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  • L’art à l’ère de l’intelligence artificielle avec l’univers de Justine Emard

    11/04/2026
    Jusqu’au 19 avril, la Bibliothèque nationale de France accueille la première édition du festival Noûs, un événement dédié à la création à l’ère de l’intelligence artificielle. Parmi les artistes invités, Justine Emard y présente Le Chant des sirènes, une œuvre qui interroge notre rapport à la technologie, à la mythologie et à la création artistique. Rencontre avec une artiste qui repousse les limites de l’art contemporain.
    Plasticienne passionnée par l’expérimentation, elle explore depuis plus de dix ans les frontières entre l’humain et la machine, donnant naissance à des univers à la fois poétiques et dérangeants. Pour Justine Emard, l’art n’est pas un simple métier, mais une nécessité vitale, presque un besoin. « Le but dans ma vie, c’est de pouvoir continuer à créer le plus longtemps possible dans les meilleures conditions », confie-t-elle. Cette passion, elle la cultive depuis son enfance à Clermont-Ferrand, bercée par les paysages volcaniques de l’Auvergne et une envie irrépressible d’inventer. Après un baccalauréat littéraire option arts plastiques, elle intègre les Beaux-Arts, puis complète son parcours par un master en conduite de projets culturels.
    Son approche artistique se distingue par son goût pour l’expérimentation. Dès 2010, lors d’une résidence dans un centre de réalité virtuelle, elle se forme à la création d’univers numériques, au code et aux scripts. « C’était le début de ma plongée dans le numérique », explique-t-elle. Depuis, elle n’a cessé d’explorer de nouvelles technologies : impression 3D avec des bras robotiques, bases de données, ou encore « machine learning ». Pour Justine Emard, l’artiste du XXIe siècle ne crée plus seul, mais en collaboration avec des scientifiques, des programmeurs ou des artisans. « On s’entoure de compétences pour créer quelque chose qui soit au plus juste de notre époque », souligne-t-elle.
    Le chant des sirènes : quand l’IA devient une entité vivante
    Avec Le Chant des sirènes, présenté au festival Noûs, Justine Emard plonge le public dans un univers où l’IA n’est pas un simple outil, mais une entité presque vivante. L’œuvre retrace le cycle de vie d’un algorithme : son apprentissage, son autonomie, puis son effondrement. « Au début, ces algorithmes ne savent rien. Puis, petit à petit, ils apprennent à partir des données qu’on leur fournit. C’est comme un nouveau-né qui apprend à marcher ou à parler », décrit-elle, évoquant une émotion presque palpable face à cette évolution.
    Mais l’artiste va plus loin en intégrant une dimension critique et poétique : celle de l’effondrement. « Si les algorithmes ne sont plus nourris par la création humaine, ils finissent par s’effondrer et générer n’importe quoi », explique-t-elle. Dans Le Chant des sirènes, ce processus se matérialise par une dégradation progressive des images, qui retournent à un état brut de pixels. Un scénario en trois actes – émergence, autonomie, effondrement – qui questionne notre fascination pour la technologie et ses limites.
    La création de cette œuvre a nécessité un travail minutieux et rigoureux. Justine Emard a collaboré avec Yassin Siouda, un expert basé à Lyon, pour entraîner des modèles d’IA en réseau local, maîtrisant ainsi la consommation d’énergie. « Il a fallu des semaines pour générer les séquences, ajuster les curseurs et détourner le système afin d’obtenir des images qui correspondent à ma vision », raconte-t-elle. Un processus où l’artiste garde le contrôle, guidant l’algorithme pour éviter les biais – comme ces sirènes trop « policées » qui revenaient sans cesse.
    La sirène : symbole d’une technologie à double visage
    Pour Le Chant des sirènes, Justine Emard a choisi de s’inspirer d’un mythe ancestral : celui des sirènes. Mais loin de l’image lissée popularisée par Disney, elle a puisé dans les manuscrits médiévaux de la BnF pour retrouver la véritable essence de ces créatures. « Au Moyen Âge, la sirène était une figure effrayante, changeante, parfois mi-femme mi-oiseau. Elle n’avait rien de la créature romantique à queue verte que l’on connaît aujourd’hui », explique-t-elle.
