Le grand invité international
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Navi Pillay, Prix Nobel de la paix: l'accusation de génocide contre Israël «repose sur des faits»
14/10/2026La Sud-Africaine Navi Pillay, Prix Nobel de la paix 2026 est ce mercredi 14 octobre la grande invitée internationale de RFI. Paix dans le monde, inaction de la communauté internationale en dépit d'énormes instruments dont elle dispose, génocide des Tutsis au Rwanda, actions de la CPI, génocide à Gaza, lutte contre l'impunité... Elle répond aux questions de Florence Morice.
RFI : Navy Pillay, de la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud au génocide des Tutsis au Rwanda, de la CPI à la guerre à Gaza, vous avez consacré toute votre vie à lutter contre l'impunité. À qui avez-vous pensé en premier lorsque vous avez appris que vous receviez ce prix Nobel de la paix 2026 ?
Navy Pillay : Je suis très heureuse d'être avec vous. J'ai pensé à mes enfants, à mes deux filles. Je pense qu’elles ont fait preuve d’une grande générosité en laissant leur mère voyager à travers le monde et s’absenter si longtemps de la maison. Et elles m’ont tellement soutenue quand elles étaient adolescentes. Elles ont pris leur vie en main. Je leur dois vraiment beaucoup, ainsi qu’à quelques amis très proches qui m’ont motivée et m’ont poussée à intégrer le collège international. Ils m’ont dit : « Si tu n’acceptes pas, il n’y aura aucune femme au sein du collège. » C’est ainsi que tout a commencé au Tribunal pénal international pour le Rwanda.
Ce prix a suscité de vives réactions en Israël, en raison de votre rapport sur Gaza l'année dernière. Le Premier ministre Benyamin Netanyahu vous a accusé de « diaboliser les Juifs ». Que répondez-vous à ces attaques ?
Il n’y a pas la moindre preuve que j’ai diabolisé qui que ce soit, et encore moins les Juifs, qui se sont eux aussi installés en Afrique du Sud après avoir souffert de l’Holocauste. Et les Juifs qui se sont installés en Afrique du Sud se sont joints à la population noire sud-africaine dans la lutte pour notre propre libération. Nous coopérons donc et nous nous respectons mutuellement en Afrique du Sud. Il s’agit en réalité d’un mythe inventé par le Premier ministre Netanyahou pour discréditer notre rapport.
Ce rapport paru il y a un an est celui d'une commission d'enquête indépendante de l'ONU que vous présidiez. La Commission concluait qu'Israël commet un génocide à Gaza. Avec le recul, est-ce que vous maintenez cette conclusion ?
Je maintiens ma position parce qu'il ne s’agit pas simplement d’une opinion que j’avance. Elle repose sur des faits. Cette commission a fonctionné comme l’aurait fait un tribunal. Elle s’apparente à un tribunal, mais n’en est pas un. Nous ne disposions pas des pouvoirs d’un tribunal, mais nous utilisions sa méthodologie et ses procédures, c’est-à-dire que nous vérifiions chaque fait avant de l’inclure dans le rapport. Nous disposions des faits rapportés sur le terrain par les témoins. Nous disposions des faits issus des déclarations des responsables, notamment celles du président, du Premier ministre et de l’ancien ministre de la Défense. Leurs propres déclarations, tout comme dans le cas du génocide au Rwanda, fournissaient des éléments révélateurs du génocide. Il s’agit donc de ce type de preuves. Et j’ai l’expérience d’avoir été l’un des trois juges du Tribunal pour le Rwanda qui a rendu le premier jugement au monde sur un génocide. Et nous ne prenons pas ce crime à la légère. Nous veillons à ce que l’intention spécifique requise pour le crime de génocide soit prouvée. C’est ce que nous avons recherché et c’est ce que nous avons trouvé.
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Quels éléments vous ont conduit à cette qualification ?
