayokor Diagne, natif du village. Raison pour laquelle on utilise beaucoup d'engrais maintenant. Ce changement, je peux dire qu'on l'a observé depuis une quinzaine d'années. »
Face à cette situation, les habitants tentent de faire revivre une vieille tradition : la jachère communautaire, appelée « Toss » en langue sérère. « Cette pratique, on l'a héritée de nos ancêtres. La jachère a une importance capitale car pendant la saison des pluies, on peut laisser le bétail pâturer, explique Edouard Sene, chef du village de Diohine. On fait le choix de laisser un espace pour ça une année et la suivante, on le délocalise. Ça favorise le repos des terres, car si on continue de les cultiver tous les ans, on finit par les dégrader. »
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La jachère comme lieu de vie
Mais la mise en jachère des terres ne se décide pas individuellement. Elle repose sur une organisation collective qui implique différents acteurs de la communauté. « Il y a la rencontre de tous les quartiers pour pouvoir décider exactement quelle zone réserver à la jachère, détaille Paul Sene, agropasteur. Il peut arriver à un moment que quelqu'un ait pratiquement toutes ses terres en jachère. Alors à celui-ci, on donne quelque chose pour cette année-là, c'est une compensation sociale durant laquelle vraiment tout le monde s'entend. »
Une organisation collective qui vise à favoriser la régénération naturelle des sols. Mais pas que. Pour Maryame Diakité, agronome en service dans la zone, la jachère est avant tout un lieu de vie du village. « C'est déjà un lieu de vie pour les animaux qui y circulent. On a vu des vaches, on entend beaucoup mieux les oiseaux, etc., décrit-elle. On a vu des enfants aussi qui circulent sur la jachère. Donc c'est un lieu de vie du village. C'est aussi un lieu de biodiversité où on laisse le temps à certaines espèces et à certaines plantes de pousser. C'est un lieu qui permet aussi d'enrichir le sol. »
Cette pratique traditionnelle apparaît ainsi comme une réponse collective à un problème devenu préoccupant : la dégradation des sols. En laissant aujourd’hui certaines terres au repos, ces habitants espèrent préserver leur capacité à produire demain. Une tradition ancienne, remise au goût du jour pour restaurer la terre.
À écouter dans 8 milliards de voisinsComprendre l’agriculture urbaine à Dakar Au sud du Liban, les habitants de Kfarchouba dénoncent l'occupation de l'armée israélienne
26/08/2026Au Liban, l’armée israélienne occupe 600 kilomètres carrés du sud du pays. Malgré un cessez-le-feu en vigueur et des négociations en cours, elle continue de raser des villages entiers, de dynamiter des zones entières, d’avancer sur le territoire libanais, de causer des destructions massives… Et de faire régner la peur, notamment dans les régions qui vivent comme dans des zones occupées. RFI est allé à la rencontre des habitants de Kfarchouba et Halta, au sud-est du Liban, à quelques kilomètres de la frontière avec Israël et la Palestine historique.
De notre envoyée spéciale à Kfarchouba et Halta,
À Kfarchouba, les habitants disent vivre sous une occupation qui ne dit pas son nom. Une occupation qui se traduit, chaque jour, par des restrictions et une peur permanente. Ferial Abdel Aal, 43 ans, raconte : « On ne sait pas à quel moment Israël peut entrer chez nous, dans nos maisons. Il n’y a aucune sécurité. Premièrement, à cause d’Israël, qui peut entrer dans le village, et deuxièmement, on ne peut pas aller sur nos terres. Ils tirent dès qu’ils voient quelqu’un, les drones sont au-dessus de nos têtes. »
La quadragénaire estime que le gouvernement libanais les a abandonnés: « Malheureusement, l’État ne s’occupe absolument pas de nous. Au minimum, qu’il nous envoie une force de l’armée libanaise pour qu’elle soit stationnée à l’entrée du village. Comme ça, nous pourrions, dans une certaine mesure, nous sentir en sécurité. Si Israël venait et voulait entrer, l’armée nous préviendrait. »
Pour le maire de KfarChouba, Kassem Kadri, le village est dans une zone grise. « Kfarchouba a souffert de lourdes destructions lors des guerres précédentes. Cette année, la municipalité a dû se plier aux exigences israéliennes pour les éviter. »
À Halta, à quelques minutes en voiture de Kfarchouba, Fadi Shebli, 53 ans, dit avoir toujours vécu sous occupation israélienne. L’an dernier, alors qu’il s’occupait de ses abeilles, il a lui aussi été pris pour cible. « J’ai pris une balle juste à côté de moi, ici, et la poussière m’est arrivée dessus. Je me suis levé, complètement hors de moi. Le poste était à environ 500 mètres de moi. Je me suis mis à crier : "Sur quoi tu tires ? Espèce d’animal !" Ma voix a porté jusque-là. Je leur ai crié que j’avais une autorisation et que je voulais savoir sur quoi ils tiraient. Je me suis mis à crier, à les insulter », raconte-t-il.
