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- À Bangkok, les autorités souhaitent mieux encadrer les vendeurs de rue. Depuis 2022, leur nombre aurait chuté de plus de 60 % dans la capitale thaïlandaise. L’administration métropolitaine met en avant l’ordre et l’hygiène. Mais pour de nombreux vendeurs, cette réorganisation, disent-ils, risque de les couper de leurs clients, et parfois de leur seul moyen de subsistance.
De notre correspondant à Bangkok,
Mangue, fruit du dragon, goyave et noix de coco : derrière son petit chariot, Samrong, 61 ans, vend des fruits coupés dans une ruelle de Silom, un quartier animé de Bangkok. Quand elle est arrivée, le bâtiment derrière elle n’existait pas encore. « Ça fait plus de 30 ans que je suis installée ici, depuis que ce centre commercial a commencé à être construit », explique-t-elle. Les vendeurs de rue sont de plus en plus poussés vers la sortie. Depuis 2022, leur nombre aurait chuté de plus de 60 %, soit environ 10 000 en moins, selon l’administration métropolitaine. La mairie dit vouloir rendre les trottoirs aux piétons et améliorer l’hygiène. « À l’avenir, il n’y aura sans doute presque plus de vendeurs sur les trottoirs », déplore Samrong.
Dans les zones non autorisées, l’amende peut monter jusqu’à 2 000 bahts, un peu plus de 50 euros. Non loin d’ici, un vendeur réputé de saucisses frites d’Isan, le Nord-Est thaïlandais, a fini par accepter de quitter le trottoir après plusieurs verbalisations. Samrong, elle, se demande quand son tour viendra : « Oui, je suis inquiète. Ça fait longtemps que je vends ici. Mais si ce jour arrive vraiment, il faudra bien rendre l’espace. » Si elle doit partir, elle rentrera dans sa province natale, à Buriram.
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Bangkok teste un nouveau modèle
Ce que Samrong redoute est déjà arrivé à d’autres. Dans le même quartier, Yui et Ning, une mère et sa fille, ont vu de nombreux stands voisins disparaître. « Avant, il y avait bien plus de vendeurs. Beaucoup sont rentrés en province », regrette Yui. Leur stand familial vend des plats simples : riz, omelettes, boulettes de viande… de quoi nourrir les employés du quartier. Mais elles aussi craignent de devoir partir. « Si on doit aller dans un espace organisé par la mairie, il faudra louer un emplacement. Donc on devra payer plus, alors qu’en ce moment, l’économie est mauvaise », poursuit Yui. Leur crainte : perdre leur coin de trottoir dans cette zone de bureaux, et, avec lui, leurs habitués. « Si on doit partir ailleurs, on ne sait pas si on pourra vendre autant qu’avant », s'inquiète Ning.
Près du parc Lumphini, à quelques centaines de mètres, Bangkok teste son nouveau modèle : un centre couvert, avec stands alignés, zones de lavage et horaires encadrés. Ae fait griller des brochettes de porc. Elle, de son côté, y voit une amélioration. « Avant, sur les trottoirs, ce n’était pas très organisé. Cela pouvait donner l’impression d’être un peu sale. Maintenant, c’est plus joli, ça donne envie de venir goûter », juge-t-elle.
Sous le toit du centre, les allées sont dégagées. Bangkok veut mettre sa street-food au propre. Mais pour certains vendeurs, ce désordre faisait aussi son charme : une cuisine populaire, abordable, et indissociable de la culture du royaume.
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28/08/2026Conséquence du réchauffement climatique, la mer du Nord devient le nouveau paradis des poulpes, calamars et autres seiches. Les céphalopodes s’épanouissent dans des eaux qui se sont réchauffées de quatre degrés en une centaine d’années. Aujourd’hui, les seiches communes, calmars côtiers et poulpes communs, représentent plus d’une capture sur cinq des pêcheurs flamands – 23 % des tonnages, selon les autorités flamandes. Et ces chiffres sont en constante augmentation.