Je n’ai pas le rapport sous les yeux et je rendrais vraiment un mauvais service en essayant de me souvenir de ce que nous avons découvert. Nous avons trouvé des preuves manifestes d’assassinats. Nous avons mené notre propre enquête et constaté que des journalistes avaient bel et bien été tués intentionnellement. Israël n’a mené aucune enquête sur certains des évènements que je décris, notamment le saccage et l’enfouissement dans le sable d’ambulances. Nous avons trouvé des preuves d’une destruction ciblée de la seule clinique de fertilité de Gaza : ils ont pris la clinique pour cible et détruit les réservoirs d’oxygène qui maintenaient les embryons en vie. Ils ont prétendu agir en légitime défense. Ils ont affirmé que le Hamas cachait des armes dans les hôpitaux. Mais toutes les images montrent qu’ils ne se sont absolument pas approchés de l’hôpital. Ils n’ont effectué aucune fouille à la recherche d’armes et aucun combattant du Hamas n’était visible. Il s’agissait d’une attaque ciblée, et ils ont tiré sur le réservoir d’oxygène. Nous en avons conclu qu’il s’agissait d’une destruction intentionnelle visant ce groupe lui-même, afin de s’assurer qu’il ne puisse pas se reproduire.
Que ressentez-vous face à cette communauté internationale incapable de mettre fin à ces tueries délibérées à Gaza ?
Je pense que nous faisons confiance à nos institutions internationales, notamment au Conseil de sécurité, qui a le pouvoir d’intervenir et de recourir à ses instruments de sanction. Ce sont ces instruments de sanction et de boycott qui ont permis de mettre fin à l’apartheid dans mon pays. Ils ont agi avec fermeté à l’époque. Ils sont donc capables d’intervenir, mais ils ne l’ont pas fait en raison du parti pris des États-Unis en faveur d’Israël. Je suis donc déçu. Oui. Je suis déçue par l'échec de la communauté internationale, qui dispose d'un pouvoir au sein des Nations unies. Et ce pouvoir a pourtant été utilisé dans d'autres situations. L'ONU envoie des forces de maintien de la paix pour protéger les civils, si cela avait été fait ici, si les Nations Unies avaient mis en œuvre certaines des mesures qu'elles ont prises dans d'autres pays, ces vies auraient pu être sauvées. Un grand nombre de civils, en particulier des femmes et des enfants, ont été tués lors de ces ripostes israéliennes aux attaques du Hamas. C'est donc cela qui est décevant.
Quelques heures seulement après l'annonce de votre prix, Washington a annoncé de nouvelles sanctions contre la Cour pénale internationale. Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a qualifié la CPI de juridiction hors la loi. Que vous inspirent ces attaques contre la justice internationale ?
Je pense que c'est illégal et tout à fait inacceptable. Il s'agit là de crimes commis par un gouvernement qui impose unilatéralement ces terribles sanctions afin d'empêcher la CPI de s'acquitter de ses missions d'enquête et de poursuite concernant des crimes très graves. Je me suis rendu à la Cour pour exprimer ma solidarité avec ses membres dévoués qui sont désormais dans l’incertitude totale quant à leurs droits et à la protection dont ils bénéficieront. Et bien sûr, nous vivons une période angoissante où une cour cible des juges et les sanctionne pour les décisions légales qu’ils ont rendues au sein d’un tribunal. C’est tout à fait inédit et cela devrait être fermement condamné par tous les États.
La CPI est de plus en plus sous pression. Comment voyez-vous l'avenir de cette institution ?
La CPI bénéficie du soutien de tous les États parties au Statut de Rome. Son organe de contrôle est l’Assemblée des États parties. C’est donc vers eux que nous nous tournons, et ils ont déjà exprimé leur rejet et leur condamnation de cette attaque menée par les États-Unis contre la Cour. Cela devrait donc nous indiquer clairement leur position. Ils prendront des mesures pour financer, continuer à financer et faire avancer les travaux de cette Cour.
Des pays, comme la France, n'appliquent pas toujours les décisions de la CPI. On pense au mandat d'arrêt contre Benyamin Netanyahu qui n'a pas été exécuté alors qu'il a survolé à plusieurs reprises l'espace aérien français. Et pourtant la France est bien partie au Statut de Rome.
