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- En Suisse, les électeurs sont appelés aux urnes dimanche pour décider jusqu’où doit aller la neutralité du pays. Une initiative populaire veut inscrire dans la Constitution suisse une neutralité « perpétuelle et armée ». Un débat qui résonne jusqu’en Irlande. À Dublin, le gouvernement muscle ses dépenses militaires et voudrait également permettre l’envoi de militaires à l’étranger sans devoir dépendre systématiquement d’un mandat de l’ONU. Pour ses détracteurs, c’est une ligne rouge, qui menace la neutralité. Un principe très cher au peuple irlandais.
De notre correspondante à Dublin,
Il y a deux semaines, alors que Donald Trump était en Irlande, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues. Et les slogans contre le président américain se mêlaient à ceux pour défendre la neutralité du pays, car même combat pour Valerie et sa pancarte « No to Nato », l’Irlande ne doit pas s’aligner sur les grandes puissances militaires.
« Nous ne soutenons pas l’impérialisme américain en Irlande. Nous voulons que l’armée américaine quitte l’aéroport de Shannon. L’Irlande est un pays neutre. Les Irlandais ne veulent pas de l’Otan et ce n’est pas au gouvernement, qui est à la botte des Américains, d’en décider. Cette question devrait être soumise à un référendum », explique Valerie.
L’aéroport de Shannon, dans l’ouest du pays, est régulièrement pointé du doigt, car des avions militaires américains y font escale pour se ravitailler. Or, l’Irlande et ses 5 millions d’habitants restent très attachés à un non-alignement. Selon un récent sondage de l’institut Ireland Thinks, ce sont même 75 % des Irlandais qui soutiennent le maintien de cette neutralité.
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En 1949, l’Irlande refuse de rejoindre l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, notamment parce que le Royaume-Uni, dont elle s’est libérée il y a peu, en est membre. Mais aujourd’hui, alors que l’Union européenne se réarme à tout va, cette neutralité est mise à rude épreuve. L’île est également traversée par des câbles sous-marins, notamment Internet et énergétiques. Des infrastructures stratégiques que Dublin ne peut pas protéger seul. Un enjeu d’autant plus sensible que des navires russes ont été observés à proximité ces derniers mois.
Christian Kaunert est chercheur en sécurité internationale à Dublin City University : « On peut parfaitement être un pays neutre tout en disposant de capacités suffisantes pour se défendre ! Et même, disposer de capacités militaires peut justement réduire la probabilité d’avoir à se défendre : une forme de dissuasion. Mais les capacités militaires de l’Irlande ne sont pas à la hauteur de ce qui pourrait être nécessaire… »
L’eurodéputée Maria Walsh est, par exemple, très favorable à un renforcement des capacités de défense de l’Irlande : « Renforcer notre défense ne remet absolument pas en cause notre neutralité. Avec seulement 0,2 % de notre PIB consacré à la défense - moins que des pays comme Malte ou l’Autriche -, l’Irlande est qualifiée de “maillon faible” par certains de nos voisins européens… »
Une étiquette dont l’Irlande se passerait bien, d’autant qu’elle préside depuis juillet le Conseil de l’Union européenne et accueille de nombreux dirigeants européens, dont la sécurité doit être garantie.
À lire aussiQuand la Russie menace la neutralité irlandaise - En Ukraine, la guerre dure depuis 4 ans et demi, une éternité pour les enfants et les adolescents. Certains ont dû fuir leur ville, leur maison, beaucoup ont perdu des proches, des parents, tous sont marqués par le danger sourd et permanent. Une situation lourde de conséquences alors qu’ils et elles sont en pleine construction. Pour que l’enfance des petits Ukrainiens ne soit pas volée, un centre leur vient en aide.