De notre envoyé spécial à Ostende et Zeebruges,
18 h au marché aux poissons d'Ostende, Mario ferme la boutique et nettoie son étal au jet. « Les calamars ? Il y en a plein sur la côte belge, s'exclame le poissonnier. Avant, ça n’existait pas ici. Maintenant, ce sont des quantités énormes de calamars qui débarquent, et il y a moins de crevettes. Il y a des poulpes aussi ! »
Ce phénomène s'explique par le réchauffement de quatre degrés en cent ans de la partie sud de la mer du Nord, peu profonde. « Les œufs de poulpe, il leur faut une température comprise entre 9 et 11 degrés pour éclore, explique Hans Polet, directeur scientifique à l'Institut flamand de recherche pour l'agriculture et la pêche. Avant, c'était beaucoup plus froid que ça ici, mais maintenant, on observe que les œufs de céphalopodes survivent très bien. »
Par ailleurs, les céphalopodes disposent d'une grande quantité de nourriture : des crevettes, du crabe et du hareng, dont ils sont friands, car les grands prédateurs très gourmands, comme le cabillaud, sont moins nombreux. Pour eux, c'est l'inverse, ils n'arrivent plus à se reproduire dans des eaux devenues trop chaudes. Ce qu'ils mangeaient finit maintenant dans les estomacs des céphalopodes. Tout est allé très vite. « Il y a encore 8 ou 9 ans, on ne voyait aucune seiche, aucun calamar ou poulpe. Et maintenant ils représentent nos principaux volumes de pêche, souligne Tom Premereur, directeur général des ventes à la criée flamande, les seiches et les calamars principalement. Les poulpes, les gros, on ne les voit que depuis deux ans. Et l’année dernière, pendant l’hiver, un patron de pêche m’a appelé pour me dire qu’il en avait pêché plus de deux tonnes. »
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Des quotas de pêche sur les céphalopodes ?
Aujourd'hui, les pêcheurs comme les professionnels du secteur refusent toute idée de quotas de pêche pour des seiches, poulpes et calamars vendus entre 5 et 9 euros le kilo en ce moment. « On ne connaît pas assez l'impact de ces espèces sur l'écosystème. Certaines recherches montrent que les Octopus vulgaris, les gros poulpes, sont de très grands prédateurs qui mettent une grosse pression sur les espèces marines, alerte Sarah Vandamme, commissaire-priseur à la criée flamande. Ils savent entrer dans les casiers à crabes pour les manger, ils savent aussi ouvrir les coquilles Saint-Jacques. »
« Il y a déjà assez de mesures pour réguler la pêche aux céphalopodes. D'abord, il faut avoir une licence de pêche, vous ne pouvez pas partir comme ça en mer avec votre bateau et vous mettre à pêcher, il y a une limitation de capacité, rappelle Emiel Brouckaert, directeur général de l'Organisation des producteurs de la pêche belge et représentant des armateurs. Ensuite, il y a l'accès aux zones de pêche qui est très limité. Et puis mettre en place des quotas, c'est très compliqué, surtout pour les céphalopodes, qui vivent très peu de temps. »
L'idée est pourtant en discussion dans les couloirs de Bruxelles alors que le marché est en pleine expansion. L'essentiel des ventes est exporté vers la France, l'Italie ou l'Espagne, là où les céphalopodes se font rares à cause de la surpêche en Méditerranée, pour garnir d'un peu de belgitude les paellas et autres risottos locaux.
À écouter dans C'est pas du ventLa vie privée du poulpe- Diohine, un village sérère d’un peu plus de 2 000 habitants, est situé au cœur du bassin arachidier sénégalais. Ici, l’agriculture occupe une place essentielle dans la vie des communautés. Mais la dégradation des sols fragilise les terres agricoles. Pour tenter d’inverser cette tendance, les habitants s’appuient sur une pratique ancienne : la jachère. Elle consiste à laisser certaines terres au repos pendant une période donnée, afin de favoriser leur régénération.
