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  • Le grand invité Afrique

    Niger: «les Russes ont sauvé la mise, ou en tout cas permis de circonscrire cette tentative de putsch»

    31/08/2026
    Au Niger, le régime du général Tiani a été rudement secoué samedi 29 août par la rébellion de plusieurs unités militaires qui ont tenu l'aéroport de Niamey et ont tenté de s'emparer du palais présidentiel. Finalement, le coup a échoué et le régime issu du putsch de juillet 2023 reste en place. Mais la junte du général Tiani n'est-elle pas fragilisée et ne devient-elle pas redevable aux paramilitaires russes d'Africa Corps ? Éléments de réponse avec Yvan Guichaoua, chercheur senior au Bonn International Center for Conflicts Studies, centre international de Bonn pour les études de conflits.
    Vous penchez plutôt pour le mouvement d'humeur ou pour la tentative de coup d'État ?
    Compte tenu du déroulement des événements et du fait qu’ont été ciblés le palais présidentiel, la télévision nationale et l'aéroport, on pense quand même plutôt à une tentative de coup d'État qu'à une mutinerie qui aurait escaladé.
    Alors pourquoi les insurgés ont-ils échoué à s'emparer du palais présidentiel et de la radiotélévision nationale comme ils le souhaitaient ?
    Visiblement, il y avait un rapport de force militaire qui leur était défavorable. Le palais présidentiel est bien défendu. La garde présidentielle, qui est l'unité la plus loyale au général Tiani, est bien dotée. Donc s'en prendre à elle était visiblement un trop gros poisson pour les putschistes, et ils se sont cassé les dents sur la résistance de la garde présidentielle.
    Dans le cas de la télévision, c'était un petit peu plus ambigu. Il n'était pas évident que ce soit la garde présidentielle qui la défendait. On a parlé plutôt de la Garde républicaine. Et là, il y a eu un petit flou pour savoir, en cours de journée, de quel côté penchait la garde républicaine. Parce qu'on a vécu toute une journée de rumeurs sur le basculement ou non de certains corps d'armée en faveur des putschistes. Et il est évident que dans ces circonstances-là, il y a beaucoup d'hésitants. En 2023, au moment de la chute de Bazoum, c'était déjà un petit peu ce qui s'était passé. L'affaire ne s’était pas jouée en quelques minutes, ça avait pris deux ou trois jours, et on voyait des corps d'armée se rallier du côté des putschistes, sans doute par pragmatisme et opportunisme, en se disant « On mise sur le cheval qui a le plus de chances de gagner ».
    Samedi soir, les fidèles du général Tiani ont réussi à reprendre la base militaire 101 sur l'aéroport international de Niamey. Est-ce que l'aide des Russes d'Africa Corps a pu être déterminante ?
    Il semble bien que ça ait été le cas. D'ailleurs, il y a eu des déclarations officielles de l'ambassadeur russe au Niger disant qu'il avait été sollicité, que l'aide d'Africa Corps a été sollicitée et que cette aide a été fournie. Quelle forme a pris cette aide ? On ne le sait pas de sources officielles en provenance du régime. On le sait de la part d'observateurs, de sources sécuritaires mais pas forcément déclarées et qui cherchent à préserver leur anonymat. Mais il y a visiblement eu un usage assez intense de drones kamikazes qui auraient décidé les officiers et les soldats rebelles à se rendre parce que ça causait beaucoup trop de dommages dans leurs rangs. Donc il ne me semble pas totalement exagéré de dire que les Russes ont sauvé la mise, ou en tout cas permis de circonscrire cette rébellion, cette tentative de putsch.
    C'est la première fois depuis son arrivée au pouvoir, il y a trois ans, que le général Tiani est confronté à une insurrection dans sa propre armée. Est-ce un signe de fragilité ou pas ?
    À court terme, il obtient une victoire. On ne peut pas le nier. Il a réussi à préserver son régime et à neutraliser les soldats rebelles.
    À plus long terme, même à moyen terme, on voit bien que ça va quand même compliquer un petit peu son affaire pour différentes raisons.