Nous appelons instamment les États, tous les États, à respecter leurs obligations d’arrêter et de remettre à la Cour les suspects inculpés. Cela s’est produit au Tribunal pour le Rwanda, où certains pays, notamment dans le reste de l’Afrique, nous ont remis des suspects, mais ceux-ci nous ont également été envoyés par les États-Unis. D’autres ont été arrêtés et remis par la France. Ce tribunal n’aurait jamais pu traduire en justice ces individus si les pays concernés n’avaient pas donné suite aux mandats d’arrêt émis par le Tribunal pour le Rwanda.
Je souhaiterais voir – et j’attends – le même niveau de coopération avec la CPI. Pourquoi ? Parce que le principe de la justice internationale, le principe de la lutte contre l’impunité pour les crimes graves, ne doit pas être sélectif. Nous ne devrions pas appliquer une norme différente à nos amis et une autre à ceux avec qui nous ne nous entendons pas. Il n’existe qu’une seule norme commune, et ces valeurs doivent être appliquées de manière égale.
De nombreux pays africains dénoncent ce deux poids deux mesures, ils ont raison de le faire, donc ?
Ils n'ont pas tort, car ces droits de veto ont bien souvent été utilisés à l'encontre des pays africains. Ceux-ci sont marginalisés au sein du Conseil de sécurité. Je suis tout à fait d’accord sur la nécessité de réformer le Conseil de sécurité, non seulement en raison des droits de veto dont ils disposent et qu’ils utilisent pour se protéger eux-mêmes et leurs alliés, mais aussi parce qu’à notre époque, nous ne pouvons pas accepter un système où les cinq grandes puissances, les puissances victorieuses issues de l'après-guerre, continuent d’exercer leur droit de veto aux Nations unies. Il existe un mouvement puissant en faveur de ce changement. Mais bien sûr, il y a une chose sur laquelle les cinq membres permanents du Conseil de sécurité sont d’accord. Ils divergent sur tout le reste, mais ils s’accordent sur ce point précis : ils ne renonceront pas au droit de veto dont ils disposent.
Vous évoquiez le Rwanda...puisque vous avez également dirigé le Tribunal pénal international pour le Rwanda. Quelles leçons devons-nous tirer aujourd'hui de cette expérience ?
Je pense que la communauté internationale devrait faire davantage pour prévenir les génocides. C’est pourquoi nous avons la Convention pour la prévention du crime de génocide. L’accent est mis sur la prévention. On n’attend pas qu’un million de personnes soient tuées, dans ce cas précis, en l’espace de 100 jours à l’aide d’armes légères, alors que les Nations unies et leurs forces de maintien de la paix en avaient connaissance. Cela n’aurait jamais dû être autorisé. Et c’est ce que nous affirmons à propos du tribunal pour le Rwanda. La leçon à en tirer devrait être, comme l’a dit Nelson Mandela, « plus jamais ça ».
Quel sera désormais votre prochain combat ?
Vous savez, je tiens tout d’abord à préciser que je n’ai jamais postulé à aucun des postes que j’ai occupés sur la scène internationale. Je n’ai jamais postulé. On m’a proposé de rejoindre ces structures, ou j’ai été sélectionné, j’ai passé des entretiens et j’ai été retenu, si je puis dire. Et une fois ces postes obtenus, j’ai pris conscience de ma responsabilité de mener à bien ces missions, car je ne veux en aucun cas décevoir le public et ses attentes. Les gens s’attendent à ce que vous preniez votre travail au sérieux, que vous le meniez à bien et que vous veilliez au bon fonctionnement de ces mécanismes. Je n’ai donc pas de projet professionnel particulier.
J’espérais prendre ma retraite. C’est une telle tentation, surtout en hiver, de se lever tard, au lieu de devoir partir travailler tôt comme c’est le cas actuellement. Mais ce ne sont là que des considérations mineures au regard des souffrances des victimes. Il est même honteux d’évoquer nos petites contrariétés personnelles alors que le monde a besoin de nous. Donc, tant que l’on aura besoin de moi, je continuerai à agir comme je l’ai toujours fait.
Et quelle sera donc votre priorité en tant que désormais Prix Nobel de la paix ?