De notre correspondant de retour de Diohine,
Dans le village, l’agriculture rythme encore le quotidien des habitants. Mais au fil des années, les terres s’épuisent. La baisse de leur fertilité et la disparition progressive du couvert végétal compliquent le travail des agriculteurs. « On sent quand même que le sol s'est appauvri, témoigne Pierre Mayokor Diagne, natif du village. Raison pour laquelle on utilise beaucoup d'engrais maintenant. Ce changement, je peux dire qu'on l'a observé depuis une quinzaine d'années. »
Face à cette situation, les habitants tentent de faire revivre une vieille tradition : la jachère communautaire, appelée « Toss » en langue sérère. « Cette pratique, on l'a héritée de nos ancêtres. La jachère a une importance capitale car pendant la saison des pluies, on peut laisser le bétail pâturer, explique Edouard Sene, chef du village de Diohine. On fait le choix de laisser un espace pour ça une année et la suivante, on le délocalise. Ça favorise le repos des terres, car si on continue de les cultiver tous les ans, on finit par les dégrader. »
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La jachère comme lieu de vie
Mais la mise en jachère des terres ne se décide pas individuellement. Elle repose sur une organisation collective qui implique différents acteurs de la communauté. « Il y a la rencontre de tous les quartiers pour pouvoir décider exactement quelle zone réserver à la jachère, détaille Paul Sene, agropasteur. Il peut arriver à un moment que quelqu'un ait pratiquement toutes ses terres en jachère. Alors à celui-ci, on donne quelque chose pour cette année-là, c'est une compensation sociale durant laquelle vraiment tout le monde s'entend. »
Une organisation collective qui vise à favoriser la régénération naturelle des sols. Mais pas que. Pour Maryame Diakité, agronome en service dans la zone, la jachère est avant tout un lieu de vie du village. « C'est déjà un lieu de vie pour les animaux qui y circulent. On a vu des vaches, on entend beaucoup mieux les oiseaux, etc., décrit-elle. On a vu des enfants aussi qui circulent sur la jachère. Donc c'est un lieu de vie du village. C'est aussi un lieu de biodiversité où on laisse le temps à certaines espèces et à certaines plantes de pousser. C'est un lieu qui permet aussi d'enrichir le sol. »
Cette pratique traditionnelle apparaît ainsi comme une réponse collective à un problème devenu préoccupant : la dégradation des sols. En laissant aujourd’hui certaines terres au repos, ces habitants espèrent préserver leur capacité à produire demain. Une tradition ancienne, remise au goût du jour pour restaurer la terre.
À écouter dans 8 milliards de voisinsComprendre l’agriculture urbaine à Dakar Au sud du Liban, les habitants de Kfarchouba dénoncent l'occupation de l'armée israélienne
26/08/2026Au Liban, l’armée israélienne occupe 600 kilomètres carrés du sud du pays. Malgré un cessez-le-feu en vigueur et des négociations en cours, elle continue de raser des villages entiers, de dynamiter des zones entières, d’avancer sur le territoire libanais, de causer des destructions massives… Et de faire régner la peur, notamment dans les régions qui vivent comme dans des zones occupées. RFI est allé à la rencontre des habitants de Kfarchouba et Halta, au sud-est du Liban, à quelques kilomètres de la frontière avec Israël et la Palestine historique.
De notre envoyée spéciale à Kfarchouba et Halta,
À Kfarchouba, les habitants disent vivre sous une occupation qui ne dit pas son nom. Une occupation qui se traduit, chaque jour, par des restrictions et une peur permanente. Ferial Abdel Aal, 43 ans, raconte : « On ne sait pas à quel moment Israël peut entrer chez nous, dans nos maisons. Il n’y a aucune sécurité. Premièrement, à cause d’Israël, qui peut entrer dans le village, et deuxièmement, on ne peut pas aller sur nos terres. Ils tirent dès qu’ils voient quelqu’un, les drones sont au-dessus de nos têtes. »
La quadragénaire estime que le gouvernement libanais les a abandonnés: « Malheureusement, l’État ne s’occupe absolument pas de nous. Au minimum, qu’il nous envoie une force de l’armée libanaise pour qu’elle soit stationnée à l’entrée du village. Comme ça, nous pourrions, dans une certaine mesure, nous sentir en sécurité. Si Israël venait et voulait entrer, l’armée nous préviendrait. »
Pour le maire de KfarChouba, Kassem Kadri, le village est dans une zone grise. « Kfarchouba a souffert de lourdes destructions lors des guerres précédentes. Cette année, la municipalité a dû se plier aux exigences israéliennes pour les éviter. »
À Halta, à quelques minutes en voiture de Kfarchouba, Fadi Shebli, 53 ans, dit avoir toujours vécu sous occupation israélienne. L’an dernier, alors qu’il s’occupait de ses abeilles, il a lui aussi été pris pour cible. « J’ai pris une balle juste à côté de moi, ici, et la poussière m’est arrivée dessus. Je me suis levé, complètement hors de moi. Le poste était à environ 500 mètres de moi. Je me suis mis à crier : "Sur quoi tu tires ? Espèce d’animal !" Ma voix a porté jusque-là. Je leur ai crié que j’avais une autorisation et que je voulais savoir sur quoi ils tiraient. Je me suis mis à crier, à les insulter », raconte-t-il.