    Cette exploration des archives lui a permis de dépasser les stéréotypes et de créer des sirènes monstrueuses, presque inquiétantes. « L’IA révèle l’enfoui, ce qui a été oublié ou standardisé. Elle permet de retrouver une esthétique plus brute, plus proche de la mythologie originale », précise-t-elle. Pour Justine Emard, la sirène incarne aussi la dualité de l’intelligence artificielle : à la fois séduisante et dangereuse. « Elle nous attire par ses facilités, mais elle peut aussi nous engloutir. C’est cette ambivalence que je voulais explorer », ajoute-t-elle.
    L’artiste insiste cependant sur un point : l’IA ne remplacera jamais les artistes. « Une machine ne peut pas décider ce qui fait sens pour les humains. Elle n’a pas notre patrimoine culturel, notre histoire, nos émotions. Le choix d’une image plutôt qu’une autre reste une prérogative humaine », affirme-t-elle.
    Une œuvre immersive : plonger au cœur des sirènes
    Le Chant des sirènes n’est pas une œuvre que l’on observe passivement. Justine Emard a conçu un dispositif immersif où le spectateur doit se baisser pour plonger la tête au milieu des images. « La physicalité est hyper importante dans mes œuvres. Je voulais créer une expérience où le corps est engagé, où l’on ressent une forme de contrainte pour accéder à l’œuvre », explique-t-elle.
    Cette installation est également sonore. En collaboration avec Antoine Bertin, elle a imaginé un paysage auditif inspiré des chants des sirènes, mêlant voix synthétiques, mélodies générées par IA et le chant mystérieux du phoque barbu, une source d’inspiration inattendue. « Nous nous sommes demandé d’où venaient ces chants. Christophe Colomb aurait entendu celui d’un phoque barbu en arrivant en Amérique. C’est cette dimension animale et énigmatique que nous avons voulu intégrer », raconte-t-elle.
    Enfin, l’œuvre se matérialise aussi sous la forme d’un bas-relief en impression 3D, réalisé avec la participation des Compagnons du Devoir de Nantes. « C’était fascinant de voir comment les technologies numériques s’intègrent aujourd’hui dans des savoir-faire traditionnels. Les Compagnons du Devoir ont un atelier numérique, et leur expertise a donné une dimension physique à cette base de données d’images », se réjouit-elle.
    L’art du XXIe siècle : entre humain et machine
    Avec Le Chant des sirènes, Justine Emard nous invite à repenser notre rapport à la technologie. Son œuvre, à la fois poétique et critique, montre que l’IA peut être un partenaire de création, mais aussi un miroir de nos propres limites. « L’art du XXIe siècle est une quête permanente de surprise et d’évolution. Il s’agit de préserver cette capacité à créer, tout en intégrant les outils de notre temps », conclut-elle.
    Jusqu’au 19 avril, le festival Noûs offre une occasion unique de découvrir cette œuvre hybride, immersive et profondément humaine, une production Fisheye et BnF. Une plongée dans un univers où les sirènes, mi-machines mi-mythes, nous rappellent que l’art reste avant tout une aventure collective, nourrie par notre histoire, nos émotions et notre imagination.
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  • La passion de Jessica Rodriguez pour l'alpaga comme levier d'émancipation

    04/04/2026
    Jessica Rodriguez, entrepreneure péruvienne profondément attachée à son héritage culturel, œuvre pour valoriser la fibre d'alpaga. Fondatrice de la marque Anntarah, elle met en lumière les techniques traditionnelles, la richesse textile locale. Elle milite pour l'autonomisation des femmes et la durabilité de cette fibre noble, symbole du patrimoine inca et andin. Son parcours prouve que mode, culture et engagement social peuvent se conjuguer pour bâtir un avenir plus durable.
    « Investir dans une femme, ce n'est pas investir dans une personne ; c'est investir dans une famille, une communauté entière », assure la fondatrice de la marque Anntarah.