J’ai de nombreuses priorités, mais je suis préoccupée par le fait qu’à notre époque, nous n’ayons pas encore atteint l’égalité, l’égalité entre les sexes. Nous n’avons pas mis fin à la violence à l’égard des femmes. Je soutiens les femmes leaders du monde entier et leur initiative visant à ce qu’une femme soit nommée secrétaire générale des Nations unies. Vous savez, en près de 100 ans d’histoire, nous n’avons jamais eu de femme secrétaire générale. Et pourquoi donc ? Il n’y a pas d’autre explication que la discrimination fondée sur le genre. C'est l'un des domaines sur lesquels je compte me concentrer.Christophe Boisbouvier : «La France ne peut plus être dans une position dominante en Afrique»
13/10/2026Christophe Boisbouvier, journaliste à RFI, auteur de « La Françafrique est morte, vive l'Afrique-France » (Ed. Buchet-Chastel) est le grand invité international de RFI ce 13 octobre 2026. Journaliste à Radio France Internationale depuis 40 ans, il livre une analyse des relations passionnelles entre Paris et le continent. « Trop arrogante, trop sûre d'elle, la France n'a pas vu venir la vague anti-française », écrit-il.Nikol Pachinian, Premier ministre arménien: «Nos relations avec la Russie ne peuvent plus être les mêmes qu’auparavant»
12/10/2026Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian est le Grand invité international de ce lundi 12 octobre. Une interview exclusive réalisée par la rédaction de RFI en arménien à Erevan. Il évoque le rapprochement avec l’Union européenne, la paix avec l’Azerbaïdjan et les relations avec la Russie.
RFI : Bonjour Monsieur le Premier ministre. Merci de nous accorder cet entretien. Depuis 2018, il s’est passé énormément de choses en Arménie : une révolution, des guerres, le nettoyage ethnique du Haut-Karabagh, des changements d’alliances et de nouvelles relations géopolitiques. Nous n’aurons malheureusement pas le temps de tout aborder en détail, mais j’ai choisi de revenir sur plusieurs points essentiels avec vous. Commençons tout de suite avec l’un des enjeux majeurs pour le pays : son virage européen. Ces derniers mois, Erevan se rapproche de Bruxelles de façon tout à fait inédite. Alors, ma question : votre objectif ultime est-il de faire adhérer l’Arménie à l’Union européenne et, si oui, dans quel délai ?
Nikol Pachinian : Tout d’abord, je dirais que les relations entre l’Arménie et l’Union européenne ont une longue histoire. Dès 2017, un accord de partenariat global entre l’Arménie et l’Union européenne a été signé. Un accord qui, au fond, porte sur le rapprochement et l’harmonisation de nos systèmes et de nos normes. Et depuis 2020, nous avons poursuivi le rapprochement de nos relations avec l’Union européenne. Ainsi, en 2025, une loi a été adoptée en Arménie sur le lancement du processus d’adhésion à l’Union européenne. Cette loi a été adoptée à la suite d’une initiative citoyenne. Et oui, l’une des options consiste à ce que la République d’Arménie devienne membre de l’Union européenne. Pourquoi dis-je que ce n’est qu’une option ? Eh bien, parce que l’Union européenne doit encore prendre une décision concernant sa politique d’élargissement. Car la seule volonté d’un pays souhaitant adhérer ou envisageant cette possibilité ne suffit pas. Par conséquent, la réponse dépend aussi de cela.
Notre volonté de créer des alternatives vise à permettre au peuple arménien de décider si l’Arménie doit rester membre de l’Union économique eurasiatique, devenir membre de l’Union européenne ou ne pas adhérer ni à l’Union européenne ni à l’Union économique eurasiatique. Dans tous les cas, nous poursuivrons les réformes de la République d’Arménie afin de l’aligner sur les normes de l’Union européenne. Et si, à un moment donné, l’Arménie devient réellement et objectivement pleinement apte à devenir membre de l’Union européenne, alors, bien entendu, la question dépendra encore, à ce moment-là, de deux acteurs principaux : l’Union européenne voudra-t-elle nous accueillir et le peuple arménien votera-t-il en faveur de cette orientation ?