Dans ce sud du Liban, malgré la peur, les destructions et l’absence de garanties sur leur sécurité, les habitants restent. Pour eux, quitter leur terre, serait aussi abandonner ce qui leur reste.
À lire aussi«Des gens ne sont pas relâchés»: les habitants du sud du Liban terrorisés par les enlèvements de l'armée israélienneEn Autriche, la construction d’un supermarché Lidl sur un ancien camp de concentration nazi fait polémique
25/08/2026Le site d’un ancien camp de concentration qui devient terrain de construction, sous les yeux d’un maire qui s’est enrichi dans la transaction… Cela se passe, si l’on en croit les médias autrichiens, dans une petite ville de Basse-Autriche, à une trentaine de kilomètres de Vienne. L’affaire s’est envenimée début juillet, quand la presse a annoncé qu’un discounter Lidl serait construit sur le site. Le projet divise.
De notre envoyée spéciale à Leobersdorf,
Le propriétaire du terrain a démenti auprès de RFI : il n’y aura pas de Lidl exactement au niveau de l'ancien camp de concentration. Mais, comme le confirme une visite sur place, des constructions sont bien en cours à Leobersdorf. « Des fondations en béton ont déjà été coulées », précise-t-on. Aucune trace en revanche du passé des lieux, à peine, un peu plus loin, un pan de mur ancien ou des fondations enterrées. « Beaucoup a disparu au fil des décennies », constate un observateur.
Ici se tenait un camp de travail doublé, en 1944-1945, d’une annexe du grand camp de concentration autrichien de Mauthausen. Erich Strobl, membre d’une association locale de mémoire, explique : « Devant nous, dans cette partie du camp, on a amené plus de 400 prisonnières qui ont été mises au travail forcé. Elles venaient d’Auschwitz et de Ravensbrück via Mauthausen. »
Günter Lessig, lui aussi citoyen engagé, se dit consterné. « Peu importe en fait si cela sera un supermarché, un centre logistique, un entrepôt ou autre, souligne-t-il. En fin de compte, la logique du profit l’a emporté sur la culture de la mémoire. Si on recouvre de béton les souvenirs de ces événements, c’est notre responsabilité que nous perdons en tant que société », ajoute-t-il avec amertume.
« Nous avons besoin de lieux commémoratifs »
Le reproche est en partie adressé au maire de Leobersdorf, Andreas Ramharter, que l’on retrouve dans son bureau. Ce dernier, qui est aussi promoteur immobilier, a lui-même acheté le site, alors en friche, en 2021, avant de le revendre au propriétaire actuel pour quelque 16 millions d’euros selon les journalistes. « La seule chose que je peux vous dire, c’est que nous vivons en Autriche dans un État de droit », affirme-t-il. « Toutes les administrations concernées ont donné leur aval pour le projet. Le développeur immobilier a lui aussi des droits », insiste-t-il.
Une honte, dénoncent les associations dans tout le pays. Elles réclament la protection des derniers restes du camp. Au-delà des limites de la loi, c’est le devoir de mémoire qui serait en jeu. « Nous avons un mémorial à Mauthausen qui est grand et très bien équipé. Nous avons besoin de lieux commémoratifs, mais nous n’avons pas non plus besoin d’en avoir 2 000 en Autriche », argue Andreas Ramharter.
Qu’en disent ses administrés ? Devant un supermarché déjà implanté à 700 mètres du site, Brigitte, 68 ans, témoigne sans détour. « Je m’en fiche royalement qu’il y ait eu ici un camp de concentration, lance-t-elle. Ce que je trouve dommage, c’est qu’on construise encore sur un lieu qui était vert. Il y a déjà plein d’entrepôts ici, c’est une bétonisation sans fin ! » Comme elle, beaucoup d’habitants interrogés se montrent indifférents au sombre passé des lieux qu’ils ignoraient d’ailleurs, jusqu’aux révélations de presse.
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