Dans ce sud du Liban, malgré la peur, les destructions et l’absence de garanties sur leur sécurité, les habitants restent. Pour eux, quitter leur terre, serait aussi abandonner ce qui leur reste.
À lire aussi«Des gens ne sont pas relâchés»: les habitants du sud du Liban terrorisés par les enlèvements de l'armée israélienneEn Autriche, la construction d’un supermarché Lidl sur un ancien camp de concentration nazi fait polémique
25/08/2026Le site d’un ancien camp de concentration qui devient terrain de construction, sous les yeux d’un maire qui s’est enrichi dans la transaction… Cela se passe, si l’on en croit les médias autrichiens, dans une petite ville de Basse-Autriche, à une trentaine de kilomètres de Vienne. L’affaire s’est envenimée début juillet, quand la presse a annoncé qu’un discounter Lidl serait construit sur le site. Le projet divise.
De notre envoyée spéciale à Leobersdorf,
Le propriétaire du terrain a démenti auprès de RFI : il n’y aura pas de Lidl exactement au niveau de l'ancien camp de concentration. Mais, comme le confirme une visite sur place, des constructions sont bien en cours à Leobersdorf. « Des fondations en béton ont déjà été coulées », précise-t-on. Aucune trace en revanche du passé des lieux, à peine, un peu plus loin, un pan de mur ancien ou des fondations enterrées. « Beaucoup a disparu au fil des décennies », constate un observateur.
Ici se tenait un camp de travail doublé, en 1944-1945, d’une annexe du grand camp de concentration autrichien de Mauthausen. Erich Strobl, membre d’une association locale de mémoire, explique : « Devant nous, dans cette partie du camp, on a amené plus de 400 prisonnières qui ont été mises au travail forcé. Elles venaient d’Auschwitz et de Ravensbrück via Mauthausen. »
Günter Lessig, lui aussi citoyen engagé, se dit consterné. « Peu importe en fait si cela sera un supermarché, un centre logistique, un entrepôt ou autre, souligne-t-il. En fin de compte, la logique du profit l’a emporté sur la culture de la mémoire. Si on recouvre de béton les souvenirs de ces événements, c’est notre responsabilité que nous perdons en tant que société », ajoute-t-il avec amertume.
« Nous avons besoin de lieux commémoratifs »
Le reproche est en partie adressé au maire de Leobersdorf, Andreas Ramharter, que l’on retrouve dans son bureau. Ce dernier, qui est aussi promoteur immobilier, a lui-même acheté le site, alors en friche, en 2021, avant de le revendre au propriétaire actuel pour quelque 16 millions d’euros selon les journalistes. « La seule chose que je peux vous dire, c’est que nous vivons en Autriche dans un État de droit », affirme-t-il. « Toutes les administrations concernées ont donné leur aval pour le projet. Le développeur immobilier a lui aussi des droits », insiste-t-il.
Une honte, dénoncent les associations dans tout le pays. Elles réclament la protection des derniers restes du camp. Au-delà des limites de la loi, c’est le devoir de mémoire qui serait en jeu. « Nous avons un mémorial à Mauthausen qui est grand et très bien équipé. Nous avons besoin de lieux commémoratifs, mais nous n’avons pas non plus besoin d’en avoir 2 000 en Autriche », argue Andreas Ramharter.
Qu’en disent ses administrés ? Devant un supermarché déjà implanté à 700 mètres du site, Brigitte, 68 ans, témoigne sans détour. « Je m’en fiche royalement qu’il y ait eu ici un camp de concentration, lance-t-elle. Ce que je trouve dommage, c’est qu’on construise encore sur un lieu qui était vert. Il y a déjà plein d’entrepôts ici, c’est une bétonisation sans fin ! » Comme elle, beaucoup d’habitants interrogés se montrent indifférents au sombre passé des lieux qu’ils ignoraient d’ailleurs, jusqu’aux révélations de presse.
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24/08/2026Retour affiché sur la scène politique palestinienne de Mohamed Dahlan. Ancienne figure de l'Autorité palestinienne, membre du Fatah, il est en exil depuis 15 ans et vit aux Émirats arabes unis. Il joue désormais les médiateurs pour le plan de paix à Gaza.
De nos correspondants à Jérusalem,
À Gaza, la réapparition de Mohamed Dahlan s’appuie sur la publication récente d’une biographie tirée à 2 000 exemplaires. L’éditeur, Samir Mansour, reconnaît que le livre tombe à point nommé. « Ce livre est très élogieux pour Mohammed Dahlan et sa publication est très opportune. Personne d’autre que Mohammed Dahlan ne peut diriger les affaires, car c’est le seul fils de Gaza qui comprenne la situation aujourd’hui, le seul qui se soucie du peuple », affirme-t-il.
