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- Quand la mode devient un support d'activités pour permettre à des femmes de s'insérer par l'emploi. C’est que propose Hawa Sangaré qui a lancé un atelier d'insertion à Paris et la marque « Hawa Paris » qui incarne une vision de la mode durable, éthique et inclusive.
Après des études en psychologie clinique, la Franco-malienne Hawa Sangaré se voit proposer un poste pour accompagner des personnes en difficulté. Elle va ainsi travailler pendant une douzaine d’années dans ce milieu de l'insertion sociale, pour soutenir des hommes, des femmes, des jeunes en difficulté et des anciens prisonniers.
Au fil de son expérience professionnelle, Hawa Sangaré note que de nombreuses femmes restent sur le carreau, éloignées de l'emploi, isolées socialement, des réfugiées souvent des mamans solo : « J'ai eu envie de donner des clés d'émancipation à ces femmes-là. Quand je suis tombée sur un article sur la loi anti-gaspillage vestimentaire qui visait à empêcher les marques de luxe de brûler leurs fins de stocks. Je me suis dit, la mode va être le support d’activité qui va me permettre d'accompagner ces femmes ».
Du travail pour se réparer
C’est en 2021 qu’est lancé « Hawa au féminin », un atelier textile d’insertion qui s’inscrit dans une démarche de mode solidaire et éco-responsable. Quel est le processus de formation pour ceux ou celles qui viennent dans son atelier ? Les explications d’Hawa Sangaré : « Elles sont envoyées par des structures comme France Travail, des centres d’hébergement, ou bien encore des associations. Quand elles arrivent chez moi, elles ont besoin de se poser. Et le lieu de travail leur offre un cadre bienveillant qui va les aider à se restructurer, avec des chefs d'atelier qui vont transmettre tout leur savoir-faire ».
Pour le matériel, Hawa Sangaré demande à des grandes maisons de couture de lui confier ses fins de stocks. La Maison Balmain fait partie des premiers à lui faire confiance et à comprendre sa démarche. Balmain adhère au projet et lui envoie des stocks de tissus pour réaliser sa première collection pour la marque « Hawa Paris ». En plus des collections, l’atelier propose aussi des services confection et broderie.
Pour Hawa Sangaré, le vêtement est un outil de communication, car il permet de reprendre confiance en soi. Le travail va permettre à ces femmes d’accéder à l'autonomie. Et Hawa Sangaré de rappeler : « Le parcours d'insertion dure de 6 à 24 mois, même si de nombreuses difficultés persistent. Ces femmes aiment venir travailler. Le fait main artisanal permet vraiment de se réparer. Et puis qui dit travail, dit salaire et donc la possibilité de se loger. »
Même si Hawa est la créatrice de la marque, c’est en réalité une marque collective. Si la clientèle vient au départ, par curiosité. Elle revient pour la qualité de la confection, la qualité des tissus et pour l'identité très forte du projet. Les premiers défilés ont eu lieu à Paris, et puis en Afrique du Sud ou bien encore en Chine.
Pour en savoir plus :
Atelier textile d’insertion. - Peintre, sculpteur, poète et créateur de parfum né en Haïti, Manuel Mathieu fait de l’art un espace d’équilibre, de paix intérieure et de dialogue entre visible et invisible. Son œuvre, véritable voyage intérieur, invite à ressentir, réfléchir et partager. Tel un chaman moderne, il crée des formes qui touchent l’âme tout en laissant à chacun la liberté de leur interprétation.
Installé à Montréal après une enfance en Haïti, Manuel Mathieu refuse les étiquettes trop étroites. Il peint, sculpte, réalise des films et crée aussi des parfums. Mais là encore, il nuance : « J’ai de la difficulté à me présenter comme parfumeur. Je pense que je suis plus quelqu’un qui édite le parfum ».
Pour lui, le parfum n’est pas un simple produit de cosmétique, mais un prolongement naturel de sa démarche artistique. « J’ai ajouté le parfum, c’est particulier quand même », affirme-t-il. Particulier, parce que le parfum, comme l’abstraction en peinture, agit dans un registre invisible : « Je pense que la peinture et l’abstraction opèrent dans l’invisible parce qu’elles opèrent à l’intérieur de nous. Ce que l’œuvre nous fait, c’est quelque chose de très invisible », ajoute-t-il.