     D'une part, l'implication des Russes et leur rôle décisif dans la reprise de la base rendent le régime dépendant des Russes. Tiani a désormais une dette vis-à-vis des Russes. Et, par la suite, on voit bien que c'est la garde présidentielle, c'est-à-dire les soldats loyaux à Tiani qui ont été à la manœuvre, qui ont opéré de manière finalement assez autonome, assez indépendante, main dans la main avec les Russes, sans qu'on sache trop ce que le reste de l'état-major de l'armée pensait.
     On n'a pas encore de grande clarté sur la décision de lancer l'assaut contre la base 101, mais toute la journée de samedi, il y a eu des rumeurs selon lesquelles tous les hauts gradés n'étaient pas forcément d'accord avec l'idée d'éliminer ces jeunes soldats qui avaient manifesté leur mécontentement.
    Donc, une conséquence probable de la situation, c'est qu'il va y avoir quand même du colmatage à faire dans les rangs pour retrouver un petit peu de cohésion. Alors, d'un côté, on pourrait dire qu'il y a un signal qui est envoyé contre quiconque chercherait à contester le régime et que ça va être certainement un petit peu dissuasif.
     De l'autre, on a une sorte de clivage un peu plus net qui s'établit entre la garde présidentielle, les Russes d'un côté, le reste de l'armée de l'autre, et le général Tiani manifeste quand même beaucoup de paranoïa vis-à-vis des interférences étrangères, des risques de déstabilisation. On peut imaginer que cette paranoïa va être encore accentuée et qu'il y aura ce qu'on appelle de plus en plus de coup-proofing, c'est-à-dire de dispositions prises pour la protection du régime. Et comme on est dans un monde à ressources finies, tout ce qui sera mis au service de la protection du régime ne sera pas mis au service de la protection du territoire et de la lutte contre les mouvements jihadistes et contre les rebelles qui se multiplient dans l'est du pays. Donc ça fait beaucoup de défis pour le Niger dans les semaines et mois à venir.
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    «La chanson contribue à l'apaisement des cœurs, à sensibiliser», pour l'artiste Ismaël Lô

    28/08/2026
    Il fête ses 70 ans ce dimanche. Depuis près d’un demi-siècle, Ismaël Lô fait voyager sa musique bien au-delà du Sénégal, avec des chansons comme « Tajabone » ou « Jammu Africa ». Il revient avec nous sur son parcours, ses chansons et cette envie de continuer à créer. Il répondait aux questions de Clothilde Hazard.
    RFI : Ismaël Lô, vous fêtez vos 70 ans ce dimanche, quand vous regardez votre carrière, aujourd'hui, une carrière de près de 50 ans. Quel sentiment avez-vous ?
    Ismaël Lô : Un sentiment de satisfaction et de rendre grâce aussi à Allah qui m'a donné cette possibilité d'exister, de continuer à aimer ce que je fais, c'est à dire évoluer dans le domaine de la musique.
    Est ce qu'il y a un souvenir qui vous revient en premier quand vous regardez votre parcours ?
    Ce qui me vient en premier, c’est mon premier passage à la télévision, le premier jour, j’avais un trac fou. J'étais au studio de la RTS avec Maguette Wade, un animateur de la télévision sénégalaise et l'émission s'appelait Télé Variétés, c'était mon premier passage à la télévision. J'étais juste passé en tant qu'artiste et j’avais très peur à l'époque de passer à la télévision. C'est la musique qui est venue à moi. Parce que, au départ, moi je me fixais comme objectif d’avoir une carrière similaire à mon père qui était un douanier. Je pensais que je serai médecin ou quelque chose dans ce genre. Et finalement, je me suis donné à la musique.
    Et au début de votre carrière internationale, quand vous êtes allé à la rencontre du public en dehors du Sénégal, qu’avez-vous avez ressenti vous en souvenez-vous ?
    Là, je me plonge vraiment, vraiment très loin à ma première sortie en France, en Europe. J’avais la volonté de rencontrer des gens, de voir le voisin de palier, dire bonjour.