    Jessica Rodriguez a grandi à Arequipa, dans le sud du Pérou, bercée par les paysages majestueux des Andes et les traditions textiles locales. Dès son enfance, elle est fascinée par les alpagas, ces animaux emblématiques qui gambadent librement dans les montagnes, et par les savoir-faire ancestraux de son pays. « Le savoir-faire au Pérou, est incroyable parce qu'il vient de l'époque des Incas », explique-t-elle. Les artisans péruviens utilisent encore aujourd'hui des techniques traditionnelles, comme les teintures naturelles à base de plantes ou les tricots à la main, pour créer des pièces uniques et colorées.
    Pour Jessica Rodriguez, chaque création est une œuvre d'art, mais également un hommage à son héritage. Anntarah, le nom de sa marque, évoque le doux son de la flûte andine et incarne la féminité et la beauté des pièces qu'elle conçoit. Ses collections, inspirées par des éléments culturels péruviens comme la danse « marinera nortena » ou les paysages du lac Titicaca, mêlent histoire, géographie et traditions dans un univers riche et vibrant.
    L'héritage inca, une source d'inspiration intarissable
    Le parcours de Jessica Rodriguez est marqué par des rencontres déterminantes. Après des études en administration des entreprises, elle part en France dans le cadre d'un échange culturel. Ce séjour à Paris lui ouvre de nouvelles perspectives. « Je suis venue en France pour apprendre le français, mais j'ai découvert un nouveau monde », confie-t-elle. À son retour au Pérou, elle travaille dans une usine de transformation de fibres d'alpaga, où elle est chargée d'accompagner des clients étrangers dans les montagnes pour leur montrer l'habitat des alpagas.
    C'est lors de ce voyage qu'elle prend conscience de la beauté et de la valeur de son héritage. « La première fois que je suis allée là-bas, je n'arrivais pas à croire à quel point c'était beau. J'ai su alors que je passerais le reste de ma vie à faire quelque chose en lien avec cet héritage », raconte-t-elle. Cette révélation la pousse à créer Art Atlas, une structure spécialisée dans la confection de vêtements en alpaga et coton, puis la marque Anntarah, qui lui permet de partager sa passion avec le monde entier.
    L'autonomisation des femmes, une priorité absolue
    Pour Jessica Rodriguez, l'entrepreneuriat ne se limite pas à la création de vêtements. C'est aussi un moyen de redonner du pouvoir aux femmes rurales du Pérou, souvent confrontées à des conditions de vie difficiles. « Il y a beaucoup de femmes au Pérou qui n'ont pas pu finir l'école, explique-t-elle. Je me souviens d'une rencontre marquante dans les Andes, avec une mère de famille qui m'a dit : "J'aimerais bien apprendre à tricoter". »
    Cette rencontre est le point de départ d'un projet ambitieux : la création de programmes de formation pour les femmes leur permettant d'acquérir des compétences en tricot et en tissage. Ces formations leur offrent une indépendance financière et la possibilité de subvenir aux besoins de leur famille. « Investir dans une femme, ce n'est pas investir dans une personne, c'est investir dans une famille, une communauté entière », souligne Jessica Rodriguez.
    Grâce à son engagement, elle a également pu construire des écoles pour les enfants défavorisés du Pérou, en collaboration avec des partenaires internationaux. « J'ai montré qu'avec peu de ressources, on peut faire un énorme changement dans la vie de beaucoup de femmes, simplement avec la volonté de leur enseigner à être indépendantes », affirme-t-elle.
    Préserver l'alpaga, un combat pour l'avenir
    Comme présidente de l'Association internationale de l'alpaga, Jessica Rodriguez œuvre pour préserver cette fibre unique, dont le Pérou est le premier producteur mondial. « Tout cet amour pour le Pérou, pour notre héritage, m'a amenée à travailler pour toute la chaîne de valeur de l'alpaga », explique-t-elle. Contrairement à d'autres industries textiles, comme celle de la laine de mouton, la filière de l'alpaga reste intégrée et locale, ce qui en fait un modèle de durabilité.
