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  • Fragonard: une maison familiale et un siècle de parfums à Grasse [1/4]

    04/07/2026
    En 2026, la maison Fragonard célèbre son centenaire. Elle est aujourd’hui dirigée par la quatrième génération, Anne, Agnès et Françoise Costa. Fidèles à l’esprit de ses fondateurs, elles innovent pour préserver leur patrimoine. Accompagnées d’Éric Fabre, responsable du développement et de la culture des plantes à parfum, nous vous invitons à un voyage olfactif et patrimonial au cœur de cette entreprise emblématique de Grasse, capitale mondiale du parfum.
     
    « On est évidemment très fier d'être une entreprise familiale appartenant à la même famille à 100 % »
    souligne Éric Fabre, responsable du développement et de la culture des plantes à parfum.
    Sous l’impulsion de ses dirigeantes, Fragonard a changé de dimension. « La grande chance de ces 20 dernières années, c'est que Fragonard a été dirigé par des femmes (…) qui nous ont fait passer de la fabrique de parfums à une marque de parfum, et on ne peut que les féliciter », poursuit‑il. La cinquième génération, qui se prépare à prendre le relais, aura à cœur de continuer cette métamorphose tout en préservant l’âme familiale de la maison.
    Éric Fabre, du rêve d’agriculture au parfum
    Né à Marseille, Éric Fabre suit des études en sciences économiques à Aix‑en‑Provence. Il se voit alors agriculteur ou diplomate, mais trouve finalement sa voie chez Fragonard, où il s’investit dans le développement de l’entreprise. Il épouse Françoise Costa, l’une des trois héritières de la maison, et conjugue compétences en sciences économiques avec « passion pour la nature et le savoir‑faire artisanal ».
    Loin de se définir comme un créatif, il affirme pourtant : « Je n'ai pas le sens de la création artistique. En revanche, j'adore faire des choses nouvelles. Et vraiment, l'agriculture et les choses de la terre me plaisent énormément parce que c'est l'essence même de la vie. » Pour lui, partager ces habitudes et savoir‑faire avec le plus grand nombre est « une manière de faire découvrir le parfum dans sa totalité ».
    Faire renaître les plantes à parfum à Grasse
    Pendant le Covid, poussé par le temps libre et par l’inscription des savoir‑faire liés au parfum au patrimoine immatériel de l’Unesco, Éric Fabre relance un vieux projet : cultiver des plantes à parfum sur une propriété familiale. « Pendant le Covid, comme je m'ennuyais un peu, j'ai décidé de me lancer dans la production de plantes à parfum, qui est un métier qui se perd parce que l'agriculture, c'est un métier compliqué. »
    Accompagné d’un agriculteur de Montauroux, issu d’une lignée de planteurs, il plante sur un hectare les trois fleurs emblématiques de Grasse : la rose centifolia, le jasmin grandiflorum et la tubéreuse. « On a planté ici un petit hectare de plantes à parfum, c'est magnifique. » Au‑delà des fleurs, il veut recréer des gestes ancestraux comme la greffe : « Ce sont des choses pas très compliquées, mais des gestes qui se transmettent par l'artisanat, ça ne s'apprend pas à l'école, ça s'apprend sur le terrain. »
    Ce travail demande du temps et de la patience : « Dans l'agriculture, il faut savoir attendre. Tu ne peux pas aller plus vite que la nature. Tu attends un an, tu attends deux ans, tu attends trois ans. » Après plusieurs récoltes modestes, les roses sont traitées chez Robertet et Fragonard récupère un absolu désormais présent dans certaines compositions maison. Son ambition : « Tout refaire sur place à Grasse, comme ça pouvait l'être au XIXᵉ siècle. »
    L’émotion du parfum et un territoire uni
    Pour Éric Fabre, l’essence du parfum reste profondément humaine. « Le monde du parfum, c'est un monde merveilleux qui fait rêver le monde entier. Pourquoi ? Parce que c'est l'émotion. On transmet une émotion incroyable qui ne peut pas passer par internet, qui force le contact humain et qui permet de renforcer les liens. » Dans un marché devenu grand public, il insiste sur « la qualité et l'authenticité du produit » et sur « l'histoire qu'on raconte autour du produit », au cœur de la démarche de Fragonard.
    Son engagement dépasse l’entreprise. Membre actif du Club des entrepreneurs de Grasse, il participe à la création de la marque collective Grasse Expertise pour faire connaître à l’étranger la richesse du territoire et soutenir les petites structures. « On a un métier, un terroir et des collaborateurs qui adorent ce métier-là. Quand on est unis, on est plus forts. »
    Ainsi, entre champs de roses, ateliers de parfums et initiatives collectives, Éric Fabre contribue à faire de Fragonard bien plus qu’une marque : un écosystème vivant, où se mêlent transmission, terroir et émotion.
    À lire aussiGrasse, capitale du parfum: au cœur de la rose centifolia avec Pierre Chiarla
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  • La joaillerie spirituelle de Surya Mathew, héritier des maîtres indiens