    Mais ce n’était pas la même culture. Et ça m'a bouleversé, parce que les gens couraient de gauche à droite. C’était limite, ton voisin tu lui dis bonjour, il ne te répond même pas. En France, on court beaucoup. Et donc j'ai commencé à apprendre à vivre différemment, me dire que si je ne connais pas quelqu’un, je ne lui dis pas bonjour. J'ai tout de suite eu envie de retourner chez moi, parce que là-bas, il y a l'hospitalité, les gens sont ouverts, il y a de l'ambiance. J’ai composé une chanson qui signifiait « j'ai envie de retourner chez moi », Xalat.
    Et sur la naissance de ce tube mondial Tajabone. Avez-vous une anecdote ?
    Tajabone, c'est le début de l'année musulmane. Je me rappelle quand nous étions petits, dans le quartier, c'était la fête. Après le couscous, le dîner le soir, on se déguisait. En général, si je me rappelle bien, les hommes se déguisaient en femme, les femmes en homme. Ce sont des choses qui m'ont marqué et donc qui m'ont poussé à écrire une chanson sur ce jour mémorable. Mais aujourd'hui, ce titre me fascine et me dépasse. Parce que la chanson Tajabone est mondialement connue.
    Y-a-t-il d'autres morceaux dont vous êtes fier avec le recul ?
    Je suis fier de toutes mes chansons. C’est comme si vous me demandiez si je suis plus fier de tel ou tel enfant. Mes compositions sont comme mes enfants. Et donc c'est vrai qu’il y a des enfants qui ont plus de chance que d'autres, mais ça reste quand même mes enfants. Tajabone est sortie du lot, Dibi Dibi Rek est sortie du lot, Diamond Africa est sortie du lot.
    Comment l'expliquez-vous qu’elles soient sorties du lot ?
    Mais c'est ça, c’est divin. Je ne peux pas l'expliquer. C'est difficile à expliquer parce que quand tu écris, tu écris pour toi d'abord et pour le public après, c'est un partage.
    Vous avez aussi souvent utilisé vos chansons pour parler de paix, de tolérance, de justice et de l'Afrique. Pensez-vous que vous avez réussi à faire passer un message ou à faire bouger des choses.
    Mais bien sûr, c'est ça mon idéal, c'est ça qui me pousse à écrire. Aujourd'hui, si tu écris, il faut écrire quelque chose avec du sens, qui peut amener les gens à être tolérants, à vivre d'amour et de partage, pas de haine, et que les armes se taisent pour que les enfants puissent grandir dans le bonheur et dans la joie. La chanson contribue à l'apaisement des cœurs, à sensibiliser. Ça vient naturellement. À partir de ce moment-là, tu peaufines, tu réarranges, tu dis non, c'est mieux de dire ça. Ma passion pour la musique est spontanée.
    Et à 70 ans. Quels sont vos projets aujourd'hui ?
    Je ne sais pas. En tout cas, vous insistez sur mes 70 ans. Quand on me dit que j’ai 70 ans, je dis ah bon, j'ai 70 ans. Dans ma tête, j'ai 35 ans ou 25 ans. Je continue à écrire de nouvelles chansons. J'ai toujours cet amour, cette envie de continuer à écrire de nouvelles chansons, écrire et de sortir un nouvel album, Inch'Allah.
    Dans combien de temps on pourra écouter votre album ?
    Inch'Allah bientôt. Moi je dis toujours bientôt.
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    Référendum en RDC: «On ne peut pas être démocrate et refuser une loi qui accorde la parole au peuple»

    27/08/2026
    En RDC, la proposition de loi sur l’organisation du référendum reste au cœur de la bataille politique autour de l’avenir de la Constitution. Adopté par le Parlement, le texte a été déclaré conforme par la Cour constitutionnelle, mais avec des réserves portant sur treize articles. Félix Tshisekedi a depuis demandé une nouvelle délibération. L’opposition y voit toujours une voie vers un changement de Constitution et redoute une remise en cause de la limitation des mandats présidentiels. Son auteur, le député de la majorité, Paul-Gaspard Ngondankoy, défend au contraire un texte destiné, dit-il, « à encadrer l’exercice de la souveraineté populaire ». Il est interrogé par Patient Ligodi. 
    Pourquoi la RDC avait-elle besoin aujourd'hui d'une loi sur l'organisation du référendum ? Quel problème vouliez-vous régler avec ce texte ?