    Jessica Rodriguez milite pour que cette industrie reste entre les mains des Péruviens et ne subisse pas les mêmes dérives que d'autres filières. « Nous ne voulons pas que l'alpaga soit détruit. Nous devons travailler pour que cette chaîne de valeur continue de prospérer, tout en aidant les petites entreprises à se développer », insiste-t-elle. Pour elle, l'alpaga n'est pas seulement une fibre : c'est un symbole de résilience, de tradition et d'espoir pour les générations futures.
    Jessica Rodriguez prouve que la mode peut être bien plus qu'un simple secteur économique. C'est un levier de changement social, un moyen de préserver un héritage culturel et de redonner du pouvoir aux communautés. Son histoire nous rappelle que la passion, lorsqu'elle est guidée par l'engagement, peut transformer des vies.
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  • Jérémy Pradier-Jeauneau, un designer qui réinvente le collectif

    28/03/2026
    Jérémy Pradier-Jeauneau, designer aux multiples facettes, incarne une approche du design français où créativité, patrimoine et collectif se rencontrent. Présent au PAD Paris, le salon des arts décoratifs, du 8 au 12 avril 2026, il y présente des pièces uniques, fruits d'un dialogue entre objets anciens et créations contemporaines. Son parcours, marqué par des influences cinématographiques et une passion pour l'artisanat, interroge la place du designer dans un monde en constante évolution. 
    « Le talent des autres n'enlève rien au mien », clame Jérémy Pradier-Jeauneau, designer et galeriste.
    Né à Versailles, il a grandi dans un environnement où l'histoire, le patrimoine et les savoir-faire occupent une place centrale. Cette influence marquante a forgé sa sensibilité artistique et son attachement à la transmission. Jeune adulte, il se tourne vers Paris pour explorer sa passion pour l'art et le cinéma, un univers qu'on lui présentait comme inaccessible. Pourtant, Jérémy Pradier-Jeauneau en fait son métier, découvrant très tôt la force du collectif, une leçon apprise sur les plateaux de tournage. Comme il le souligne, un film repose sur l'orchestration de talents variés, et cette dynamique collaborative devient une philosophie de vie.
    Sa grand-mère, figure importante dans son parcours, lui a inculqué une conviction fondatrice : « Le talent des autres n'enlève rien au mien. » Cette idée, qu'il applique aussi bien dans le cinéma que dans le design, guide ses choix et ses collaborations. Après une expérience comme producteur junior, il ouvre en 2014 un stand aux Puces de Saint-Ouen, marquant le début d'une nouvelle aventure où il mêle intuition, dialogue entre les époques et défense de talents émergents.
    Le design comme dialogue entre passé et présent
    C'est aux Puces de Saint-Ouen que Jérémy Pradier-Jeauneau affine son approche du design, qu'il aborde comme un terrain de jeu où se croisent histoire et contemporanéité. Son parcours d'antiquaire lui permet de développer une identité singulière, fondée sur l'art de faire dialoguer des pièces anciennes – comme celles de Pierre Guariche ou Charlotte Perriand – avec des créations d'artistes émergents. Cette démarche, à la fois esthétique et conceptuelle, séduit rapidement clients et presse.
    Pour lui, le design n'est pas seulement une question de forme ou de fonction, mais un moyen d'interroger notre époque à travers le prisme du patrimoine. Son travail, souvent qualifié de « bourgeois » en raison de ses références classiques (sofas, consoles, fauteuils), dépasse pourtant les codes traditionnels. Il y intègre des questionnements personnels, des doutes et des réflexions sur le monde actuel, transformant chaque pièce en un récit. Son processus créatif, intuitif et collaboratif repose sur des échanges constants avec des artisans, dont le savoir-faire est essentiel pour donner vie à ses idées.
    L'artisanat au cœur de la création : entre transmission et lâcher-prise
    Jérémy Pradier-Jeauneau insiste sur l'importance des artisans dans son travail. Bien qu'il se définisse comme un « jeune designer » encore en exploration, il reconnaît ne pas maîtriser lui-même les techniques de fabrication. Son talent réside plutôt dans sa capacité à transmettre ses intentions avec précision tout en acceptant une part d'interprétation de la part des artisans. Cette collaboration, qu'il compare à la relation entre un réalisateur et son équipe, est au cœur de sa démarche. Par exemple, son partenariat avec un atelier de céramique lui permet d'explorer de nouvelles matières et formes, prouvant que la création naît souvent d'une alchimie entre vision artistique et expertise technique.
    Pour lui, le design est une « épreuve d'humilité » : il faut composer avec la fonction, dialoguer avec les contraintes et parfois s'y soumettre. Cette approche, nourrie par son expérience cinématographique, fait de chaque projet une aventure collective où le résultat final dépasse souvent l'idée initiale.
    Entre défis et projets : l'avenir d'un designer aux multiples casquettes
    Aujourd'hui, Jérémy Pradier-Jeauneau navigue entre plusieurs rôles : designer, galeriste, antiquaire et directeur artistique. Cette pluralité, bien que stimulante, représente aussi un défi, notamment en termes de gestion du temps et d'équilibre entre ses différentes activités. En 2023, après près de dix ans de gestation aux Puces de Saint-Ouen, son travail de designer a enfin pris son envol, avec des collaborations marquantes. Pourtant, il reste conscient des réalités du métier, entre fantasme et précarité, tout en soulignant la beauté de la diversité du design, qui va de l'objet du quotidien à la pièce de collection.
    Pour 2026, il envisage de recentrer son énergie sur ses propres collections, tout en continuant à défendre les talents émergents. Sa participation au PAD (Salon des Arts Décoratifs) en avril marque une étape clé, où il présentera des projets en dialogue avec des artistes. Son mot d'ordre ? « ​​​​​​​Faire ce qui me plaît. » Une philosophie qui résume son parcours : un mélange d'audace, de passion et de fidélité à ses valeurs.
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  • L'approche autonome et expérimentale de Sandra Resende dans l'art textile

    21/03/2026
    Découvrez Sandra Resende, artiste textile que nous avons rencontré lors de la biennale « De Mains de Maîtres » au Luxembourg. Une édition qui a mis en avant une centaine d’artistes sous le thème : Nature singulière. Sandra Resende, artiste textile résidant au Luxembourg, est née au Mozambique et elle a grandi au Portugal, façonnée par un environnement où l’artisanat familial était central.
     
    J'ai grandi entourée de toutes ces traditions et de ce savoir-faire manuel, ce qui est devenu quelque chose de naturel pour moi
    Sandra Resende évoque ses influences, notamment ses tantes couturières et sa mère pratiquant le crochet. Ces expériences ont profondément influencé son rapport au geste, à la matière et à la création.
    Sandra Resende a étudié la philosophie au Portugal et a développé une pratique théâtrale à l’université avant de se tourner vers les arts visuels. C'est finalement le textile qui est devenu son moyen d'expression privilégié. « J'ai véritablement commencé ma carrière dans le théâtre », se remémore-t-elle. Son parcours artistique l'a amenée à travailler avec des marionnettes et à explorer le monde des vêtements, cultivant ainsi son goût pour le travail manuel.
    Une pratique autonome et évolutive
    Depuis 2018, l’expérimentation textile de Sandra Resende s'est enrichie de techniques telles que le tissage, le crochet et le macramé. « Cela a pris une ampleur particulière avec le Covid », note-t-elle. Le confinement lui a permis de produire davantage de tapisseries et de suivre des cours à distance, ce qui a été un véritable déclic pour elle. « C'est à partir de ce moment que j'ai commencé à prendre les choses un peu plus au sérieux », confie-t-elle. Son engagement dans le monde de l'art s'est intensifié, avec des propositions d'exposition et l'intégration dans un collectif d'artistes textiles au Luxembourg.
    Sandra Resende privilégie une formation autonome, s'appuyant sur des livres techniques et l'expérimentation personnelle. « J'adore lire sur le processus de création, pas seulement dans le domaine du textile », affirme-t-elle. Son approche curieuse et sa volonté de bricoler ont conduit à une intégration harmonieuse de différentes techniques dans ses tapisseries. Même sans diplôme, elle a suivi des workshops avec des artistes et artisans au Portugal pour approfondir ses compétences.