    27/06/2026
    Entre Paris et le sud de l'Inde, Surya Matthew, maître joaillier et lauréat des Talents du luxe et de la création 2026, transforme l’or et les pierres rares en talismans contemporains. Héritier de techniques ancestrales et habité par une vision profondément spirituelle du bijou, le jeune de 26 ans défend un art sacré, entièrement façonné à la main. 
    « On apprend constamment et on redécouvre chaque jour ce qu’est notre métier », confie Surya Mathew. Un enseignement transmis par son maître en Inde : « À partir du premier jour où tu vas commencer dans ce métier, tu apprendras jusqu’à ta mort. Et une vie ne suffit pas pour apprendre ce qu’on fait ». Pour lui, la joaillerie est avant tout un métier d’émotions, de transmission et de respect du savoir-faire ancestral.
    Né à Bordeaux, ayant grandi entre la France et le sud de l'Inde, il porte en lui cette double culture qui imprègne sa création. Dans l’atelier de sa mère, dédié au textile et à l’entraide des femmes en difficulté, il découvre très tôt la couture, le dessin, la couleur. Il parle avec gratitude de cette enfance créative : « J’adorais composer, créer avec la couleur et les textures ».
    Une initiation sacrée, de l’enfance à la lignée
    À 9 ans, Surya se passionne déjà pour le métal et les pierres. À dix ans, il rencontre son premier maître, Nadesan, qui lui ouvre les portes d’un univers sacré. « La joaillerie est un métier sacré en Inde, ce n’est pas seulement un métier matériel », explique-t-il. L’apprentissage y commence très tôt : « Il faut faire travailler nos mains le plus tôt possible ».
    À 13 ans, une nouvelle rencontre change sa vie : un second maître, Dhanapalan, dont le nom signifie « gardien du trésor », sans successeur. Contre les usages, ce dernier accepte de le faire entrer dans sa lignée, normalement réservée au même sang et à la caste des brahmanes (regroupant, selon la tradition hindoue, les prêtres, les sacrificateurs, les professeurs, les intellectuels et les législateurs - NDLR). Après consultation du calendrier astrologique, il le choisit comme héritier de ces techniques anciennes. Surya Mathew mesure l’enjeu : faire perdurer ces savoirs menacés de disparition.
    À 17 ans, il quitte l’Inde pour Paris. Il se forme à la Haute École de Joaillerie, puis au sein des maisons prestigieuses de la place Vendôme. Il veut : « créer un pont entre l’Inde et la France », remettre au travail des joailliers indiens fragilisés par l’industrialisation et redonner envie aux jeunes générations de s’orienter vers les métiers d’art.
    Des talismans de lumière, façonnés sur mesure
    Dans son atelier parisien, Surya Mathew travaille tous types de métaux, mais l’or jaune s’impose comme sa signature. « On utilise beaucoup d'or jaune parce que ça symbolise la lumière et que c’est un métal très réconfortant pour les personnes qui portent des talismans ou des choses très importantes », dit-il. Cet or « éclaire, illumine », et apporte « cette chaleur dans quelque chose de précieux ».
    Les pierres, soigneusement choisies, viennent du monde entier : tourmalines, saphirs, diamants de couleur. Leur rareté et leurs dégradés permettent de créer des pièces uniques, reflets de la personne qui les portera. Car tout commence par une rencontre : « Je fonctionne beaucoup par vision. C’est quand je vois la personne que je vais ressentir ce qu’elle va devoir porter ». En écoutant son histoire, le dessin se compose mentalement, avant de se poser sur le papier.
    Pour Surya Mathew, un bijou est bien plus qu’un bel objet : « C’est un bijou qui doit permettre d’être une boussole. C’est un bijou qui doit aussi protéger la personne qui le porte ». Lors de successions familiales, il aime « garder une étincelle de vie de cette personne dans un bijou ». Rien que cela, dit-il, « c’est déjà un talisman ».
    Sauvegarder les gestes anciens, inventer des parures d’avenir
    À seulement 26 ans, Surya Mathew transmet déjà à son tour. Il enseigne à la Haute École de Joaillerie à Paris et forme de jeunes artisans d’art. En Inde, il mène des projets pour sauvegarder des techniques ancestrales menacées par les machines et le manque de commandes. Il récupère d’anciens moules gravés en négatif, autrefois utilisés pour les parures de Maharajahs, les restaure et les réutilise.
    Ces moules, en alliage d’or, d’argent et de cuivre, permettent d’obtenir une ciselure d’une extrême finesse. En les combinant à des approches européennes contemporaines, Surya Mathew imagine de nouvelles parures : « On reprend vraiment des symboles, des motifs très anciens, mais une fois composés dans un ensemble beaucoup plus moderne, ça apporte quelque chose de nouveau et d’assez original ».
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  • Sylvette Lepers ou l'audace qui fait dialoguer mode et création à La Redoute