    Tout simplement parce que ça fait 20 ans maintenant, depuis la promulgation de la Constitution en 2006, que le pays ne s'est pas encore doté de cette loi, alors que l'alinéa 3 de l'article 5 prévoit que le Parlement adopte une loi fixant les conditions d'organisation du référendum. Et, comme je suis devenu député national seulement en 2023, c’était pour moi le moment qui était le plus indiqué pour régler cette question qui m'intéresse depuis des années : qu'on puisse avoir une loi qui organise ce mécanisme démocratique.
    Vous avez cité l'article 5, alinéa 3 de la Constitution de votre pays, et votre texte ne se limite pourtant pas à organiser les consultations sur le transfert de la capitale, les questions territoriales ou la révision de la Constitution, comme prévu dans la loi fondamentale. Vous avez aussi prévu un mécanisme permettant d'aller jusqu'à l'adoption d'une nouvelle Constitution. Pourquoi avoir introduit cette possibilité ?
    D'abord, c'est une fausse interprétation de la Constitution de considérer que les matières du référendum sont limitativement énumérées dans la Constitution. La Constitution cite à titre indicatif les matières sur lesquelles il faut absolument consulter le peuple. Mais il n'existe aucune disposition dans la Constitution qui dit qu'il s'agit d'une énumération limitative. D'ailleurs, l'article 5 de la Constitution affirme le pouvoir souverain du peuple. Cet article permet que le peuple puisse exercer son pouvoir sur toutes les matières, parce que le pouvoir lui appartient.
    Il y a quand même lieu de vous rappeler que cet article, à son alinéa premier, dit que tout pouvoir émane du peuple, en commençant donc par les pouvoirs constituants, c'est-à-dire le pouvoir d'établir une constitution pour le pays. Et c'est lui qui a le pouvoir d'établir mais aussi le pouvoir de modifier, de réviser, sans aucune limite. Et on sait qu'en droit constitutionnel, le pouvoir constituant est initial, autonome, insubordonné, inconditionné. Et donc, il n'y a aucune limite à la souveraineté du peuple en cette matière-là.
    Mais s'il n'y a aucune limite, pourquoi le constituant a prévu des matières bien précises, comme justement les consultations sur le transfert de la capitale, les questions territoriales ou la révision de la Constitution ?
    Ça, c'est à l'occasion de l'examen de ces questions-là dans les articles définis dans la Constitution. Ce n'est pas une liste. À l'article 2 de la Constitution, en parlant de la capitale, le constituant a dit que, oui, la capitale, c'est Kinshasa. Mais si vous voulez la transférer à un autre lieu de la République, il faut le consulter. De même, à l'article 214, lorsque le constituant réglemente la question des traités et accords internationaux, il a dit que, lorsqu'il s'agit des traités qui portent cession, qui portent adjonction, qui portent échange et territoire, il faut absolument que le peuple soit consulté. De même, à l'article 218 concernant la révision de la Constitution, c'est-à-dire la modification des matières qui sont autorisées au pouvoir constituant dérivé, le constituant a dit que, lorsqu'il s'agit de réviser ces articles-là, il faut le consulter. Il s'agit là des dispositions qui sont tout à fait éparses dans la Constitution. Vous ne trouverez aucune disposition de la Constitution qui vous dit que ces matières-là sont limitativement énumérées.
    Certains opposants vous disent de garder une loi sur l'organisation du référendum comme les textes que vous avez proposés, mais de retirer tout ce qui permettrait de changer la Constitution et notamment de remettre en cause la limitation du nombre et la durée du mandat présidentiel.
    Quand ils demandent cela, il faut qu'ils aillent au bout de leur logique. Ça veut dire qu'ils doivent accepter à ce moment-là, qu'on dise que le peuple n'est plus souverain.
    La Constitution de 2006 a été soumise à référendum. Donc, la souveraineté du peuple a été déjà manifestée par le vote de ces textes de la Constitution.