     
    Elle relie ses expériences passées, telles que la poésie, la musique et le théâtre, à ses créations textiles. « J'ai trouvé dans les arts textiles un moyen de m'exprimer », déclare-t-elle, soulignant que son parcours alimente sa créativité. « J'écoute beaucoup de musique et je lis énormément de poésie, et tout cela nourrit mon travail. » Pour Sandra Resende, chaque pièce est une extension de sa personnalité et un moyen de transmettre ses pensées et ses goûts.
    Un engagement éthique et responsable
    Sandra Resende privilégie les matériaux naturels, notamment la laine, et réutilise des fibres et tissus récupérés pour limiter le gaspillage. « Je souhaite principalement travailler avec des matières naturelles, car elles sont nobles et authentiques »​​​​​​​, insiste-t-elle. Cela fait partie de sa démarche responsable vis-à-vis de l'environnement. Elle collecte des échantillons destinés à être jetés, provenant de magasins, et utilise des morceaux de laine inutilisés donnés par d'autres. «​​​​​​​ J'essaie d'être responsable dans mes achats ​​​​​​​», déclare-t-elle, tout en soulignant l'importance de la responsabilité collective face à l'état de la planète.
    Au-delà de la technique, Sandra Resende met l’accent sur la dimension expressive de son art. «​​​​​​​ J'ai une approche très intuitive de mon travail », explique-t-elle. Parfois, elle commence par une simple expérimentation, attirée par une matière, et d'autres fois, elle réfléchit à un thème spécifique. «​​​​​​​ Je peux avoir différents points de départ, mais le résultat final n'est pas toujours conforme au croquis initial », précise-t-elle, illustrant sa flexibilité créative.
    Sandra Resende aborde également les enjeux liés à la valorisation de l’artisanat au Luxembourg. Elle souligne le manque d'écoles spécialisées et l'importance de créer des lieux d’apprentissage pour transmettre les savoir-faire artisanaux. «​​​​​​​ La tradition universitaire au Luxembourg est assez récente », note-t-elle, et elle plaide pour une meilleure éducation dans ce domaine. Elle craint que des savoir-faire anciens ne se perdent à mesure que les jeunes générations montrent moins d'intérêt pour ces métiers qui nécessitent patience et dévouement.
    Sandra Resende incarne une artiste moderne qui marie tradition et innovation, tout en valorisant le savoir-faire artisanal et des pratiques durables. Son travail est non seulement une exploration personnelle, mais aussi une réflexion sur l'importance de l'artisanat dans notre société contemporaine. «​​​​​​​ Il est crucial de ne pas perdre cette transmission ​​​​​​​», conclut-elle, rappelant la nécessité de réactualiser ces savoirs pour les adapter au monde d'aujourd'hui.
    À lire aussiPhilippe Moevi et Packoa: tissus, maroquinerie et culture africaine
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  • Philippe Moevi et Packoa: tissus, maroquinerie et culture africaine

    14/03/2026
    Découvrez Packoa, la marque de maroquinerie moderne de Philippe Moevi. Elle allie cuir et tissus africains, valorisant l'artisanat local et une mode éthique. Une fusion d'élégance et de culture africaine à portée de main. 
    Philippe Moevi, fondateur de la marque Packoa, se consacre à une maroquinerie au design moderne, alliant cuir et tissus africains. Sa passion pour cet artisanat a émergé presque par hasard, et il s'est engagé à collaborer avec des artisans en Afrique. En produisant des pièces en petites séries, il garantit l’originalité de chaque création. « Je ressens une fierté en voyant des gens porter mes produits », déclare-t-il, soulignant son désir de promouvoir l'artisanat africain au-delà de la communauté afro, en touchant un public varié lors de ses expositions. 
    Le nom Packoa vient du mot anglais pack, qui signifie emballer, en lien avec sa production de sacs à dos. Le « oa » fait référence à l'Afrique de l'Ouest, sa région d'origine, créant ainsi un lien harmonieux dans le nom de sa marque. Philippe Moevi, originaire du Togo et ayant grandi à Lomé, a étudié en France avant de se lancer pleinement dans la maroquinerie en 2022, valorisant ainsi le cuir et les tissus africains. 