    20/06/2026
    Sylvette Lepers, responsable partenariats créateurs et image à La Redoute, a un métier hors du commun, dans la mode : elle valorise la jeune création et accompagne de nombreux créateurs, qu'ils soient débutants ou établis. Co-commissaire de l'exposition La Redoute, un temps d'avance – Mode, Design, publicité au musée La Piscine à Roubaix, Sylvette Lepers nous raconte la success story de la Redoute et son aventure créative avec des collaborations au croisement de la mode et du design. 
    Responsable partenariats créateurs et image à La Redoute, Sylvette Lepers occupe un poste singulier dans l'univers de la mode. Entre détection de talents, collaborations avec des créateurs de renom et transmission auprès du grand public, elle incarne une vision exigeante et profondément humaine de la création. « On ne quitte jamais la création, ici ou ailleurs… La création est inscrite en moi », confie-t-elle.
    Née à Roubaix, Sylvette Lepers grandit dans un environnement où l'artisanat est omniprésent. Très tôt, sa mère lui transmet l'amour du travail manuel et du vêtement bien fait. Plus que la mode ou les tendances, c'est la qualité qui la marque : « Ce qui m'est resté, c'est la beauté d'un vêtement, plus que la mode ou les tendances. »
    Adolescente, elle accompagne sa mère dans les boutiques : celle-ci observe, s'inspire, puis crée ses propres pièces. Ce rapport au vêtement, comme objet de beauté et de savoir-faire, ne la quittera plus. « Cet amour de la création m'a été transmis par ma mère », raconte-t-elle.
    Curiosité insatiable et rencontres décisives
    Au cœur de son métier, une qualité s'impose : la curiosité. « J'aime être étonnée, affirme-t-elle. Quand je vois des jeunes qui viennent d'univers différents, qui abordent les choses différemment, je suis toujours étonnée. Je pense que quand on n'est plus étonné, c'est une forme d'être blasé. Et ça, il faut bien s'en garder. »
    Pour nourrir cette curiosité, elle lit, visite des expositions, assiste à des défilés, siège dans des jurys d'écoles de mode, fréquente les fédérations de la haute couture et du prêt-à-porter. De ces rencontres naissent des collaborations avec des créateurs débutants ou confirmés, dans un esprit de sincérité partagée. « Les choses qui sont faites avec sincérité de part et d'autre, ce sont les choses les plus réussies », insiste-t-elle.
    Des collaborations « à six mains » au service d'un style accessible
    Depuis 1969, La Redoute soutient la jeune création en invitant des créateurs à exprimer leur univers. Sylvette Lepers veille à leur offrir une vraie liberté artistique : « Si j'ai envie de donner de la visibilité à un créateur, je souhaite le laisser libre. Je dis ce que nous ne pourrons pas faire. À La Redoute, on ne fera pas de fourrure. » Pour le reste, pas de cahier des charges figé : l'univers du créateur prime.
    Les collections se construisent « à six mains » : le créateur, la modéliste et elle. « Nous avons encore ce savoir-faire de modéliste à La Redoute. On lui présente les matières, les tissus, les moindres détails : c'est lui qui choisit. » Prototype, toiles, essayages, choix du photographe et du casting : pendant cinq à six mois, la collaboration se tisse dans la durée, avec une grande attention au deadstock et à la qualité. « L'exigence est le maître mot », résume-t-elle.
    Un temps d'avance et une vision engagée de la mode
    Co-commissaire de l'exposition La Redoute, un temps d'avance – Mode, Design, publicité , au musée La Piscine de Roubaix, Sylvette Lepers plonge dans 189 ans d'archives pour montrer une marque audacieuse et précurseur. « On ne parcourt pas 189 ans d'existence sans avoir toujours fait preuve d'audace », souligne-t-elle. Démocratiser le style, rendre les pièces de créateurs accessibles, innover dans la relation au public : La Redoute entretient un lien particulier avec ses clients et ses collaborateurs.
    Attachée à une approche fondée sur la confiance et la transparence, elle se voit comme un relais entre la marque et les créateurs émergents, qui viennent désormais souvent à elle. Aux jeunes talents, elle distille un conseil simple et puissant : « De l'audace. Écoutez les conseils, mais soyez le seul à prendre la décision. Si vous réussissez, vous serez extrêmement fier. Si vous tombez, vous vous relèverez, vous n'en serez que plus fiers. Et surtout, vous pouvez dire oui, mais il faut savoir dire non. Ne dites pas oui à tout. »
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  • Le design devenu mémoire, refuge et acte de liberté par Elizabeth Garouste