Quoi qu’il en soit, même si, une fois objectivement prête, l’Arménie ne devient pas membre de l’Union européenne, notre pays en sortira tout de même gagnant, car nous aurons alors un État pleinement conforme aux normes de l’Union européenne.
Alors que vous vous approchez de l’Europe, vos relations avec la Russie se détériorent. Pendant de nombreuses années, l’Arménie a été extrêmement dépendante de Moscou. Vous avez déclaré à plusieurs reprises que vous cherchiez à mener une politique étrangère équilibrée, que les relations avec la Russie entraient dans une phase de transformation profonde. La Russie reste le partenaire économique principal de l’Arménie, mais Moscou exerce une pression économique. Alors, est-il possible de sortir l’Arménie de la dépendance qu’elle entretient avec la Russie ?
Vous savez, nous ne posons pas du tout la question en ces termes. J’ai employé un jour une expression qui, au départ, a suscité certains malentendus en Arménie. J’ai dit que l’indépendance consiste à remplacer la dépendance envers quelques-uns par une dépendance envers un grand nombre, et nous ne faisons qu’appliquer cette politique. Voyez-vous, vous présentez les choses en parlant de la Russie, de s’affranchir de la Russie, etc. Mais ce n’est pas notre objectif. Nous ne voulons pas être dépendants de quelqu’un. Autrement dit, nous ne voulons pas cesser de dépendre de A pour dépendre de B. Ce n’est pas notre politique. Notre politique consiste à vouloir renforcer notre indépendance, la consolider et la développer. C’est pourquoi nous avons adopté une politique étrangère équilibrée. Nous voulons que notre peuple ait des alternatives. Nous voulons que notre population ait le choix. Nous voulons aussi que nos producteurs de tomates aient des alternatives. Nous voulons que nos producteurs de boissons aient eux aussi des alternatives. Nous voulons que tous nos acteurs économiques disposent d’alternatives, tant pour les exportations que pour les importations. C’est aussi pour nous une question économique très importante.
Je vais vous donner un exemple : ainsi, autrefois en Arménie, le marché des importations d’essence et de produits pétroliers était très concentré et, chaque fois que l’environnement extérieur changeait, nous rencontrions de graves difficultés. Ces dernières années, les produits pétroliers sont importés en Arménie, non plus par quelques entreprises, mais par des dizaines d’entreprises. Et cette situation nous a permis de mieux faire face aux crises touchant les produits pétroliers sur le marché mondial, sans les subir plus durement que les autres pays. Et je vais même vous dire davantage. Par exemple, en Russie, les opérations menées par l’Ukraine contre les infrastructures pétrolières ont provoqué des difficultés et, grâce à cette politique, grâce à notre politique intérieure, la République d’Arménie n’a pas ressenti ces problèmes. Nous voulons éviter ces difficultés ou être en mesure de les gérer.
Je comprends. Dans le même temps, la Russie exige que l’Arménie choisisse avant décembre entre l’Union européenne et l’Union économique eurasiatique. Alors, se rapprocher de l’Union européenne, des États-Unis, tout en maintenant de bonnes relations avec la Russie, cela semble être une équation impossible à résoudre.
Voyez-vous, la mission des gouvernements et des responsables politiques consiste à résoudre des équations insolubles, car, s’il n’y avait pas d’équations insolubles, nous n’aurions besoin ni de gouvernements, ni de responsables politiques, ni même de discussions. Autrement dit, tout serait simple, tout pourrait être résolu et, par conséquent, il n’y aurait pas besoin de gouvernement. Je le répète, notre position sur cette question est la suivante : nous estimons que, pour organiser un référendum en Arménie sur ce sujet, il faudrait à tout le moins que l’Arménie dépose officiellement une demande auprès de l’Union européenne en vue de son adhésion. Nous n’avons pas encore déposé une telle demande. Par conséquent, organiser cette année le référendum dont vous parlez n’est pas réaliste.
Mais comptez-vous déposer cette demande ?