S’agit-il d’un coup de publicité ? Toujours est-il que l’ouvrage n’est pas vendu, mais distribué gratuitement dans l’enclave, où la popularité de Mohamed Dahlan reste tangible. Rédigée par Ahmed Youssef, un ancien cadre du Hamas qui dit s’être éloigné du mouvement islamiste, cette biographie retrace le parcours d’un homme qui fut pourtant, au début des années 2000, un farouche opposant au Hamas. En 2007, lorsque le mouvement islamiste remporte les élections à Gaza, les violences interpalestiniennes atteignent leur paroxysme. À l’époque, Mohamed Dahlan, membre du Fatah, était responsable de la sécurité dans l’enclave, comme le rappelle le politologue gazaoui Ahmad Altanani. « Il avait l’image d’un homme ferme et déterminé. À cette époque, Mohammed Dahlan était le principal adversaire du Hamas dans la bande de Gaza. C’est ce qui l’a conduit à quitter Gaza pour la Cisjordanie », explique-t-il.
Son exil s’est ensuite prolongé en raison de sa rivalité avec le président Mahmoud Abbas. Aujourd’hui, Mohamed Dahlan semble avoir changé de stratégie, comme le souligne le politologue. « Aujourd’hui, Mohamed Dahlan parle avec tout le monde », indique Ahmad Altanani. « Le courant de Mohammed Dahlan et le Hamas sont en contact direct depuis des années, étant donné la situation à Gaza. Plusieurs sources indiquent que Mohammed Dahlan joue un rôle de médiateur. Il entretient des relations ouvertes avec le régime égyptien, avec les Émirats arabes unis, et ces derniers jouissent d’une influence importante sur les Américains. Et puis, il existe un canal de communication entre les Émirats arabes unis et le gouvernement israélien », ajoute-t-il. Le Jerusalem Post a même évoqué en mai une rencontre qui aurait eu lieu entre le chef des renseignements israéliens et Mohamed Dahlan.
Ce retour sur le devant de la scène serait motivé par une ambition personnelle, selon Ahmed Altanani. « Au cours des dernières années, il a tenté de se repositionner au sein du système palestinien. Dans ce contexte, son implication dans le dossier de la bande de Gaza a sans aucun doute constitué un tremplin. De plus, Mohammed Dahlan est originaire de Gaza. C’est là qu’il exerce principalement son influence, et c’est là qu’il s’impose », analyse le politologue.
Les élections législatives prévues en novembre prochain pourraient servir de test pour le courant de Mohammed Dahlan, à condition qu’elles aient bien lieu.
À lire aussiIsraël: les ONG restent sceptiques face aux enquêtes militaires sur des meurtres survenus à Gaza- Mêler savoirs ancestraux et technologies pour mieux gérer l’utilisation des terres, c’est ce qu’a mis en place l’association African People and Wildlife en Tanzanie. Dans le nord du pays, dans le village d’Arkaria, la participation communautaire est au cœur des programmes de réhabilitation des sols dégradés.
De notre correspondante à Dar es Salaam,
C’est un doux son à l’oreille de Mesia Mepukori : celui des herbes hautes qui s’écrasent sous ses pieds, signe d’un sol fertile. Depuis environ un an, ce Masaï est en charge de surveiller l’état des terres de son village. Des graduations taillées sur son bâton traditionnel l’aident à mesurer la hauteur de l’herbe sonore : « ici environ dix centimètres ». Autres outils indispensables : un smartphone et un mètre ruban à dérouler.
« On se place en direction du nord, on déroule le mètre et on prend une photo », explique-t-il. Une fois par mois, Mesia se positionne au même endroit et répond à un questionnaire sur son smartphone, une initiative mise en place par l’ONG African People and Wildlife, récompensée d’un prix l’an dernier.
« Là, je suis en train d’ouvrir l’application pour y entrer les informations. Le pâturage est autorisé en ce moment. Quelle est la couleur de l’herbe : verte, marron ou mixte ? Je réponds verte », détaille-t-il. Selon Mesia, cette nouvelle technologie a amélioré la façon de gérer les sols : « Avant, on regardait sans avoir de données, mais grâce à cette application, on peut faire des relevés précis chaque mois. »
Une fois enregistrées, ces informations sont transmises au centre de conservation, un bâtiment accessible à tous au cœur du village, doté d’internet et d’un grand écran. Un outil clé, comme l’explique Neovitus Sianga, responsable de la conservation et de l’environnement au sein de l’association. « Ce que nous essayons de faire, c’est de revitaliser leur système traditionnel et de le combiner avec la technologie afin de les aider à planifier et gérer les sols, mais aussi à améliorer leur qualité », souligne-t-il.
Les villageois d’Arkaria ont désormais mis en place un système de rotation des terres afin qu’elles se régénèrent. Ils sèment des graines pour offrir une nourriture de meilleure qualité à leur bétail et laissent des branches épineuses sur les sols nus. Cette dernière technique empêche les animaux d’accéder aux terres dégradées, permettant à l’herbe de repousser. Des gestes essentiels alors que la Tanzanie fait partie des endroits de la planète où les sols se dégradent le plus vite.
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