    Oui, pour le vote de la Constitution. Mais la loi ici, c'est de la compétence du Parlement. Et ce que nous faisons justement, ce n'est pas organiser un référendum constituant. Et c'est là où se trouve le problème. Nous, nous  adoptons un cadre général qui prévoit les règles pour pouvoir consulter le peuple. Et le jour où il s'agira de consulter le peuple en matière de changement de Constitution, c'est ce même peuple souverain qui s'est prononcé en 2005, qui se prononcera également à ce moment-là. Donc, on ne peut pas être démocrate et refuser de prévoir une loi qui accorde la parole au peuple. C'est paradoxal.
    Je ne pose pas la question au professeur de droit. Je demande votre position politique comme député de la majorité : souhaitez-vous que Félix Tshisekedi puisse être candidat à la présidence après 2028 ?
    En tout cas, le président de la République lui-même s'est déjà prononcé. Il a dit qu'il n'est pas demandeur d'un troisième mandat. Mais si le peuple lui demande, il ne dira pas non. Si le peuple lui demande, nous poserons la question au chef de l'État, s'il accepte.
    Mais vous, Paul-Gaspar, êtes-vous favorable ou opposé à cette possibilité ?
    Moi, je suis député de la majorité. Le jour où le chef de l'État se prononcera clairement sur le sujet à la demande de la population, je me rallierai.
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    Réforme constitutionnelle en Guinée-Bissau: «L'essentiel du pouvoir va se retrouver aux mains de l'exécutif»

    26/08/2026
    En Guinée-Bissau, les électeurs sont appelés aux urnes ce 30 août pour se prononcer sur une nouvelle Constitution. Le scrutin est organisé par les autorités de transition. Le pays est dirigé par des officiers militaires depuis le coup d'État de novembre 2025. Cette réforme constitutionnelle pourrait profondément modifier l’équilibre des pouvoirs dans le pays, alors que la Guinée-Bissau est marquée depuis des années par les crises politiques et institutionnelles. Pour Ibrahima Niang, analyste politique et enseignant-chercheur basé à Dakar, ce référendum n'est pas assez préparé.
    RFI : La Guinée-Bissau est à un tournant constitutionnel. Ce 30 août 2026, les citoyens sont appelés à se prononcer sur une nouvelle constitution lors d'un référendum. Déjà, pour comprendre le contexte, pourquoi ce référendum arrive-t-il maintenant ?
    Ibrahima Niang : C'est une question que tout le monde se pose. On s'interroge par rapport à cette urgence qui tenaille les dirigeants militaires à vouloir coûte que coûte organiser un référendum sur une question aussi importante que le changement de la nature du régime politique et juridique des institutions à Bissau. On a noté dès leur prise du pouvoir, que la junte s'était inscrite dans une dynamique transitoire consistant à organiser des élections présidentielles et législatives, mais aussi de préparer la transition en impliquant tous les acteurs politiques et aussi les membres de la société civile. À cette époque-là, il n'était nullement mentionné l'organisation d'un référendum. C'est à partir de janvier 2026 que le Comité national de transition a publié un projet de loi portant modification de la Constitution. C'est pourquoi il est tout à fait légitime de s'interroger sur l'urgence d'un référendum aujourd'hui et maintenant, et pourquoi on ne laisse pas les acteurs discuter ensemble, délibérer ensemble, et essayer de soumettre un projet de loi qui prend en compte toutes les aspirations des populations de Bissau.
    Selon vous, le processus est trop rapide, pas assez démocratique ?
    On s'est rendu compte que la date a été rapprochée pour être organisée au mois d'août. Et, au regard de ce qui est en train de se passer sur le terrain, on note qu'il y a une impréparation dans l'organisation du processus, et les documents en question ne sont pas traduits dans les différentes langues pour permettre aux populations de lire les points importants qui vont être opérés, au regard aussi du déploiement du matériel qui doit en fait servir à l'organisation de ce référendum-là. Il y a donc une grande part d'impréparation qui est notée sur le terrain et qui pourrait, à mon avis, un peu, jouer sur la légitimité même de cette élection-là.
    Est-ce qu'on peut dire quand même que ce référendum va vraiment permettre de légitimer un changement de constitution ?