Oui, entre autres. Mais voyez-vous, déposer une demande n’est pas une fin en soi. Imaginez maintenant que vous me posiez la question suivante : la République d’Arménie est-elle aujourd’hui prête à devenir membre de l’Union européenne ? Je vous répondrai franchement que non, car nous devons encore mener de nombreuses réformes pour satisfaire ces critères. Autrement dit, le dépôt de la demande en lui-même suppose déjà que le processus ait atteint un certain degré de maturité. Déposer une demande pour le seul plaisir de le faire, ce n’est pas très logique. D’autant que nous travaillons très activement avec l’Union européenne pour que, dans notre pays, notamment, les réformes prévues dans le cadre de l’accord de partenariat global et renforcé soient mises en œuvre de la manière la plus efficace possible. J’ajoute que la rupture ou la dégradation de nos relations avec la Russie n’a jamais fait partie, ne fait pas partie et ne fera pas partie de nos objectifs. Au contraire, nous souhaitons développer nos relations avec la Russie. Il faut simplement constater une chose : quelles que soient les circonstances et les dirigeants politiques, nos relations avec la Russie ne peuvent plus être les mêmes qu’auparavant.
Vous dites que vous voulez garder de bonnes relations avec la Russie, mais, dans le même temps, des responsables politiques russes ont menacé de faire de l’Arménie une deuxième Ukraine. Ça ne vous gêne pas ?
Je ne le pense pas.
Vous pensez que ça n’arrivera pas ?
Oui, je le pense et j’en suis convaincu.
Autre sujet extrêmement important et incontournable : la paix en suspens avec l’Azerbaïdjan. Vous semblez plutôt optimiste.
Excusez-moi, qu’entendez-vous par une paix qui ne serait pas établie ?
Je veux dire que, dans les faits, le traité de paix n’a pas encore été signé.
Dans les faits, le traité de paix n’a pas encore été signé, mais dans les faits, le traité de paix a été paraphé et, le 8 août 2025, une déclaration de paix a été adoptée à Washington. Et, dans les faits, cela fait déjà deux ans, plus de deux ans, que les tirs à la frontière arméno-azerbaïdjanaise n’ont fait ni morts ni blessés. J’ajouterais qu’en 2024, entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, le premier document bilatéral juridiquement contraignant a été signé puis ratifié aussi bien en Arménie qu’en Azerbaïdjan. Ce document prévoit que, dans le processus de délimitation de la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, la déclaration d’Alma-Ata constituera le principe fondamental de la délimitation des frontières des deux pays.
Et je tiens à souligner, en réponse à votre question, qu’entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, dans les faits, la paix est, dans une certaine mesure, également établie - de jure - la paix est établie.
Mais il y a toujours des prisonniers de guerre arméniens à Bakou. Le sort de nombreuses personnes disparues reste incertain. Il y a quelques jours seulement, un militaire azerbaïdjanais dans le Syunik a franchi la frontière arménienne et blessé un citoyen arménien. Dans ces conditions, votre optimisme peut paraître quelque peu surprenant. Pourquoi êtes-vous si positif sur ce processus de paix ?
D’abord, je suis optimiste parce que, je l’ai déjà dit, la paix est établie. Autrement dit, aujourd’hui, personne ne peut affirmer qu’il existe un conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Depuis 1991, chaque année, les échanges de tirs entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ont fait des morts et des blessés. Autrement dit, imaginez, de 1991 à 2025, nous avons eu chaque année des morts et des blessés. À présent, depuis deux ans, nous n’avons plus de morts ni de blessés. N’est-ce pas une raison d’être optimiste ?
Deuxièmement, entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, une délimitation concrète de la frontière a déjà eu lieu et nos villages situés près de la frontière vivent dans des conditions de paix. Quant à l’incident impliquant le soldat azerbaïdjanais, je voudrais d’abord dire que nous pouvons, pour un instant, laisser de côté la question du coup de feu. Pendant cette période, et plus généralement au cours des trente dernières années, il y a eu des dizaines de cas de ce genre où des soldats des deux camps se sont tout simplement égarés dans le brouillard ou pour d’autres raisons, et sont passés d’Arménie en Azerbaïdjan ou d’Azerbaïdjan en Arménie. Il y a eu des dizaines de cas semblables. Cet incident n’a aucun rapport avec la paix et ne peut aucunement remettre la paix en question.
