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Reportage international

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    «Si je dis ça, je vais en prison»: en Turquie, l'humour politique en procès

    26/09/2026
    Quand faire des blagues mène en prison. En Turquie, un célèbre humoriste sera jugé à partir de ce lundi 28 septembre pour son dernier spectacle. Deniz Göktas est incarcéré depuis début juillet, accusé notamment d'« insulte » au président Recep Tayyip Erdogan. Sa détention et son procès illustrent l’ampleur des atteintes à la liberté d’expression en Turquie. Pour les comédiens de stand-up, l’autocensure est devenue la règle, malgré un attrait croissant du public pour l’humour politique. À Ankara, Anne Andlauer a assisté à un spectacle.
    La soirée commence par ce qui est devenu une précaution d’usage : le public est prié de ne pas filmer le spectacle. Sur scène, Salih Tiras, 34 ans, figure montante du stand-up en Turquie. Il plaisante sur son look : chemisette noire, lunettes rectangulaires, petite moustache. Un humoriste « de gauche, mais qui a l’air de droite », c’est comme ça qu’il s’est fait connaître.
    Puis il enchaîne les blagues sur l’opposition, le pouvoir, le président Recep Tayyip Erdogan, sa propre famille, la liberté d’expression. Il parle de Deniz Göktas, son collègue, son ami, en prison depuis juillet. Il demande au public de l’applaudir pour le soutenir.
    Deniz Göktas risque jusqu’à dix ans de prison pour trois chefs d’accusation, dont celui « d’insulte au chef de l’État ». Dans son spectacle mis en ligne au début de l’été, il qualifie sans hésiter Recep Tayyip Erdogan de « dictateur ». Une ligne rouge, parmi tant d’autres. La satire politique est un terrain miné, sur lequel Salih Tiras tente lui aussi de tracer son chemin :
     « Tu es tout le temps obligé de t’autocensurer. De penser : "Si je dis ça, je vais en prison." Il y a toujours eu des lignes rouges en Turquie. Les blagues sur la religion, par exemple. Mais la dose d’autocensure a énormément augmenté et les lignes rouges n’ont jamais été aussi floues. Et avec internet, tout le monde peut nous entendre. »
    « Plus ton humour est politique, plus il touche de gens »
    Tout le monde, y compris ceux que les blagues sur le pouvoir ne font pas rire, y compris des procureurs auxquels une poignée d’heures suffisent pour ouvrir une enquête. C’est pour ça que Salih Tiras demande à son public de ne pas filmer ses spectacles. D’un autre côté, il fait salle comble plusieurs soirs par semaine. Il y a une demande, une attente du public, poursuit-il :
     « Plus ton humour est politique, plus il touche de gens. Je pense que c’est lié à l’état de la liberté d’expression. Les gens cherchent des humoristes dont ils peuvent dire : "Ce type parle de moi, il parle de ce qui me préoccupe." Mais le truc, c’est que quand tu montes sur scène et que tu racontes réellement ce qui se passe, les vrais problèmes de ce pays, tu risques la prison. »
    Un peu de rire et de satire dans ce climat politique si lourd, c’est ce que sont venus chercher Muslu et son amie Eda, la trentaine tous les deux. « S’il n’y a pas de politique, je ne viens pas… », affirme Muslu. « On critique le pouvoir en famille, avec nos amis, mais jamais je n’oserais dire ces choses-là en public. Les humoristes sont un peu nos porte-voix. Et en même temps, ça fait du bien de rire pendant deux heures avec des inconnus qui pensent comme nous », ajoute Eda. 
    Ce soir-là, ils sont une petite centaine dans la salle. La vidéo du dernier spectacle de Deniz Göktas – celle qui lui vaut ce procès – a quant à elle été visionnée plus de 15 millions de fois.
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  • Reportage international