    Un référendum, c'est un acte qui consiste à appeler les électeurs à se prononcer sur un texte. Mais il faut que les électeurs aussi soient censés comprendre un peu, discuter dans un cadre de dialogue qui est inclusif, mais aussi apporter des amendements si c'est nécessaire. Et je pense qu'au regard de ce qu'on a noté, il y a une absence de dialogue. Il y a une non implication des différentes organisations des sociétés civiles. Par conséquent, la légitimité de ce référendum pose problème. Mais cette légitimité aussi, on va pouvoir en fait la mesurer à l'aune du taux de participation et des tendances qui se dégageront au moment du dépouillement des résultats.
    Si on regarde son contenu, qu'est-ce que cette réforme change concrètement dans les institutions ? Quel nouvel équilibre des pouvoirs instaure-t-elle ?
    Si on regarde bien la nature juridique et politique du régime à Bissau, c'est un régime en quelque sorte semi-présidentiel avec une Assemblée nationale qui a véritablement des pouvoirs dans la gestion du pays. Avec cette nouvelle Constitution là, on va verser vers un hyper présidentialisme qui va donc instaurer un déséquilibre des différents pouvoirs. L'essentiel des pouvoirs va se retrouver aux mains de l'exécutif. Ce qui veut donc dire que l'Assemblée nationale à Bissau, qui a toujours joué son rôle de contrepoids dans la démocratie, va voir l'essentiel de ses pouvoirs s'amenuiser. On va aller vers la réduction du nombre des parlementaires de 102 député aujourd'hui, à 61-62 députés. Cette réorganisation-là va impacter beaucoup plus les petits partis politiques, parce que ça permettait en fait d'avoir une carte électorale où l'essentiel des partis politiques pouvait se retrouver au niveau de l'Assemblée nationale. Avec le référendum, ces « petits » partis politiques vont disparaître.
    La Guinée-Bissau a connu beaucoup d'instabilité institutionnelle, de crises politiques. Est-ce que cette réforme va quand même, malgré les failles que vous pointez, stabiliser les institutions ?
    L'objectif en fait, pour les dirigeants de la junte, c'est-à-dire les militaires qui sont au pouvoir, c'est de faire sorte qu'il n'y ait plus d'instabilité politique et constitutionnelle à Bissau à partir du moment où ce référendum serait voté. Le problème se situe à ce niveau-là. Il y a beaucoup de vulnérabilité au sein du pays et je pense que ce sont ces vulnérabilités-là qui continuent, à mon avis, à être pointées, indexées, analysées. Il aurait fallu élargir le débat, prendre le temps nécessaire, discuter avec les différentes parties et voir un peu comment asseoir une constitution qui ne ferait pas l'objet de rejet ou de critiques des différentes parties du pays, et permettre de construire un pays qui va connaître une certaine stabilité politique et sociale.
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    Investissements des Émirats arabes unis en Afrique: «Une économie prédatrice à l'égard des pays africains»

    25/08/2026
    Les Émirats arabes unis sont devenus, en quelques années, un acteur économique et stratégique majeur en Afrique. Une enquête publiée par le Financial Times, au début du mois, décrit une stratégie d'influence qualifiée d'« impérialiste », qui mêle investissements dans les ports et les mines, mais aussi intérêts militaires et soutien à certains acteurs dans les conflits africains. Alors quelle est réellement la stratégie des Émirats en Afrique ? Éclairage de Jean-Loup Samaan, chercheur spécialiste des pays du Golfe, au Middle East Institute de l’Université de Singapour. Il répond aux questions de Clothilde Hazard.
    RFI : Le journal d'investigation anglais Financial Times a enquêté sur les Émirats arabes unis en Afrique et sur leurs investissements très importants. En dix ans, ils sont devenus le quatrième investisseur sur le continent dans de nombreux secteurs portuaires mais aussi sécuritaires. L’enquête parle d'une poussée impérialiste. Abou Dhabi a même réagi par le biais de son ministère des Affaires étrangères et refuse le terme d'impérialisme. Est-ce que, selon vous, l'expression est justifiée ?