Le parfum, une émotion démocratique
Ce lien entre art et parfum n’est pas qu’une intuition poétique. Manuel Mathieu en fait un véritable manifeste. Il voit dans l’olfactif une forme de justice sensible : « Je me suis aussi intéressé à la parfumerie parce que c’est très démocratique : on ne peut pas convaincre quelqu’un d’aimer une odeur ».
Là où une œuvre d’art peut être prise dans un discours, une hiérarchie de savoirs, le parfum court-circuite l’intellect : « Ce que je trouve dommage d’ailleurs dans l’intellectualisation du milieu de l’art, parce que ça crée une forme de hiérarchie inutile. Tandis que je pense qu’une œuvre nous parle ou elle ne nous parle pas », déclare à ce propos Manuel Mathieu. Le rapport à l’odeur reste radicalement intime, irréductible à l’argumentation, poursuit-il : « On est vraiment dans un rapport très intime, très honnête aussi. Et ça, ça me parle beaucoup ».
Pour Manuel Mathieu, la parfumerie est ainsi un terrain idéal pour explorer ce « monde qui est très personnel et qu’on ne voit pas, mais qu’on ressent beaucoup », le même monde que l’art abstrait. En travaillant avec le nez qui traduit ses idées en compositions olfactives, il revendique une position d’éditeur plutôt que de technicien, un rôle de passeur de sens.
Une pratique conceptuelle habitée par l’équilibre
Si Manuel Mathieu multiplie les médiums - peinture, sculpture, vidéo, cinéma, parfum -, c’est par nécessité conceptuelle. Celui-ci se définit volontiers comme « un artiste plus conceptuel qu’expressionniste », que ce soit lorsqu’il travaille sur l’histoire, notamment la dictature en Haïti, sur la spiritualité, ou sur son propre accident. Chaque projet devient une recherche sur la manière dont les images, les formes et les sensations apparaissent et s’organisent.
Le cœur de son métier, affirme-t-il, n’est pas l’exécution matérielle : « Ce qui est le plus important dans mon travail, c’est de réfléchir, d’avoir de bonnes idées, je pense que c’est un exercice beaucoup plus épuisant et exigeant que de peindre ». Les œuvres ne sont alors qu’« un résidu de ma pensée. Créer un objet qui a une valeur spirituelle, qui existe à l’extérieur de nous et qui est capable de survivre sans nous ».
Cet exigeant travail intérieur lui apporte pourtant une forme de sérénité : « Je pense que le travail d’artiste que je fais m’amène un certain équilibre, une certaine paix. Je n’ai pas trouvé autre chose dans ma vie qui me permettait de l’atteindre ». L’art, pour Manuel Mathieu, est tout simplement « une manière d’exister ». À travers la peinture comme à travers le parfum, il cherche à étendre notre capacité à ressentir, à penser et à partager ce monde invisible qui nous relie.
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Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI. - Qui dit Mode… dit élégance, passion, collections, Fashion Week et haute couture parisienne, la mode est intemporelle et n’a pas de de frontières. De Yaoundé à Paris, rencontre avec Imane Ayissi, un grand couturier au parcours atypique.
Danseur, mannequin, écrivain, designer… Originaire du Cameroun, Imane Ayssi a intégré la culture africaine dans ses collections dès ses débuts à Paris.
Sa marque de fabrique, ce sont les tissus africains traditionnels : les cotons, que ce soit le kenté du Ghana, les boubous anciens du Cameroun ou du Niger, le kita ivoirien, ou bien encore le Faso Danfani du Burkina Faso. Mais pas seulement, Imane Ayissi utilise également d’autres matières, comme le coton japonais, les soies italiennes ou bien encore les dentelles de Calais.