De nos envoyés spéciaux à Mykolaïv,
À Mykolaïv, au sud de l'Ukraine, un centre accueille des enfants et des adolescents marqués par les dernières années, par le conflit, et leur fournit un soutien psychologique. « Je m’appelle Yaroslav, j’ai 17 ans et je viens de Kherson. Au début de la guerre, nous avons vécu sous occupation, témoigne l'adolescent. Après la libération de la ville, nous sommes venus ici à Mykolaïv avec ma famille. Et je viens au centre pour faire quelque chose de mes mains, faire parler ma créativité. »
« Ici, on les écoute et c’est le plus important : on écoute d’abord, on analyse après. On parle de tout. C’est un espace de vie en dehors de l’école, en dehors du domicile parental. Le genre de vie auquel tous les enfants devraient avoir accès, souligne Olyna Diomina, travailleuse psychosociale qui accompagne ces enfants au quotidien. « Vous savez, la plupart d’entre eux ne sont presque jamais allés à l’école en personne. D’abord, il y a eu le Covid et puis la guerre est arrivée. Ils ont du mal à sociabiliser et ils souffrent de stress psychologique et ils ne savent pas comment gérer cette situation. C’est à nous, les adultes, de les aider. »
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Voler aux enfants « leur éducation, leur créativité… tout »
Le père d'Anna-Maria, treize ans, est parti sur le front. Mais la guerre lui a aussi volé son insouciance. « Au moins, avec le Covid-19 on pouvait porter un masque, ce genre de chose. Avec la guerre, personne ne sait s’il se réveillera le lendemain matin. J’ai commencé à m’isoler, j’ai fait une dépression, je n’arrivais même plus à sortir de chez moi, se rappelle l'adolescente. Et ça a laissé des traces : aujourd’hui encore, à la moindre détonation, j’attrape mes affaires et je fonce à la cave, en un instant. »
Les sirènes retentissent, un stress permanent qui a des conséquences psychologiques et provoque « une peur incurable, selon Olyna Diomina. Tous les jours, c’est la loterie. Qui ce sera aujourd’hui ? Est-ce que ce sera vous ? Si les adultes ont peur, imaginez à quel point c’est terrifiant pour un enfant. Parfois j’ai l’impression que [les Russes] le font exprès, qu’ils ne veulent pas simplement leur voler leur enfance mais aussi leur éducation, leur créativité… Tout. »
Les professionnels de ce centre viennent en aide chaque mois à 500 personnes, dont environ 300 enfants de 5 à 18 ans. Quelle que soit l’issue du conflit, un défi immense se dresse devant l’Ukraine : prendre soin de ces enfants et de ces adolescents marqués par la guerre.
À écouter dans La marche du mondeEnfants en guerre, guerre à l’enfance ? Israël: à l'approche des élections, le refus du service militaire des ultra-orthodoxes divise profondément la société
24/09/2026Des élections législatives sont prévues en Israël à la fin du mois d’octobre. Le pays est en campagne électorale et il est beaucoup question du service militaire. Traditionnellement en Israël, les ultra-orthodoxes en étaient exemptés. Depuis 2023, ce n’est plus le cas. Le monde orthodoxe en majorité refuse cette nouvelle réalité et tente d’obtenir une nouvelle loi d’exemption. Mais dans un pays qui est en guerre sur plusieurs fronts depuis trois ans, beaucoup d'Israéliens trouvent cette situation injuste. Les ultra-orthodoxes, eux, ne veulent rien entendre.
De notre envoyée spéciale à Bnei Brak,
Un nouveau quartier se construit à Bnei Brak. Cette ville voisine de Tel-Aviv a deux caractéristiques, explique le maire adjoint Shlomi Elharar : les habitants sont très jeunes et très religieux. En hébreu, on les appelle les « haredim », les « craignant Dieu » : « Il y a 240 000 habitants dans la ville de Bnei Brak, 110 000 ont moins de 18 ans. Bnei Brak est une ville haredi à 99%. »
Pour cette population, seules comptent les règles de la Torah. L’étude des textes religieux est au-dessus de tout, notamment des obligations de service militaire. Dans un pays en guerre permanente depuis trois ans, le sujet est très clivant. Beaucoup de jeunes refusent de répondre aux ordres d’enrôlement. L’armée estime qu’il lui manque 12 000 combattants, Bnei Brak compte environ 15 000 déserteurs, estime le maire adjoint qui les soutient. David vient de recevoir sa convocation, il a 17 ans : « Je leur réponds que je ne veux pas aller dans l’armée, parce que je pense que ce n’est pas pour moi. C’est tout. Ce n’est pas pour moi, il faudrait vraiment s’adapter et j’ai grandi dans une famille ultra-religieuse. »
Servir autrement
Considéré comme déserteur, David ne peut pas sortir d’Israël, il est menacé de sanctions financières et risque d’être arrêté par la police. Mais les religieux disent qu’ils préfèrent la prison à l’armée. Pour Léa Levy, médecin généraliste à Bnei Brak, les ultra-orthodoxes veulent bien servir le pays, mais en faisant du bénévolat plutôt qu’en allant au combat : « On n’a pas besoin de servir le pays de manière uniforme et tous derrière un uniforme. Ces gens-là, qui n’ont pas de smartphones, qui n’ont pas étudié dans des écoles classiques, ils ne sont pas forcément adaptés pour servir dans l’armée. Et je pense que les orthodoxes qui peuvent servir dans l’armée, c’est ceux qui appartiennent à la tranche la plus moderne du monde orthodoxe où, par exemple, les femmes accèdent à des métiers, mais pas les tranches qui ont gardé le plus de tradition. »
À 24 ans, Benjamin est étudiant en théologie, son parcours est une exception : « J'étais dans une unité d'élite à l'armée pendant à peu près deux ans. Moi, dans mon unité, personnellement, il y avait des filles. Cette proximité, en fait, avec les filles n'était pas bonne. Et mis à part ça, les gens qui étaient autour de moi là-bas, ce n'étaient pas les bonnes personnes. J'avais besoin d'être avec des gens qui font shabbat, qui aiment Dieu, qui comprennent l'importance d'être religieux. » Benjamin a demandé à intégrer une unité ultra-orthodoxe. Déçu, il a repris ses études en religion : « Même en allant dans une unité religieuse, ça manquait de Torah comme je l'attendais. »
Les ultra-orthodoxes représentent 15% de la population en Israël. La coalition gouvernementale actuellement au pouvoir est tributaire du soutien des partis qui les représentent.