    13/06/2026
    À travers son exposition Âmes vagabondes, Elizabeth Garouste affirme la singularité d’un univers à la croisée de l’art, du design et de l’artisanat. Figure majeure du décoratif, cette artiste-designer parisienne crée des œuvres entre sculpture et mobilier. Fauteuils, lampes, vases ou tables dépassent leur fonction : objets incarnés où geste créatif et savoir-faire artisanal engendrent des pièces habitées de présence, de poésie et d’émotion.
     
    La création, c’est la liberté
    Née à Paris juste après la guerre, dans une famille juive originaire de l’Est, Elizabeth Garouste grandit dans une atmosphère marquée par l’absence et la mémoire. « La moitié de la famille était déportée », raconte-t‑elle. Tous les dimanches, chez sa grand-mère à Ménilmontant, on se réunissait : « On se remémorait toujours les gens qui avaient disparu. »
    Ses parents s’installent boulevard Montparnasse. Elizabeth a « la chance » d’étudier à l'école Alsacienne. Là, pas de simples professeurs de dessin, mais « des vrais artistes » qui leur apprennent à faire « une pose en cinq minutes », à explorer le graffiti, à recomposer des scènes imaginaires. En parallèle, elle fréquente, avec son frère, les cours du musée des Arts décoratifs, flânant des journées entières dans ce musée à l'époque « un peu vieillot », fascinée par les maisons de poupées et les sous-sols mystérieux.
     
    Le design comme réponse à la peur
    Le basculement vers le design est intimement lié à son histoire personnelle et à la guerre. Enfant, Elizabeth est traumatisée : « Je pensais que la nuit, tous les meubles étaient devenus vivants. » Elle imagine un grenier qui s’ouvre, des objets menaçants. « Je dormais tout le temps assise et je mettais un maximum d’objets dans mon lit pour les protéger. » Elle confie d’ailleurs : « Je n’ai jamais bien dormi. »
    Plus tard, le design devient une manière de dompter cette angoisse : « C’est une manière d’apprivoiser les meubles. » Son parcours scolaire est marqué par un échec au bac et un passage dans une « boîte à bac » où elle rencontre Gérard Garouste. Elle suit deux ans à l’école Camondo, « pour pouvoir travailler », puis entre dans le bouillonnement des années Palace. Gérard décorant ce lieu mythique de la fin des années 1970-début 1980, elle réalise avec lui des masques en terre pour des luminaires. Cette expérience la met « tout de suite le pied à l’étrier ». Elle s’associe ensuite à Mattia Bonetti : ensemble, sous la signature Garouste & Bonetti, ils réhabilitent un art décoratif narratif et baroque dans un paysage alors « très rigoureux, très minimaliste ».
     