    Jean-Loup Samaan : L'expression « impérialiste » est peut-être un petit peu trop forte, parce que la relation entre les Émirats et les pays africains n'est bien évidemment pas celle que l'on pourrait qualifier entre un empire et ses États inféodés. Ce qui est intéressant dans l'enquête du Financial Times, et plus généralement sur un certain nombre d'enquêtes sur les Émirats ces dernières années, c'est de voir comment, en l'espace d'une dizaine d'années, Abou Dhabi et Dubaï se sont positionnées sur le plan économique, sur le plan des infrastructures, mais aussi sur le plan stratégique, géopolitique pour être un acteur de premier plan en Afrique. Et ça, ce sont des choses qui vont bien au-delà de l'aide au développement. Ça crée des relations de dépendance entre les pays africains et les Émirats. Et donc, on pourrait se poser la question, au même titre qu'avec la Chine ou les États-Unis, d’une économie prédatrice d'Abou Dhabi à l'égard des pays africains. Donc, c'est plus dans ce sens-là que je qualifierais les relations aujourd'hui entre les Émirats et les pays africains.
    Pourquoi est-ce que les Émirats arabes unis investissent autant dans les ports ?
    Il y a deux dynamiques véritablement. Au tout début, je dirais qu'il y a 15 ou 20 ans, c'était une dynamique qui était avant tout commerciale, qui venait de Dubaï. Il faut voir que Dubai Ports World est l'un des principaux acteurs internationaux en termes d'infrastructures portuaires, et donc c'était une façon pour la compagnie, qui est une compagnie souveraine de Dubaï, de remporter des parts de marché et donc de tisser sa toile à travers le monde, et en particulier sur un continent africain où les infrastructures portuaires étaient encore très émergentes. Après, ce qu'on a vu plus récemment, c'est une logique proprement militaire et notamment dans la Corne de l'Afrique. Ça s'est dessiné durant la guerre au Yémen [qui a débuté en 2014, NDLR], où les Émiriens ont décidé de coupler leurs investissements commerciaux dans les infrastructures portuaires sur place - que ce soit en Érythrée, au Somaliland - avec une dimension militaire qui leur permettait de déployer leurs forces pour être ensuite envoyées vers le Yémen. Donc, ça, c'est plus récent. Mais ça montre d'une certaine façon comment la logique, qui est initialement commerciale, est devenue au fil du temps stratégique au sens politico-militaire.
    L'enquête montre aussi que les Émirats sont impliqués dans le conflit au Soudan et soutiennent les Forces de soutien rapide du général Hemedti. L'implication des Émirats dans le conflit commence à être très documentée. Pourquoi les Émirats se sont autant impliqués dans le conflit ?
    Pour Abou Dhabi, il s'agit non seulement de soutenir des militaires avec lesquels ils avaient tissé des liens au Yémen, mais aussi des militaires qu'ils considèrent être le rempart à ce qu'ils voient comme la menace de l'islam politique qui serait derrière le gouvernement légitime à Khartoum. C'est un élément dénominateur commun dans la politique émirienne, en Afrique comme au Moyen-Orient : à savoir de soutenir ce qu'ils considèrent être les hommes forts et souvent des militaires contre des gouvernements ou des acteurs jugés trop proches de la mouvance des Frères musulmans ou de l'islam politique.
    Au milieu de ça, il y a aussi l'or : Dubaï est une plaque tournante de l'or africain. Trente milliards de dollars d'or artisanal non-déclaré en provenance du continent sont exportés vers les Émirats. Que représente cet or pour le pays ? Est-ce que c'est au cœur de sa stratégie économique ?
    Oui, et ça, c'est là où l'on voit l'interpénétration entre les logiques géopolitiques - à savoir de soutenir les régimes militaires, notamment les Forces de soutien rapide - avec une logique qui est beaucoup plus mercantile, voire de l'ordre de la prédation économique, avec le trafic d'or. Il faut mettre ça d'une certaine façon dans la perspective du rang des Émirats. À l'échelle internationale, sur le marché de l'or, on estime qu'aujourd'hui, entre 20 et 30 % du commerce de l'or passe par Dubaï. C'est un élément extrêmement important en termes de positionnement international, de diversification de l'économie, parce qu'il faut quand même se souvenir que Dubaï, contrairement à Abou Dhabi, n'a pas de rente énergétique. Donc, tout cela, effectivement, contribue à, disons, faire de l'Afrique, et là, en l'occurrence le Soudan parmi d'autres pays, une zone d'intérêt pour les acteurs émiriens.
Sobre Le grand invité Afrique
Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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