À lire aussiIsraël: nette hausse du recrutement des ultra-orthodoxes dans l'arméeIrlande: le festival des célibataires, «le rêve de rencontrer quelqu’un en dehors des applications»
23/09/2026Chaque année en septembre, le paisible village de Lisdoonvarna, dans l’ouest de l’Irlande, accueille le plus grand festival de célibataires d’Europe et voit affluer près de 40 000 visiteurs venus du monde entier. Créé il y a plus de 165 ans, ce festival est né à la fin des récoltes, lorsque les agriculteurs célibataires, jusque-là accaparés par le travail de la terre, pouvaient enfin prendre le temps de chercher une épouse. À l’heure des applications de rencontre et du speed dating, le festival continue de parier sur les rencontres spontanées.
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21/09/2026À Kiev, dans le plus grand hôpital pédiatrique d'Ukraine, les transplantations d'organes n’ont pas cessé depuis le début de l'invasion russe en février 2022. Nous avons suivi l'opération de Khrystyna, un bébé de neuf mois, à qui sa tante vient de donner une partie de son foie – la centième transplantation hépatique de l'hôpital. Malgré les missiles, les coupures d'électricité et l'espace aérien fermé, les chirurgiens continuent d'opérer. Et pour transporter les organes, certains envisagent désormais des drones militaires reconvertis.
De notre correspondante à Kiev,
Nous sommes au huitième étage de l’hôpital. Depuis quelques semaines, les attaques russes se sont intensifiées sur la capitale ukrainienne. Dans l’une des sept salles d’opération, trois chirurgiens chaussés de lunettes grossissantes sont aux prises avec le foie de Tetyana. Cette femme de 36 ans a décidé de donner une partie de son organe sain à sa nièce, Khrystyna, âgée de neuf mois. Le bébé est en train d’être préparé à l’opération dans le bloc voisin. Oleg Godik, le chirurgien en chef, reste étonnamment détendu : « Nous prélevons deux segments du foie du donneur, puis nous les réduisons, voire les hyper-réduisons si nécessaire, afin qu’ils soient adaptés au receveur avant la transplantation. L’opération dure en moyenne cinq à six heures. »
D’ailleurs, cela peut paraître surprenant, mais, pour se concentrer, les chirurgiens ont mis de la musique métal en fond sonore. Peut-être aussi une façon de faire écran au quotidien anxiogène ambiant.
L’opération de Khrystyna est la 100e greffe de foie réalisée dans cet hôpital. En Ukraine, le pays effectue encore des centaines de transplantations par an et ce chiffre continue de grimper malgré la guerre. Cependant, le cadre est très strict. Une loi adoptée dès 2018 interdit formellement qu’un organe soit prélevé sur un soldat tué au front ou sur un civil mort à la suite des attaques russes.
Maintenir les transplantations malgré la guerre
Le chirurgien cardiaque Borys Todurov, grand ponte des greffes dans le pays, a lui-même suggéré cette loi au gouvernement. Il nous accueille dans son bureau de l’Institut du cœur, sur la rive gauche de Kiev : « C’était une manière d’éviter les spéculations dans les médias russes. Dès les premiers jours de la guerre, les médias russes racontaient chaque jour que des équipes ukrainiennes de transplantation se rendaient sur le front pour prélever les organes des personnes tuées. »
Maintenir ces transplantations en temps de guerre impose aussi des défis concrets. L’espace aérien ukrainien est fermé depuis février 2022. Et transporter un organe, c’est aussi une course contre la montre, car il ne survit que six heures au maximum hors du corps. L’an dernier, les équipes de Todurov ont parcouru 34 000 kilomètres, presque l’équivalent d’un tour du monde : « Quand nous roulions pendant les attaques, avec des bombes qui explosaient devant nous, c’était extrêmement dangereux. »
Une solution se dessine pourtant : des drones militaires reconvertis, capables de parcourir 700 kilomètres à plus de 110 km/h. Son équipe n’attend plus que l’approbation des forces armées, afin que les militaires comprennent que ce qui vole n’est pas forcément un ennemi, mais peut servir à transporter des organes.
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