    Des meubles comme récits et comme rêveries
    Aujourd’hui encore, chaque pièce créée par Elizabeth Garouste est d’abord une histoire. « C’est une histoire que je me raconte », explique-t‑elle. Elle cite « La Chaise », en paille et bois ramassé en forêt : « C’était l’idée de la chaise du fils de Napoléon III qui faisait la guerre contre les Zoulous. » Un meuble en porcelaine de Sèvres lui évoque Marie‑Antoinette faisant venir des porcelaines de Chine pour les enchâsser dans ses meubles. Les matériaux : bois, bronze, céramique, fer forgé, se croisent comme autant de chapitres d’un récit.
    Son exposition Âmes vagabondes s’inscrit dans un fil conducteur constant : la nature. « Chaque meuble, chaque objet a le nom d’une plante ou d’une fleur », dit-elle. Elle parle d'une sorte « de rêverie et de vagabondage » à travers ce qu’elle peut imaginer et retranscrire de la nature. Le design est pour elle un équilibre délicat : « Il faut à la fois rêver, mais à la fois être fonctionnel. Impossible de concevoir une table où vous ne pouvez pas poser une assiette ou un buffet dans lequel vous ne pouvez rien mettre. » Ses pièces, souvent en édition limitée, échappent délibérément à la logique industrielle.
     
    Liberté, artisanat d’art et désir de dessin
    Au cœur de sa démarche, l’apprentissage permanent des techniques : verre soufflé ou collé, tapis tissé à la main, bronze, céramique… « C’est très enrichissant de savoir de quelle façon on peut travailler l’objet », souligne-t‑elle. Elle revendique son lien étroit avec les artisans d’art. À partir d’un croquis, elle redessine avec des cotes précises, choisit les matières, puis confie chaque partie à l’artisan adéquat, en orchestrant les allers-retours entre bronze, bois et céramique. Cette relation repose sur la confiance : « Il faut qu’ils sentent ce que je souhaite et que je sente ce qu’ils peuvent réaliser. C’est un échange. »
    À l’approche de ses 80 ans, elle aspire à se rapprocher encore davantage du dessin, de la peinture, des sculptures. « C’est dans cette direction que j’aimerais continuer. Plus le dessin et les gouaches… moins de fonctionnel, plus de création. »
     
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  • Alphadi, sa mode pour la dignité et la paix, au musée du Quai Branly à Paris

    06/06/2026
    Figure majeure de la mode africaine, Alphadi, « Magicien du désert », fait depuis plus de quarante ans de la création un outil d’émancipation et de valorisation du patrimoine textile africain. « La culture et la mode peuvent aller plus loin que l’uranium du Niger », affirme l’ambassadeur de l’Unesco pour la paix, l’innovation et la création, célébré à l’exposition Africa Fashion au musée du Quai Branly – Jacques-Chirac.
    Pour Alphadi, la mode n’est pas un simple exercice esthétique : c’est un acte politique. Il appelle les Africains à porter l’Afrique, à se réapproprier leurs textiles, leurs coupes, leurs parfums, leurs accessoires. « Les Africains doivent porter africain. Les Européens doivent porter africain. Les Américains doivent porter africain », insiste-t-il. Pourquoi, interroge-t-il, les Africains achèteraient-ils les grands costumes et parfums européens sans que l’inverse ne se produise ? À travers ce renversement du regard, il milite pour un changement de mentalité, fondé sur la fierté, la dignité et l’amour de soi.
    Son engagement est aussi un plaidoyer pour la paix. Face aux guerres, aux coups d’État et aux divisions internes, le créateur affirme sa croyance dans la beauté, l’amour et la culture comme forces capables de transformer le continent. « Pour moi, la paix, la beauté, l’amour peuvent nous amener très loin », confie-t-il. La mode devient alors un langage universel, un moyen de rassembler les peuples et de faire entendre une autre image de l’Afrique : forte, créative, capable.
    Un parcours pionnier et un combat économique
    Né au Niger, Alphadi débute sa carrière au début des années 1980. Très vite, il démontre que l’Afrique possède un patrimoine textile d’une richesse exceptionnelle. Depuis plus de quatre décennies, il revisite les vêtements traditionnels en modernisant les coupes et les silhouettes, sans trahir l’âme des tissus et des savoir-faire. Il n’a de cesse de répéter que « l’Afrique aussi peut le faire » et va jusqu’à affirmer que la culture et la mode peuvent rapporter davantage que l’uranium de son pays, pourvu que les décideurs y croient.
    Son combat est aussi économique et entrepreneurial : prouver que la mode peut devenir une véritable industrie sur le continent. « Le continent peut faire de la mode une économie mondiale », affirme-t-il. À travers ses boutiques implantées dans plusieurs pays africains, il montre qu’on peut créer, produire et vendre en Afrique, pour l’Afrique mais aussi pour l’Europe et l’Amérique. Il encourage les politiques et les financiers à investir dans les créateurs, dans les cosmétiques, les parfums, les textiles africains, afin de bâtir une économie de la mode à l’échelle mondiale. « Il faut que les politiciens et les financiers mettent aussi de l’argent sur les créatifs pour les accompagner dans leur combat », plaide-t-il.
    Transmission, grandes rencontres et Festival de la mode africaine
    Le parcours d’Alphadi est jalonné de rencontres décisives avec de grands noms de la mode mondiale, comme Yves Saint Laurent ou Christian Lacroix, qui ont reconnu la force de sa démarche et la modernité de la création africaine. « Yves Saint Laurent s’est approché de moi, il a voulu comprendre ma manière de travailler, mon combat », raconte-t-il. Ces échanges ont nourri son travail et renforcé sa légitimité sur les scènes parisienne et internationale.
    Souhaitant transmettre cette expérience, il fonde l’Académie Alphadi, une école supérieure de mode et d’arts. Au Niger, environ 250 jeunes filles y apprennent la couture, le stylisme et les métiers de la création. « Leur esprit, c’est d’être comme Alphadi, c’est d’être comme les grands créateurs de demain », dit-il avec fierté. Elles s’inspirent de son parcours et des grands créateurs qui l’ont accompagné, pour devenir à leur tour les talents de demain.
    En 1998, Alphadi crée le Festival international de la mode africaine (Fima), vitrine majeure de la création du continent. Au fil des éditions, le festival a accueilli les plus grandes signatures de la mode mondiale et rendu hommage à la beauté africaine dans des cadres d’exception, notamment au Maroc. Pour son promoteur, le Fima est un combat essentiel : il met en avant le textile comme produit stratégique, lie mode, tourisme, climat, éducation et image du continent, et contribue à imposer l’idée que « l’Afrique est à la mode. Le combat du Fima, c’est montrer le textile comme produit essentiel et rendre hommage à la beauté africaine », résume-t-il.
    L’Afrique dans les musées du monde
    La présence d’Alphadi à l’exposition Africa Fashion au Quai Branly s’inscrit dans cette même volonté de reconnaissance. Conçue par le Victoria and Albert Museum, cette exposition montre la diversité des textiles africains, la richesse des bijoux et des archives photographiques, tout en tissant un dialogue entre passé et présent. Pour le créateur, voir l’Afrique accueillie dans un grand musée, face à un public jeune, étudiant, venu du monde entier, est un symbole fort : « Montrer que ce musée accueille l’Afrique aujourd’hui, que les jeunes viennent visiter l’Afrique et voir que l’Afrique est capable », insiste-t-il. L’Afrique est belle, elle est capable, et elle a une histoire de mode à raconter.
    Alphadi appelle à multiplier ce type d’événements dans d’autres villes françaises et dans les musées africains, à Abidjan, au Niger et ailleurs. « Le combat est vu en Europe, il n’est pas encore assez vu sur le continent, et ça doit changer », alerte-t-il. Car, rappelle-t-il, si le combat pour la mode africaine est visible en Europe depuis quarante ans, il doit désormais être pleinement reconnu sur le continent lui-même. En tant qu’ambassadeur de l’Unesco pour la paix, l’innovation et la création, il poursuit ce même objectif : faire de la mode un vecteur de fraternité, de dignité et de respect pour l’Afrique, sur toutes les scènes du monde. « L’Afrique aussi peut le faire, pour l’Unesco, pour les Nations unies et pour le monde », conclut-il.
     
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Sobre 100 % création
Mode, accessoires, décoration, stylisme, design. Dans la chronique 100 % création de Maria Afonso, RFI vous fait découvrir l’univers de créateurs. Venez écouter leur histoire, leur parcours, leurs influences, leur idée de la mode chaque dimanche à 04h53, 6h55 et 12h54 TU vers toutes cibles. 
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