Merci pour votre temps et pour cet entretien, monsieur le Premier ministre.
C’est moi qui vous remercie.Journée mondiale de la Santé mentale: «En France, on focalise sur l'individu en oubliant la logique systémique»
10/10/2026Plus d'un milliard de personnes dans le monde souffrent de troubles mentaux. En France, environ une personne sur cinq, voire sur quatre, peut être concernée au cours de sa vie : anxiété, dépression, addictions, suicide... L'enjeu est tel qu'une journée mondiale est consacrée chaque 10 octobre à la santé mentale. Pour en parler, nous recevons Mathieu Bellahsen, psychiatre, lanceur d’alerte, auteur notamment de La santé mentale (La fabrique) et d'Abolir la contention (Libertalia).- Riad Yassin Abdallah est l’ambassadeur du Yémen en France, ancien ministre des Affaires étrangères (2015) et ministre de la Santé (2014-2015). Il revient sur la contre-offensive lancée par les troupes gouvernementales contre les rebelles houthis : les premiers résultats après cinq jours de combats et les objectifs.
RFI : Le gouvernement a lancé cette semaine une contre-offensive après avoir perdu du terrain face aux rebelles houthis ces dernières semaines. Quelles sont les nouvelles du front que vous avez ?
Riad Yassin Abdallah : Oui. Comme vous pouvez le constater, la situation dans mon pays est très grave actuellement. Et pourtant, nous faisons tout notre possible pour vaincre les milices houthies, qui ont attaqué début septembre la ville de Mocha et la côte de Bab el-Mandeb. Comme vous le savez, la milice houthie utilise toutes sortes d'armes, y compris des missiles. Elle ne tient aucun compte des civils ni des infrastructures. Son seul objectif est de semer la destruction. Bien sûr, elle a lancé son offensive en coordination avec le régime iranien afin de déstabiliser la région et de mettre le détroit de Bab el-Mandeb dans une situation critique.
Le détroit de Bab el-Mandeb, c’est l’un des lieux où se concentrent aujourd’hui les combats. Il a donc été pris par les Houthis le mois dernier. C’est l’un des objectifs de cette contre-offensive. Qui le contrôle aujourd’hui ?
Aujourd’hui, nos forces combinées, qui ont lancé leur contre-offensive il y a quelques jours, contrôlent désormais le détroit de Bab el-Mandeb [les forces gouvernementales ont progressé mais le contrôle est toujours disputé, NDLR]. Nous contrôlons également l'île de Perim. Cette île revêt une importance capitale, car elle se trouve au milieu du détroit. Nous contrôlons donc désormais Bab el-Mandeb, et nous faisons actuellement de notre mieux pour progresser vers d'autres zones, depuis le détroit de Bab el-Mandeb jusqu'à Hodeïda. Bien sûr, des combats se poursuivent aux alentours de Taïz. Je pense que nous arrivons à un stade où nous allons réellement vaincre les Houthis, du moins dans cette région.
Dans la partie sud du pays ?
Oui, dans le sud du pays.
Vous évoquez des avancées des troupes gouvernementales. Lorsque les Houthis ont lancé leur offensive en septembre, elles ont tout d’abord reculé. Malgré le soutien de l’Arabie saoudite. Et alors même que la tension montait depuis deux mois. Est-ce le signe qu’il y a une coordination difficile entre toutes les unités qui composent les forces loyales au gouvernement ?
Oui, bien sûr, il y a toujours eu des difficultés dans des situations comme celle du Yémen, où l'on trouve différentes parties et différentes forces en présence. Mais que s'est-il passé aujourd'hui ? Nous avons officiellement lancé ce que l'on appelle « l'aube du Yémen » ou « l'avènement du peuple yéménite ». Et nous nous unissons autour d'un seul objectif : vaincre la milice et mettre un terme à son expansion.
Votre objectif, celui du gouvernement aujourd'hui, c'est de reconquérir l'ensemble du pays, de vaincre les Houthis sur l’ensemble du territoire ? Pas de revenir aux lignes qui avaient été celles du cessez-le-feu ces quatre dernières années ?