Danse et mode
Une passion pour la mode qui lui vient de ses racines familiales, sa mère notamment une ancienne miss Cameroun, mais également de la danse comme il l’aime à le rappeler : « la danse et la mode vont de pair parce que la danse c’est le mouvement. Le corps a besoin d'être enveloppé avec de l'étoffe. Les formes, les couleurs, les volumes, les longueurs, et quand on a compris comment le vêtement fonctionne avec le corps, tout prend sens ».
Pour cet autodidacte, il n’a pas été facile de s’intégrer dans l’industrie de la mode. Et pourtant, aujourd’hui, Imane Ayissi est le premier créateur de mode d'Afrique subsaharienne à avoir intégré le calendrier officiel de la haute couture parisienne en 2020.
La richesse créative de l’Afrique
Les collections d’Imane Ayissi font, désormais, partie de l'histoire mondiale de la mode. Il a été notamment célébré dans la remarquable exposition « Africa Fashion », qui s’est tenue cette année au musée des Arts Premiers au Quai Branly à Paris. Une exposition qui a mis en lumière la richesse, la diversité et la puissance créative du continent africain.
Déjà en 2025, les collections d’Imane Ayissi ont été sélectionnées pour une exposition solo baptisée « From Africa to the World » et organisée à l'Université Scad Fash d'Atlanta aux États-Unis. La preuve que la mode d’Imane Ayissi a désormais toute sa place sur la scène mondiale. - Entre le Portugal et l’Angola, Ana Silva invente un langage où se croisent peinture, sculpture, installation et broderie. Nourrie par ses allers-retours entre l’Afrique et l’Europe, elle transforme textiles usagés et sacs plastiques en œuvres poétiques qui dénoncent la pollution textile et interrogent nos modes de vie. Elle place la broderie au cœur d’un récit puissant sur la mémoire, l’identité et la voix des femmes africaines, faisant de chaque pièce un geste d’engagement et d’espoir.
Je ne me vois pas faire autre chose. C’est vraiment une passion.
Pour cette artiste angolaise, la création n’est ni un métier ni un choix rationnel, mais une nécessité vitale. Longtemps installée au Portugal, elle revient en Angola après une maternité « très, très compliquée » et une période de perte de repères : « Entre la naissance de ma fille et mon travail, j’étais complètement perdue. Je ne savais pas qui j’étais comme artiste. »
C’est en arpentant les marchés africains qu’elle retrouve son chemin. Les étals de fripes, les couleurs, mais aussi la violence sociale et écologique des vêtements usés envoyés par l’Occident deviennent le point de départ d’une œuvre engagée. « La majorité de ces habits qu’on vend en Afrique, c’est la poubelle », constate-t-elle, dénonçant une pollution textile qui touche « la mer, le sol », mais aussi l’économie locale, empêchée de développer sa propre industrie.
Transformer les déchets textiles en art
Face à ces montagnes de tissus inutilisés, l’artiste décide de « récupérer des pièces pour créer des œuvres ». Nappes, petits objets de cuisine, tissus improbables : tout ce qui n’a plus de valeur marchande devient matière première artistique. Ses installations monumentales, conçues à partir de ces rebuts, renvoient en Europe une image forte des circuits de consommation et de leurs conséquences en Afrique.
Très tôt fascinée par le textile, elle commence à travailler des sacs plastiques tissés, colorés, omniprésents sur les marchés. La peinture n’adhérant pas sur cette matière, elle invente un langage textile : « J’ai décidé de broder, d’abord dessiner avec la machine et broder dessus. » Sa première pièce brodée date de 2021, réalisée à partir de ces sacs « en plastique tissé ».
La broderie, elle l’a d’abord apprise avec sa grand-mère, dans une tradition plutôt d’influence portugaise, faite de dentelle et de crochet. Mais son geste s’affirme surtout à la machine, une technique majoritairement masculine en Afrique : « Ce sont surtout les hommes qui travaillent avec la machine, ils font des boubous. Ce n’était pas normal pour eux que je travaille avec cette machine. » Aujourd’hui, elle collabore avec plusieurs brodeurs, venus « en majorité du Congo », qui lui ont « appris énormément ».
Une voix de femme africaine entre société et poésie
Si son travail part de l’intime, il est profondément social : « C’est ma vie, c’est moi et mes émotions que je passe à travers mon travail », dit-elle, tout en racontant « des situations qui sont choquantes » autour d’elle. Ses œuvres naissent de photos prises au téléphone dans les marchés, les rues, les scènes ordinaires : « Toutes mes œuvres, c’est des photos que je fais. (…) Après, je raconte une histoire. » Elle imprime, peint, coud, brode, et laisse volontairement du vide dans ses grands formats pour offrir « de la respiration » au regard.
Son engagement est aussi féministe. Elle insiste sur la fragilité de la place des femmes en Angola : « La femme est mise dans une position qui n'est pas importante. (…) C’est un élément très fragile dans la société. » Pourtant, ce sont elles qui « tiennent la famille et les enfants ». En tant que femme africaine artiste, elle revendique une position de modèle : « C’est très important comme femme africaine d’être là où je suis maintenant, surtout dans une position où je peux montrer qu’on est capables de le faire. »
Reconnu d’abord à l’étranger, son travail commence seulement à être compris dans son propre pays : « En Angola, ils ne comprennent pas trop mon travail. Quand tu sors de la peinture classique, les gens ont du mal. » Entre Lisbonne et l’Angola, entre marchés populaires et galeries parisiennes ou brésiliennes, elle continue de vivre, selon ses mots, « dans une boule créative en permanence », créant « pour moi surtout », mais aussi « pour envoyer un message » : un message de beauté, de vigilance et de solidarité envers celles et ceux que la société ne voit pas.
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Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI - Un voyage au cœur de la mémoire olfactive, c’est ce que nous propose Alexandre Helwani, un spécialiste de l’histoire du parfum qui ressuscite les odeurs du passé et les réinvente.
Né à Orléans, le Franco-Syrien Alexandre Helwani a grandi entre la France et Dubaï. Après des études de théâtre, un passage à La Sorbonne et un apprentissage auprès de parfumeurs orientaux, il approfondit son intérêt pour les fragrances lors de nombreux voyages à l’étranger, ainsi qu’à travers ses rencontres avec des artisans.
Mieux qu’une image ou un son, l’odeur peut nous donner accès au passé. Il se met, alors, au défi de retrouver des recettes anciennes, souvent oubliées ou méconnues, ayant traversé les siècles.
Sur les traces d’Ulysse
Avec patience et rigueur, Alexandre Helwani va explorer traités, livres anciens, manuscrits et archives pour identifier à quoi ressemblaient les odeurs de nos ancêtres. Il est aujourd’hui en mesure de ressusciter des odeurs historiques comme le parfum de l’Odyssée ou celui du Cantique des Cantiques.
«Un groupe d’artistes a refait le voyage d'Ulysse, le héros de l'Odyssée d'Homère. Sur chaque lieu, ils ont récolté les graines des plantes qui sont mentionnées dans l'Odyssée », explique Alexandre Helwani. « Ils sont venus me voir et m’ont demandé de faire un bouquet de senteurs avec les 44 plantes de l'Odyssée. »
Un lien entre passé et présent
Il a, ensuite, élaboré un nouveau parfum à partir des 22 plantes du jardin des Cantiques des Cantiques. Ce poème nuptial de la Bible datant de 3 000 ans, et attribué au roi Salomon qui fait dialoguer deux fiancés, dans un jardin de fleurs et de fruits.
Pour Alexandre Helwani, reconstituer ces odeurs du passé s’inscrit dans une démarche artistique et spirituelle : Et d’expliquer : « Le parfum est une porte vers l’invisible, un langage symbolique capable de transmettre des émotions, voire une expérience sensorielle reliant passé et présent ».
Sobre 100 % création
Mode, accessoires, décoration, stylisme, design. Dans la chronique 100 % création de Maria Afonso, RFI vous fait découvrir l’univers de créateurs. Venez écouter leur histoire, leur parcours, leurs influences, leur idée de la mode chaque dimanche à 04h53, 6h55 et 12h54 TU vers toutes cibles.
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