    En Irlande, la neutralité au cœur d’un débat qui divise

    25/09/2026
    En Suisse, les électeurs sont appelés aux urnes dimanche pour décider jusqu’où doit aller la neutralité du pays. Une initiative populaire veut inscrire dans la Constitution suisse une neutralité « perpétuelle et armée ». Un débat qui résonne jusqu’en Irlande. À Dublin, le gouvernement muscle ses dépenses militaires et voudrait également permettre l’envoi de militaires à l’étranger sans devoir dépendre systématiquement d’un mandat de l’ONU. Pour ses détracteurs, c’est une ligne rouge, qui menace la neutralité. Un principe très cher au peuple irlandais. 
    De notre correspondante à Dublin,
    Il y a deux semaines, alors que Donald Trump était en Irlande, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues. Et les slogans contre le président américain se mêlaient à ceux pour défendre la neutralité du pays, car même combat pour Valerie et sa pancarte « No to Nato », l’Irlande ne doit pas s’aligner sur les grandes puissances militaires.
    « Nous ne soutenons pas l’impérialisme américain en Irlande. Nous voulons que l’armée américaine quitte l’aéroport de Shannon. L’Irlande est un pays neutre. Les Irlandais ne veulent pas de l’Otan et ce n’est pas au gouvernement, qui est à la botte des Américains, d’en décider. Cette question devrait être soumise à un référendum », explique Valerie.
    L’aéroport de Shannon, dans l’ouest du pays, est régulièrement pointé du doigt, car des avions militaires américains y font escale pour se ravitailler. Or, l’Irlande et ses 5 millions d’habitants restent très attachés à un non-alignement. Selon un récent sondage de l’institut Ireland Thinks, ce sont même 75 % des Irlandais qui soutiennent le maintien de cette neutralité.
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    En 1949, l’Irlande refuse de rejoindre l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, notamment parce que le Royaume-Uni, dont elle s’est libérée il y a peu, en est membre. Mais aujourd’hui, alors que l’Union européenne se réarme à tout va, cette neutralité est mise à rude épreuve. L’île est également traversée par des câbles sous-marins, notamment Internet et énergétiques. Des infrastructures stratégiques que Dublin ne peut pas protéger seul. Un enjeu d’autant plus sensible que des navires russes ont été observés à proximité ces derniers mois.
    Christian Kaunert est chercheur en sécurité internationale à Dublin City University : « On peut parfaitement être un pays neutre tout en disposant de capacités suffisantes pour se défendre ! Et même, disposer de capacités militaires peut justement réduire la probabilité d’avoir à se défendre : une forme de dissuasion. Mais les capacités militaires de l’Irlande ne sont pas à la hauteur de ce qui pourrait être nécessaire… »
    L’eurodéputée Maria Walsh est, par exemple, très favorable à un renforcement des capacités de défense de l’Irlande : « Renforcer notre défense ne remet absolument pas en cause notre neutralité. Avec seulement 0,2 % de notre PIB consacré à la défense - moins que des pays comme Malte ou l’Autriche -, l’Irlande est qualifiée de “maillon faible” par certains de nos voisins européens… »
    Une étiquette dont l’Irlande se passerait bien, d’autant qu’elle préside depuis juillet le Conseil de l’Union européenne et accueille de nombreux dirigeants européens, dont la sécurité doit être garantie.
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    En Ukraine, les enfants qui doivent grandir et se construire sous les bombes

    24/09/2026
    En Ukraine, la guerre dure depuis 4 ans et demi, une éternité pour les enfants et les adolescents. Certains ont dû fuir leur ville, leur maison, beaucoup ont perdu des proches, des parents, tous sont marqués par le danger sourd et permanent. Une situation lourde de conséquences alors qu’ils et elles sont en pleine construction. Pour que l’enfance des petits Ukrainiens ne soit pas volée, un centre leur vient en aide.
    De nos envoyés spéciaux à Mykolaïv,
    À Mykolaïv, au sud de l'Ukraine, un centre accueille des enfants et des adolescents marqués par les dernières années, par le conflit, et leur fournit un soutien psychologique. « Je m’appelle Yaroslav, j’ai 17 ans et je viens de Kherson. Au début de la guerre, nous avons vécu sous occupation, témoigne l'adolescent. Après la libération de la ville, nous sommes venus ici à Mykolaïv avec ma famille. Et je viens au centre pour faire quelque chose de mes mains, faire parler ma créativité. »
    « Ici, on les écoute et c’est le plus important : on écoute d’abord, on analyse après. On parle de tout. C’est un espace de vie en dehors de l’école, en dehors du domicile parental. Le genre de vie auquel tous les enfants devraient avoir accès, souligne Olyna Diomina, travailleuse psychosociale qui accompagne ces enfants au quotidien. « Vous savez, la plupart d’entre eux ne sont presque jamais allés à l’école en personne. D’abord, il y a eu le Covid et puis la guerre est arrivée. Ils ont du mal à sociabiliser et ils souffrent de stress psychologique et ils ne savent pas comment gérer cette situation. C’est à nous, les adultes, de les aider. »
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    Voler aux enfants « leur éducation, leur créativité… tout »
    Le père d'Anna-Maria, treize ans, est parti sur le front. Mais la guerre lui a aussi volé son insouciance. « Au moins, avec le Covid-19 on pouvait porter un masque, ce genre de chose. Avec la guerre, personne ne sait s’il se réveillera le lendemain matin. J’ai commencé à m’isoler, j’ai fait une dépression, je n’arrivais même plus à sortir de chez moi, se rappelle l'adolescente. Et ça a laissé des traces : aujourd’hui encore, à la moindre détonation, j’attrape mes affaires et je fonce à la cave, en un instant. »
    Les sirènes retentissent, un stress permanent qui a des conséquences psychologiques et provoque « une peur incurable, selon Olyna Diomina. Tous les jours, c’est la loterie. Qui ce sera aujourd’hui ? Est-ce que ce sera vous ? Si les adultes ont peur, imaginez à quel point c’est terrifiant pour un enfant. Parfois j’ai l’impression que [les Russes] le font exprès, qu’ils ne veulent pas simplement leur voler leur enfance mais aussi leur éducation, leur créativité… Tout. »
    Les professionnels de ce centre viennent en aide chaque mois à 500 personnes, dont environ 300 enfants de 5 à 18 ans. Quelle que soit l’issue du conflit, un défi immense se dresse devant l’Ukraine : prendre soin de ces enfants et de ces adolescents marqués par la guerre.
    À écouter dans La marche du mondeEnfants en guerre, guerre à l’enfance ?
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    Israël: à l'approche des élections, le refus du service militaire des ultra-orthodoxes divise profondément la société