    Valorisation des savoir-faire africains et engagement durable 
    Philippe Moevi est particulièrement attentif aux conditions de travail des artisans locaux. Son engagement pour la valorisation de l’artisanat africain s'est intensifié après avoir été touché par l’histoire d’un maroquinier sénégalais qui aspirait à un avenir meilleur en Europe. « Ce maroquinier, qui avait du mal à s'en sortir au Sénégal, aspirait à un avenir meilleur. Nous lui avons demandé s'il serait prêt à rester s'il recevait de l'aide et il a accepté. Cela montrait clairement que sa motivation était économique. Il a mentionné que son rêve était d'avoir son propre atelier à Dakar et sa propre boutique pour commercialiser ses créations », raconte Philippe, révélant ainsi les défis économiques auxquels font face de nombreux artisans. 
    Afin d'éviter que ces talents ne quittent leur pays, Philippe Moevi met en avant le savoir-faire africain. Après le Sénégal, le fondateur de Packoa installe sa production dans un atelier au Maroc et source ses tissus en Afrique, principalement au Mali. Ses choix de matériaux, comme le coton bio utilisé pour le bogolan, témoignent de son engagement envers une mode durable. « Je m'assure que tout est fait dans le respect d'une certaine éthique et de bonnes conditions de travail », assure-t-il, soulignant l'importance de la transparence dans la chaîne de production. 
    Le bogolan, un tissu traditionnel fabriqué à partir de coton brut et teint naturellement avec des décoctions à base de plantes, est particulièrement cher à son cœur. Ce tissu, riche en histoire et en symboles, est devenu un élément clé de ses créations, apportant une profondeur culturelle et artisanale à ses sacs. 
    Créativité et innovation au service d'une marque éthique 
    La créativité est au cœur de la marque Packoa, où Philippe Moevi impulse le design de ses produits. Travaillant avec des designers, il allie ses idées et esquisses à leur expertise pour créer des sacs uniques. « J'ai vraiment fourni les esquisses et les idées initiales », explique-t-il. Son approche évolutive l'incite à constamment chercher de nouveaux tissus et designs, tout en diversifiant ses collections. 
    Les réseaux sociaux jouent un rôle crucial dans la promotion de Packoa, permettant à la marque de toucher un public plus large. « Sur les réseaux sociaux, j'ai constaté environ 99,9 % de commentaires élogieux concernant la marque », se réjouit-il. Cette reconnaissance de la communauté afro et d'autres soutient son initiative et renforce son engagement pour l'artisanat africain. 
    Philippe Moevi ressent un véritable soutien de la part de ceux qui voient un Africain se lancer dans la création d'une marque valorisant la culture de son continent. « ​​​​​​​C'est un aspect fondamental que j'ai découvert : ce soutien et cette envie de porter l'Afrique, d'en être fier », souligne-t-il, notant que les jeunes générations expriment aussi un désir de renouer avec leurs racines africaines. 
    Son rôle d'entrepreneur le pousse à s'impliquer dans divers domaines, y compris le marketing. « ​​​​​​​C'est un métier complet qui nécessite d'être impliqué dans de nombreux domaines », conclut-il, affirmant sa passion pour la création et son engagement envers la culture africaine. 
    Ainsi, Packoa incarne une maroquinerie moderne qui allie tradition, innovation et responsabilité sociale, tout en mettant en lumière la richesse culturelle de l'Afrique à travers des créations uniques et élégantes. 
    À lire aussiCandice Aubert-Dhô ou comment une artisane d'art tisse sans métier à tisser
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Mode, accessoires, décoration, stylisme, design. Dans la chronique 100 % création de Maria Afonso, RFI vous fait découvrir l’univers de créateurs. Venez écouter leur histoire, leur parcours, leurs influences, leur idée de la mode chaque dimanche à 04h53, 6h55 et 12h54 TU vers toutes cibles. 
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