Oui, oui, notre but, notre objectif est de vaincre les Houthis et de mettre en œuvre notre plan visant à avancer jusqu’à la capitale, Sanaa, qu’ils contrôlent. Nous avons commencé à ouvrir plusieurs fronts, notamment à Al-Bayda, à Marib et dans d’autres régions du Yémen, où nous pouvons vaincre les Houthis. Je pense que le moment est venu de mettre fin au contrôle exercé par cette milice sur le Yémen.
Un point encore sur cette situation militaire. L’Arabie saoudite et le gouvernement yéménite, le président yéménite ont appelé Donald Trump à s’engager à leurs côtés dans cette bataille contre les Houthis. Les États-Unis pour l’instant ne souhaitent pas s’engager dans cette bataille. Est-ce que vous pouvez avancer sans le soutien des États-Unis ?
Oui, je pense sincèrement que les seuls qui se sont battus et les seuls qui se battront, ce sont les Yéménites. Et nous sommes capables de libérer notre pays des milices houthies. Ce dont nous avons réellement besoin de la part de la communauté internationale, y compris des États-Unis et d’autres pays européens, c’est, outre un soutien politique, qu’elle adopte une position ferme à l’égard du régime iranien qui soutient les milices houthies. Qu’elle soutienne notre gouvernement et notre peuple par tous les moyens à sa disposition. Je pense que ce soutien nous aidera à persévérer. Cela prendra peut-être plus de temps si nous ne bénéficions pas d’une intervention directe des États-Unis ou d’autres pays. Mais au bout du compte, nous sortirons victorieux et nous atteindrons nos objectifs. Lorsque nous demandons à la communauté internationale de nous soutenir, nous ne lui demandons pas de venir se battre à notre place.
La coalition internationale, qui soutenait le gouvernement yéménite, aujourd'hui se résume principalement à l'Arabie saoudite. Il n'y a pas un sentiment de solitude de la part des autorités internationalement reconnues ?
Nous constatons de nombreux changements sur la scène politique, notamment au Moyen-Orient. Bien sûr, l’alliance plus large que nous avions envisagée lors de son lancement en 2015 nous fait quelque peu défaut. Mais cela ne signifie pas pour autant que nous ne puissions pas surmonter ces défis et ces difficultés. Nous pensons aujourd’hui que, quoi qu’il arrive, nous commençons peu à peu à faire face aux difficultés et aux défis qui se sont présentés ces dernières années.
Un point sur la situation humanitaire aussi au Yémen. Des dizaines de milliers de personnes ont été déplacés par ces nouveaux combats. Les besoins humanitaires ne cessent de se renforcer au Yémen. La population yéménite a-t-elle quelques raisons d’espérer, de croire en un avenir meilleur ?
Les Yéménites font preuve d’une grande résilience et ont su s’en sortir, surtout au cours des dix dernières années, alors que nous nous efforçons de survivre et de retrouver une vie normale. Malheureusement, ce sont les milices houthistes qui se livrent à toutes sortes d’actes de destruction. Nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation humanitaire très grave. Comme vous le savez, certains réfugiés se sont rendus en bateau à Djibouti. Ils sont environ 4 000. Nous comptons plus de 200 000 personnes déplacées de leurs foyers, qui s’ajoutent à celles que nous comptions déjà auparavant. C'est désormais le sud du Yémen, notamment Aden et d'autres localités, qui supporte l'essentiel du fardeau. Bien sûr, nous avons besoin du soutien de tous : de la communauté internationale, des ONG et de tous nos voisins en cette période difficile. Et je pense que si l'aide humanitaire ne s'intensifie pas dans les mois à venir, la situation va malheureusement s'aggraver et devenir encore plus difficile pour tout le monde. C'est donc, selon moi, le moment de lancer un appel à chacun pour qu'il se mobilise et soutienne notre peuple.
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Du lundi au jeudi, Arnaud Pontus, le vendredi et le samedi, Clotilde Dumay, reçoivent une actrice ou un acteur de la scène politique, culturelle, sportive, économique, sociale pour réagir à l’actualité internationale. Émission préparée par Camille Nerant. Diffusion : du lundi au samedi à 6h20 TU.
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