    24/09/2026
    Des élections législatives sont prévues en Israël à la fin du mois d’octobre. Le pays est en campagne électorale et il est beaucoup question du service militaire. Traditionnellement en Israël, les ultra-orthodoxes en étaient exemptés. Depuis 2023, ce n’est plus le cas. Le monde orthodoxe en majorité refuse cette nouvelle réalité et tente d’obtenir une nouvelle loi d’exemption. Mais dans un pays qui est en guerre sur plusieurs fronts depuis trois ans, beaucoup d'Israéliens trouvent cette situation injuste. Les ultra-orthodoxes, eux, ne veulent rien entendre.
    De notre envoyée spéciale à Bnei Brak,
    Un nouveau quartier se construit à Bnei Brak. Cette ville voisine de Tel-Aviv a deux caractéristiques, explique le maire adjoint Shlomi Elharar : les habitants sont très jeunes et très religieux. En hébreu, on les appelle les « haredim », les « craignant Dieu » : « Il y a 240 000 habitants dans la ville de Bnei Brak, 110 000 ont moins de 18 ans. Bnei Brak est une ville haredi à 99%. »
    Pour cette population, seules comptent les règles de la Torah. L’étude des textes religieux est au-dessus de tout, notamment des obligations de service militaire. Dans un pays en guerre permanente depuis trois ans, le sujet est très clivant. Beaucoup de jeunes refusent de répondre aux ordres d’enrôlement. L’armée estime qu’il lui manque 12 000 combattants, Bnei Brak compte environ 15 000 déserteurs, estime le maire adjoint qui les soutient. David vient de recevoir sa convocation, il a 17 ans : « Je leur réponds que je ne veux pas aller dans l’armée, parce que je pense que ce n’est pas pour moi. C’est tout. Ce n’est pas pour moi, il faudrait vraiment s’adapter et j’ai grandi dans une famille ultra-religieuse. »
    Servir autrement
    Considéré comme déserteur, David ne peut pas sortir d’Israël, il est menacé de sanctions financières et risque d’être arrêté par la police. Mais les religieux disent qu’ils préfèrent la prison à l’armée. Pour Léa Levy, médecin généraliste à Bnei Brak, les ultra-orthodoxes veulent bien servir le pays, mais en faisant du bénévolat plutôt qu’en allant au combat : « On n’a pas besoin de servir le pays de manière uniforme et tous derrière un uniforme. Ces gens-là, qui n’ont pas de smartphones, qui n’ont pas étudié dans des écoles classiques, ils ne sont pas forcément adaptés pour servir dans l’armée. Et je pense que les orthodoxes qui peuvent servir dans l’armée, c’est ceux qui appartiennent à la tranche la plus moderne du monde orthodoxe où, par exemple, les femmes accèdent à des métiers, mais pas les tranches qui ont gardé le plus de tradition. »
    À 24 ans, Benjamin est étudiant en théologie, son parcours est une exception : « J'étais dans une unité d'élite à l'armée pendant à peu près deux ans. Moi, dans mon unité, personnellement, il y avait des filles. Cette proximité, en fait, avec les filles n'était pas bonne. Et mis à part ça, les gens qui étaient autour de moi là-bas, ce n'étaient pas les bonnes personnes. J'avais besoin d'être avec des gens qui font shabbat, qui aiment Dieu, qui comprennent l'importance d'être religieux. » Benjamin a demandé à intégrer une unité ultra-orthodoxe. Déçu, il a repris ses études en religion : « Même en allant dans une unité religieuse, ça manquait de Torah comme je l'attendais. »
    Les ultra-orthodoxes représentent 15% de la population en Israël. La coalition gouvernementale actuellement au pouvoir est tributaire du soutien des partis qui les représentent.
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    Irlande: le festival des célibataires, «le rêve de rencontrer quelqu’un en dehors des applications»

    23/09/2026
    Chaque année en septembre, le paisible village de Lisdoonvarna, dans l’ouest de l’Irlande, accueille le plus grand festival de célibataires d’Europe et voit affluer près de 40 000 visiteurs venus du monde entier. Créé il y a plus de 165 ans, ce festival est né à la fin des récoltes, lorsque les agriculteurs célibataires, jusque-là accaparés par le travail de la terre, pouvaient enfin prendre le temps de chercher une épouse. À l’heure des applications de rencontre et du speed dating, le festival continue de parier sur les rencontres spontanées.
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