Une séquence en fin de semaine sur CNEWS, une analogie entre « Homo sapiens », « grands singes », « tribu » et « chef » pour parler du maire de Saint-Denis Bally Bagayoko, une plainte annoncée, une chaîne qui parle de polémique infondée, un intervenant qui assure ne pas avoir voulu être raciste…
Et voilà que la machine médiatique s’emballe… et nous pousse à réfléchir à la question plus lourde… et sans doute plus dérangeante de l’état réel de la lutte contre les discriminations en France.
Car pendant que l’on débat de l’intention, du dérapage, du mot de trop ou du procès en surinterprétation, les chiffres, eux, disent autre chose, plus profond, plus durable. En 2025, plus de 16 400 infractions à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux ont été enregistrées, dont 9 700 crimes et délits, en hausse de 5%.
Et ce climat, il ne se limite pas aux plateaux de télévision ni aux réseaux sociaux. Il traverse aussi la vie quotidienne, le logement par exemple. Un testing de SOS Racisme a montré que près d’une agence immobilière sur deux accepte ou facilite une discrimination raciale. Presque une sur deux. Cela veut dire qu’au moment même où le droit proclame l’égalité, des pratiques de tri continuent, discrètes, ordinaires, efficaces, presque routinières.
Et pourtant, l’État avait promis un sursaut. En janvier 2023, le plan PRADO, le Plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine, était présenté avec un portage politique exceptionnel. Trois ans plus tard, la Commission nationale consultative des droits de l’homme dresse un bilan sévère, parle d’un bilan très décevant, pointe des mesures non mises en œuvre, une gouvernance défaillante, des abandons mal expliqués, un écart troublant entre l’ambition affichée et l’exécution réelle.
Alors, que révèle vraiment la polémique CNEWS ? Pourquoi la lutte contre les discriminations reste-t-elle si difficile à mettre en acte ?
Pour en débattre
- Dominique Sopo, président de SOS racisme
- Patrick Simon socio-démographe à l’Institut national des études démographiques (Ined). Il travaille sur les phénomènes d'intégration et de discriminations ethniques en France
- Kaltoum Gachi, avocate à la cour, docteur en droit, co-présidente du Mrap, le Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples.