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    Human Rights Watch au Burkina: «Les abus envers la communauté Peule sont une forme de nettoyage ethnique»

    02/04/2026
    Ce jeudi paraît un rapport de près de 300 pages, issu de deux ans d'enquête auprès des victimes civiles du Burkina Faso. L'ONG de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch a recueilli des centaines de témoignages de Burkinabè ayant subi entre 2023 et 2025 des attaques terroristes du Jnim, mais aussi la répression des forces armées burkinabè. Répression, notamment, contre la communauté peule. Les 57 incidents documentés par l'ONG illustrent la crise profonde et violente que traverse ce pays, sous la coupe d'une junte militaire qui n'arrive pas à endiguer la vague jihadiste. Une junte qui réprime violemment les supposés complices des terroristes. Avec ce rapport, qui recense 1 800 victimes civiles en deux ans, l'ONG espère une réaction de la communauté internationale, et un début de judiciarisation de ce qu'elle qualifie de « crimes de guerre » et de « crimes contre l'humanité ». Ilaria Allegrozzi, co-autrice de ce rapport, est la grande invitée Afrique Matin de RFI.
    RFI : « Personne ne pourra s'échapper », c'est le titre de votre rapport sur les crimes commis au Burkina Faso entre 2023 et 2025. « Personne ne pourra s'échapper », qui dit cela exactement ?
    Avant de vous dire qui dit ça, je reviens sur le titre qui est assez évocateur dans le sens où vraiment ça renvoie à une image symbolique de la guerre et pourtant réelle où personne n'est à l'abri, où les populations civiles sont piégées entre des violences avec des abus venant de tous les côtés. Maintenant, qui dit « Personne ne pourra s’échapper » ? C'est le président du Burkina Faso lui-même qui, pendant une réunion avec les chefs peuls en février 2023, avait dit que l'épicentre du terrorisme se situait au sein des communautés peuls et avait, de façon directe, menacé de tuer les peuls qui collaborent avec les groupes armés jihadistes. Ils les ont alors ciblés dans des massacres, les ont forcés à quitter leurs terres. Et ce schéma d'abus envers la communauté peule constitue une forme de nettoyage ethnique, d'après nous.
    Vous avez donc enquêté sur une période 2023-2025 avec un recensement de 57 attaques contre des civils. Quid de la difficulté d'enquêter dans un pays où la terreur règne, notamment la terreur de parler ?
    Oui, vous avez raison. En fait, les pertes civiles dans les conflits qui frappent le Burkina Faso ne sont pas connues parce qu'il n'y a pas de mécanisme pour recenser les victimes. Et beaucoup d'incidents passent inaperçus. Aussi à cause du climat de peur, de terreur et de répression instauré par cette junte militaire qui a muselé la dissidence, l'opposition, les médias, cela a empêché la circulation des informations sur la situation sécuritaire. J'ajoute également que la propagande gouvernementale, mais la propagande aussi du Jnim empêchent d'avoir vraiment une vision claire de ce qui se passe au Burkina Faso, y compris de documenter les incidents.
    Au moins 10 000 morts civils recensés par l’ONG Acled depuis 2016 ou même 1 800 morts recensés dans votre rapport : ce sont des chiffres qui sont très certainement en-deçà de la réalité, mais qui sont éloquents…
    Oui, justement, 10 600 morts selon Acled depuis 2016. De notre côté, 57 incidents documentés ont engendré la mort de 1 800 civils, dont 1 200 tués par les forces de sécurité et les VDP [Volontaires pour la défense de la patrie, supplétifs civils des forces de sécurité, NDLR]. Qu'est-ce que ça veut dire ? Cela reflète trois réalités. La première, on n'a pas été en mesure de documenter tous les incidents, la deuxième c’est que les forces de sécurité et leurs supplétifs VDP semblent être plus violents que le Jnim. Et troisièmement, ça pourrait aussi être une tendance régionale dans le sens où même au Mali, l'année passée, Acled avait souligné que les forces de sécurité avaient tué plus de civils que le Jnim.
    Ces 57 cas que vous documentez dans votre rapport, 57 attaques, aucune n'a fait l'objet d'enquêtes et encore moins de condamnations de la part des autorités burkinabè. Qu'est-ce que cela signifie ? Ça veut dire qu'en fait, il y a un double discours entre « on va faire des enquêtes » - c'est ce que disait pour un certain nombre de cas les autorités burkinabè et le président Traoré - et le fait qu'on ne voit jamais d'instruction et encore moins de procès dans ces exactions contre des civils ?
    Au Burkina Faso, on est dans un contexte d'impunité généralisée grandissante, où aucun membre des forces de sécurité burkinabè n’a fait l'objet de poursuites, ni amené devant les tribunaux pour des présumés violations des droits humains commises dans le cadre des opérations de contre-terrorisme. Donc, vous voyez que les voies de recours pour les victimes au niveau national sont très limitées. Les enquêtes encore plus. Et aussi, au niveau régional, les voies de recours pour les victimes deviennent de plus en plus limitées et restreintes, parce que le Burkina a quitté la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) et, par conséquent, a privé ses citoyens de la possibilité de saisir la Cour de justice de la Cédéao.
    Est-ce que vous n'avez pas l’impression que la communauté internationale se désintéresse, ou en tout cas détourne son regard, de ce qui se passe au Burkina Faso ?
    Bien sûr. La crise au Burkina Faso est complètement passée sous silence.
    Pourquoi ? Parce qu’il n’y a d’intérêt, il n’y a pas d'enjeux ?
    Je pense qu'après le coup d'État militaire de 2022, les partenaires internationaux du Burkina Faso se sont complètement désengagés et au lieu de trouver des voies de sortie ou des dialogues avec les autorités militaires, ont préféré laisser le Burkina Faso à son sort et n'ont pas porté l'attention nécessaire à cette crise.
    C'est inquiétant ?
    C'est très inquiétant ! Mais je pense qu'avec une couverture médiatique plus importante, une mobilisation des victimes avec des plaintes des ONG, il est possible d'obtenir des résultats, notamment pousser le Procureur de la Cour pénale à agir et à ouvrir un examen préliminaire sur les crimes commis par tous les camps.
    ► Rapport sur les Crimes contre l’humanité commis par tous les camps au Burkina Faso
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    RDC au Mondial 2026: «Il nous tenait à cœur de pouvoir se qualifier, c'est fait» dit Youssouf Mulumbu

    01/04/2026
    La République démocratique du Congo disputera donc la prochaine Coupe du Monde de foot, le Mondial 2026 de juin prochain aux États-Unis, Canada et Mexique. Les Léopards ont remporté la finale de barrage intercontinental qu'ils disputaient à Guadalajara au Mexique contre la Jamaïque. Victoire 1 à 0 après prolongations. La RDC rejoint les 9 autres équipes africaines déjà qualifiées et retrouve le Mondial 52 ans après sa seule participation. Une longue, très longue attente... Youssouf Mulumbu ancien capitaine des Léopards il y a dix ans, est notre grand invité Afrique, ce mercredi 1er avril.
    RFI : Youssouf Mulumbu, ce fut tendu, ce fut incertain jusqu'au bout, mais ça y est, la République démocratique du Congo tient sa qualification pour la Coupe du monde de football. Vous en rigolez, vous en souriez, c'est un grand ouf de soulagement ?
    Youssouf Mulumbu : Ce fut interminable. C'est vrai que c'était difficile à regarder parce que l'émotion est allée jusqu'au bout. Ce n'était pas très beau à voir, mais le plus important, c'était de se qualifier et on savait que ça allait se jouer sur des détails. Et ce détail a été ce coup de pied arrêté, dont Tuanzebe était à la réception, et a pu marquer ce but très important, ce but qui coûte 52 années de disette pour le Congo.
    Ce n'était pas beau à voir, ça veut dire quoi ?
    En termes de jeu, ce n'était pas très beau à voir, mais on s'y attendait. Avec l'atmosphère, avec la pression, on savait que peut-être on n'allait pas montrer le meilleur visage du Congo, mais l'important c'était de se qualifier. Et voilà, ça s'est joué sur ce détail-là et on a su saisir l'occasion.
    La lumière est venue, vous l'avez dit « en prolongation », le but d'Axel Tuanzebe à la 100ᵉ minute, suite à un corner, la RDC, Youssouf Mulumbu, qui a montré une fois encore dans cette finale de barrage contre la Jamaïque – match qui se jouait au Mexique – toute sa résilience, sa force de caractère comme lors des barrages « Afrique », finalement, contre le Cameroun, contre le Nigeria. Ne jamais renoncer, c'est vraiment l'ADN de cette équipe congolaise ?
    Exactement, c'est ce que Sébastien Desabre a mis en place avec cette équipe. C'est cet aspect défensif qui est très solide avec Tuanzebe et Chancel en charnière centrale. Après, cette équipe de la Jamaïque, on l’a sentie un peu épuisée et nous, petit à petit, plus le jeu avançait, plus on sentait cette équipe s'installer dans le match et être un peu plus confiante. Et donc voilà, c'est la résilience et je pense que les joueurs peuvent en être fiers parce qu'ils ont vraiment libéré ce pays depuis plusieurs années.
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    Oui, plusieurs années. Cela faisait 52 ans que le pays attendait ça. La seule participation à un Mondial, c'était en 1974, quand le pays s'appelait encore le Zaïre. La RDC, un pays de foot. Plus de 100 millions d'habitants, aujourd'hui, c'est une véritable libération célébrée comme telle dans tout le pays, à Kinshasa, à Lubumbashi, dans l'Est, c'est la fête partout en RDC ?
    C'est la fête, mais c'est vrai qu'on est toujours passé à côté de cette qualification de très près. En 2018, avec ce match contre la Tunisie et même sur cette qualification contre le Sénégal. Donc, il nous tenait à cœur avec ce qu’éprouve le pays en ce moment, avec les conflits à l'Est, de pouvoir se qualifier et aujourd'hui, on ne peut qu'en être fier.
    Il y a des piliers dans cette équipe, Chancel Mbemba, le capitaine Cédric Bakambu, Yoane Wissa, Samuel Moutoussamy. Le sélectionneur Sébastien Desabre a su bâtir une équipe très solide. Il reste trois mois avant la Coupe du monde, on aurait envie de les voir jouer un petit peu plus. Le football « léché » qu'on a pu voir il y a quelques années en RDC, où est-il ?
    Exactement, mais je pense qu'il ne faut pas les juger sur cette rencontre parce que, comme je l'ai dit, il y a eu beaucoup de pressions, il y avait beaucoup de tensions autour de cette qualification. Mais il va falloir aller chercher aussi ce joueur, peut-être un Mayulu qui va apporter un peu de magie, un peu de gestes sortis de l'ordinaire. Au coach de faire son travail.
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    On connaît les adversaires du premier tour pour la RDC au Mondial, le tirage au sort a été effectué en décembre dernier. Portugal, Colombie, Ouzbékistan. Qu'est-ce que les Léopards peuvent espérer à cette Coupe du monde ?
    Aujourd'hui, on sait qu'on ne part pas favori de cette poule, mais il faut aller chercher un résultat face à deux équipes qui sont favorites, qui sont la Colombie et le Portugal. Et on sait que cette troisième place peut-être ou cette deuxième place va se jouer avec ce match contre l'Ouzbékistan.
    La Coupe du monde, Youssouf Mulumbu, passe de 32 à 48 équipes et il y aura non plus cinq mais dix équipes africaines à ce Mondial. Vous les imaginez, la RDC peut-être, mais aussi le Sénégal, le Maroc, la Côte d'Ivoire bousculer la hiérarchie ?
    Oui, c'est formidable. Avec ce qu'a montré le Sénégal lors de la CAN et les atouts qu'a le Maroc, je pense qu'ils peuvent faire très mal. Donc voilà, à toutes ces équipes de bien pouvoir se préparer et de pouvoir rentrer dans cette compétition avec un esprit de gagneur.
    Youssouf Mulumbu, merci et bravo à la RDC !
    Merci Fimbu toujours !
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    Mondial de football 2026: match RDC-Jamaïque, «un moment historique» pour Christopher Oualembo

    31/03/2026
    Un match historique pour la République démocratique du Congo se joue ce mardi soir au Mexique. Les Léopards rencontrent la Jamaïque, avec à la clé une qualification pour la Coupe du monde de football 2026. Ce serait une première depuis la participation du pays - qui s’appelait à l’époque le Zaïre -, en 1974. Et c’est donc « un moment historique » pour l’ancien international congolais Christopher Oualembo, aujourd’hui entraîneur des U-16, la sélection nationale des moins de 16 ans. Depuis Kinshasa, il est l’invité de Charlotte Idrac
    RFI : Christopher Oualembo, dans quel état d'esprit vous êtes avant le match de ce soir ? Est-ce que vous êtes excité, stressé, confiant ?
    Christopher Oualembo : Très excité. Bien sûr, on a confiance en nos joueurs, mais il y a beaucoup de tension quand même parce que 52 ans après, on revient à la Coupe du monde. Donc, c'est historique ce qui est en train de se passer. On représente aussi toute l'Afrique, donc forcément, il y a beaucoup de pression aussi et de responsabilité que de représenter ce continent, de par notre victoire ce soir, on l’espère.
    Toute la nation congolaise est unie derrière les Léopards ?
    Je pense qu'il ne manque personne ! Tout le monde est là, tout le monde est aux aguets. On attend avec impatience le match de ce soir en espérant la victoire à tous les niveaux, même au niveau de la politique, au niveau de la religion, à tous les niveaux. Dans tous les secteurs, tout le monde est motivé, tout le monde est focalisé pour qu'on puisse tous être unis derrière ce match et cette victoire.
    Donc c'est un jour spécial pour vous ?
    Très spécial, bien sûr, c'est clair, 52 ans après…Beaucoup n'étaient pas nés. Quand on sait qu'aujourd'hui, en République démocratique du Congo, il y a à peu près 50 % de la population qui a moins de quinze ans. C'est historique ce qui se passe, c'est historique. Beaucoup n'ont pas connu la Coupe du monde et là, c'est l'occasion de la découvrir de par le match de ce soir.
    Vous-même, vous n'avez pas vécu cette qualification d'il y a 52 ans : vous êtes trop jeune. Quel écho a ce match pour vous ? Est ce qu'on vous en a parlé ?
    Bien sûr. J'ai eu l'occasion de rencontrer certains Mondialistes qui sont encore vivants, on a cette chance-là, comme Mafu Kibonge, etc. Donc ça veut dire qu’ils nous ont transmis cette passion, certains détails qu'on considère vraiment parce qu'on se dit que c'est un héritage qu'on doit faire perdurer en espérant que ça puisse continuer. Parce que là, ça peut être le nouveau départ, repartir 52 ans après. L'idée c'est ne pas uniquement de se qualifier, mais c'est de continuer et d'enchaîner les qualifications pour les Coupes du monde à venir.
    Et pour les plus jeunes générations que vous encadrez, est-ce que ça leur parle, ces récits d'il y a 52 ans ?
    Ça leur parle parce qu'il y a cette transmission, et c’est culturel. Pour nous, le football ici, c'est vraiment quelque chose d'exceptionnel, tout le monde suit le football. C'est vraiment « institutionnel ». Donc ils ont des images, il y a des photos, il y a aussi ces histoires avec le fameux coup franc ou le vieux Ilunga Mwepu sort du mur pour tirer le ballon. Donc effectivement, tout ça, ce sont des choses qui qui marquent, même s'ils ne l'ont pas vécu, ils ont des souvenirs de ce qui a été immortalisé sur ces moments-là.
    Même si la compétition à l'époque s'était assez mal terminée : neuf buts face à la Yougoslavie. Est-ce qu'aujourd'hui, 52 ans plus tard, les Léopards sont une équipe plus expérimentée avec un collectif solide ?
    Oui, beaucoup plus. Après, c'est vrai qu'à l'époque, il y avait déjà aussi de très bons joueurs, avec un très bon groupe. Même si c'est vrai que le décalage s'est fait sur la Coupe du monde. Mais ce qui est sûr, c'est qu’actuellement, la démonstration de force de la République démocratique du Congo n'est plus à démontrer. Je pense qu'on a vu aujourd'hui que, effectivement, le groupe vit bien et qu'on a de très bons joueurs qui sont capables de rivaliser avec de grandes nations.
    Là, ce sera un duel inédit face à la Jamaïque. Qu'est-ce que vous pensez de cette équipe ? Est ce qu'elle vous fait peur ?
    Non ! On ne peut pas avoir peur quand on joue au football. Les joueurs qui vont jouer ce soir sont des joueurs qui sont habitués au haut niveau, au très haut niveau même, qui sont aussi en compagnie, dans leur club, de très grands joueurs et qui jouent aussi contre de très grands joueurs quasiment chaque week-end. Donc je pense que l'expérience ils l'ont, la compétence aussi et il n'y a pas à avoir peur. Je pense qu'il n'y a pas de pression à se mettre, mais plutôt beaucoup de motivation.
    Vous l'évoquiez tout à l'heure, il y a aussi une dimension qui dépasse la RDC. Dans quelle mesure il y a un enjeu aussi pour l’Afrique ?
    Oui, parce qu'on gagnerait une place de plus. Il y aurait un pays africain de plus ce soir si on arrivait à éliminer la Jamaïque. Là, c'est de continent à continent, ce n'est pas que de pays à pays. Donc effectivement, on est on est très, très, très déterminés. Il y a beaucoup de solidarité dans le groupe, ça je le sais. Mais il y a une résonance vraiment continentale. C'est l'Afrique entière qui nous soutient ce soir.
    Est-ce que vous avez un pronostic ?
    Je ne suis pas bon pronostic. Je ne peux pas me prononcer, mais peu importe : l'essentiel c'est qu'on marque un but de plus ce soir, c'est tout.
    Est-ce que vous allez regarder le match ? En famille, entre amis, Entre joueurs ?
    Oui, en famille, avec les fistons. Avec madame. Tranquillement. On va regarder ça à la télé et on va croiser les doigts.
    Et vous pensez que les Congolais seront dehors dans les rues pour fêter ça en cas de victoire ?
    Ah bah ça pour le coup, j'en suis quasiment sûr. Oui parce que on voit déjà les préparatifs. Les stades sont en train de se remplir. Déjà dès le matin. Donc c'est clair que ça va forcément fêter. Si on gagne, je pense qu'il y en a qui dormiront pas.
    ► RDC/Jamaïque ce soir à 21h TU. Radio Foot Internationale avec Annie Gasnier est à Kinshasa : Emissions spéciales à 16h10 et 21h10 TU.
     
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    Adji Bousso Dieng, chercheuse sénégalaise: «Les pays du Sud global doivent pouvoir développer leur propre IA»

    30/03/2026
    On le compare parfois au Giec sur le climat : le premier panel de l’ONU sur l’intelligence artificielle a démarré ses travaux en ce mois de mars. Ce comité comprend une quarantaine de scientifiques du monde entier, dont la chercheuse sénégalaise Adji Bousso Dieng. Informaticienne, chercheuse, enseignante à la prestigieuse université de Princeton aux États-Unis, elle a également fondé l’ONG The Africa I Know pour encourager les jeunes du continent à se lancer dans les sciences et le numérique. Adji Bousso Dieng plaide pour plus de diversité numérique, et le développement d’IA africaines. Elle est l’invitée de Charlotte Idrac.
    RFI : Quelle est la mission de ce tout nouveau panel de l'ONU sur l'IA ?
    Adji Bousso Dieng : Le constat est que l'IA progresse à une vitesse inédite. Et face à cette accélération, beaucoup de gouvernements et de décideurs se trouvent dans une forme d'incertitude. Ils perçoivent le potentiel immense de l'IA, mais ils peinent encore à en saisir pleinement les implications, à comprendre comment en faire un levier pour le bien commun et comment, en parallèle, se prémunir contre ses dérives. C'est précisément dans ce contexte que les Nations unies ont souhaité créer un espace de réflexion scientifique indépendant. « Indépendant », c'est un mot très important : Nous ne travaillons pas pour un gouvernement ou pour une institution. Et le but, c'est de produire des analyses scientifiques rigoureuses afin d'éclairer les décisions publiques. Il s'agit au fond de rééquilibrer les dynamiques en cours pour éviter que la gouvernance de l'IA ne se concentre pas entre les mains de quelques acteurs ou de quelques organisations, mais puissent bénéficier à l'ensemble de la communauté internationale.
    Comment est-ce que ça se développe plus précisément sur le continent africain ?
    En Afrique en ce moment, il y a des communautés autour de l'IA comme il y a GalsenAI, il y a Deep Learning Indaba, il y a aussi des entreprises qui commencent à vouloir utiliser l'IA. Mais je ne suis pas satisfaite de la façon dont ça se fait présentement, particulièrement en ce qui concerne les biais : Les modèles très performants de l'IA, maintenant, utilisent des données qui sont principalement de la culture de l'Ouest, qui ne reflètent pas la diversité des populations. Et donc je pense qu'il y a un réel besoin que l'IA qu'on utilise dans différentes parties du monde, y compris l'Afrique, soit des IA locales. Une grande partie de ma recherche est d'introduire la diversité qui contribue à encourager l'exploration, la capacité à envisager plusieurs solutions et plusieurs hypothèses. Nous avons développé un outil mathématique qui s'appelle le « Vendi Score » qui sert à mesurer et structurer cette diversité pour guider les systèmes d'IA vers des formes d'intelligence plus exploratoires, plus créatives, et en un sens plus proche de ce que l'on attend d'une démarche scientifique.
    Est-ce que ça vous semble possible de développer à terme une IA panafricaine ?
    Oui, c'est une de mes perspectives en ce qui concerne le développement en Afrique : Que dans presque tous les domaines, on doit avoir une approche panafricaine, mais pas le panafricanisme tel qu'on le chante un peu partout en ce moment, en termes de « oui, nous sommes souverains, nous sommes panafricains »…
    Politique…
    Oui, politique. Je milite pour un panafricanisme plus pragmatique qui consiste à collaborer dans différents domaines, y compris la technologie et l'IA.
    Vous avez parlé dans le passé d'une forme de « colonisation numérique de l'Afrique ». Qu'est-ce que ça veut dire ?
    Par exemple, il y a eu quelques controverses liées au labelling des données. En IA, on a besoin de labelliser les données afin de pouvoir développer des algorithmes qui sont plus performants et qui sont plus sains. Et donc ce qui se passe, c'est que les grandes compagnies vont en Afrique comme au Kenya par exemple, et elles font libeller ces données-là au Kenya dans des conditions qui ne sont pas très équitables. Ils ne sont pas bien payés et ils sont soumis à des données qui peuvent être traumatisantes. Il n'y a pas encore de cadre juridique qui encadre ce travail-là. Et donc ça, c'est une forme de colonisation numérique. Il y a aussi tout ce qui est souveraineté des données. Les données peuvent être utilisées sans compensation. Il y a en ce moment dans le continent un grand enthousiasme en ce qui concerne l'IA. Il y a cette idée que l'IA va résoudre tous les problèmes. Mais je pense que c'est une vision erronée parce que la réalité de l'IA en Afrique en ce moment est plutôt la même chose qui se passe avec nos ressources naturelles, où on est des consommatrices plutôt que des transformatrices et des créatrices. La même chose risque de se produire avec l'IA et je ne pense pas qu'on en parle assez.
    Vous êtes née à Kaolack, au Sénégal. Vous avez fait vos études en France puis aux États-Unis où vous êtes toujours aujourd'hui. Qu'est-ce qui vous a guidé, vous guide encore dans votre parcours ?
    J'ai été très chanceuse d'avoir cette expérience au Sénégal, en France et aux États-Unis. Ce qui est resté constant, c'est mon amour de la connaissance. Je suis très curieuse et j'aime réfléchir. Et une passion très forte pour la science qui me tient debout jusqu'à présent. Et le travail que l'on fait dans mon groupe de recherche à Princeton, c'est quelque chose auquel je crois vraiment.
    Est-ce que vous pensez revenir un jour au Sénégal ?
    Oui, c'est quelque chose auquel je pense. Mais la réalité, c'est qu'il y a beaucoup de barrières au pays. Par exemple, la recherche que je fais maintenant, je ne peux pas la faire au Sénégal parce que cela demande des ressources que je ne peux pas trouver au Sénégal présentement. Mais c'est quelque chose qui me revient en tête et on verra ce que l'avenir nous réserve.
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    Dudu Sarr (Dakar Music Expo): «Il n'y a pas mieux que la musique pour rassembler»

    28/03/2026
    Direction Dakar pour retrouver notre Grand invité Afrique ce samedi. La capitale sénégalaise est bercée ce week-end par des musiques du monde entier: trente groupes, cinquante professionnels réunis autour du DMX, le Dakar Music Expo. C’est la septième édition de ce marché de la musique, qui vise à faire découvrir des talents du continent et d’ailleurs, avec l’objectif notamment de monter des tournées à l’étranger. Dudu Sarr est le fondateur et le directeur du DMX, il répond aux questions de Guillaume Thibault.

Sobre Le grand invité Afrique

Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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Generated: 4/2/2026 - 1:43:53 PM