Pular para o conteúdo
PodcastsLe grand invité Afrique

Le grand invité Afrique

Le grand invité Afrique
Último episódio

440 episódios

  • Le grand invité Afrique

    Guerre au Tigré: «Rien ne prouve que le TPLF trouvera l'appui populaire nécessaire à toute guérilla»

    06/10/2026
    En Éthiopie, c'est un Premier ministre chef de guerre qui a été reconduit à son poste, lundi, par le Parlement d'Addis-Abeba. En effet, depuis deux semaines, Abiy Ahmed affronte une alliance de sept groupes armés rebelles, qui compte dans ses rangs le redoutable Front de libération du peuple du Tigré, le TPLF. Et pour ne rien arranger, le Premier ministre éthiopien est à présent en conflit ouvert également avec son voisin du Nord, l'Érythrée. Abiy Ahmed a-t-il quand même des cartes en main ? René Lefort est chercheur indépendant et spécialiste de la Corne de l'Afrique. Il répond à Christophe Boisbouvier.
    RFI : est-ce que les sept groupes armés qui se sont alliés contre le pouvoir central vous paraissent en mesure de renverser le régime du Premier ministre Abiy Ahmed ?
    René Lefort : écoutez ces sept groupes armés, on ne sait pas exactement quel est le degré et l'avancement de leur alliance. Les trois principaux étant évidemment les rebelles du Tigré, les rebelles de la région Amhara, les Fano, et les rebelles de la région Oromo, l'Armée de Libération Oromia. Alors ce qui est très important, c'est que le grand mouvement d'opposition oromo, le Front de libération Oromo, a désavoué cette alliance. Ce qui fait donc que pour l'Armée de Libération Oromia, la position de la population va être un facteur important. En tous les cas, ce qu'on a constaté et qui, je crois quand même a pas mal surpris, c'est que depuis le début de la guerre, seuls les Tigréens sont intervenus de façon significative.
    Alors, de 2020 à 2022, il y a déjà eu un conflit meurtrier entre les rebelles tigréens du Front de libération du peuple du Tigré, le TPLF, et le pouvoir central, on estime que la totalité des massacres ont causé la mort de 600 mille personnes, à l'époque, c'est le pouvoir central qui a gagné avec l'aide de son voisin érythréen. Mais cette fois ci, l'Érythrée a changé de camp. Elle soutient les rebelles tigréens. Est-ce que cela ne peut pas changer la donne ?
    D'abord, en 2022, quand l'accord a été conclu, l'accord de Pretoria, on ne peut pas dire que c'était une victoire de l’armée confédérale. C'était un match nul parce que d'un côté, le confédéral qui voulait éliminer le Front populaire de libération du Tigré n'a pas réussi à l'éliminer. Il a conclu l'accord avec lui. Et de l'autre côté, le Front populaire de libération du Tigré, qui voulait avoir la peau d’Addis Abeba, ne l'a pas eue. Donc en fait, on a arrêté les combats. Mais dans les accords de Pretoria, l'Érythrée n'était pas convoquée. Elle a été furieuse parce qu'elle a estimé que le travail n'était pas fini, qu'il aurait fallu aller plus loin et éliminer le Front populaire de libération du Tigré. Et de fil en aiguille, ils ont complètement renversé l'alliance. Est-ce que ça va changer la donne ? Jusqu'à maintenant en tous les cas, les Érythréens ont certainement fourni au FPLT de l'aide militaire. Est ce qu’ils ont aussi directement participé au combat, ça se dit mais ça n'est pas prouvé. D'après les informations que j'ai eues hier matin, qui viennent de certaines personnes du terrain, donc ça n'a absolument pas valeur de preuve, les troupes érythréennes seraient entrées dans le nord du Tigré, dans la région de Adigrat, la grande ville du Nord, avec des divisions mécanisées. Pourquoi est-ce qu’aujourd'hui, l'Érythrée est rentrée ou serait-elle rentrée au Tigré ? L'avenir le dira.
    Oui parce que vous constatez que, pour l'instant, avec la prise de Mekele, c'est le pouvoir central d'Addis-Abeba qui a le dessus ?
    Alors il y a deux points très importants. D'abord, le pouvoir central a écrasé littéralement la rébellion tigréenne dans une guerre conventionnelle. Là-dessus, les Tigréens disent : Oui mais vous savez, nous, défendre Mekele qui risque d'être bombardé, ce n’est pas possible, on s'en va et on va se lancer dans ce qu'on appelle une guerre mobile, c'est-à-dire monter une guérilla au Tigré. Seulement, le grand problème, c'est que pour monter une guérilla, il faut avoir un soutien populaire. Or, la population, elle, est totalement épuisée parce qu'elle a souffert incroyablement du blocus imposé par Addis-Abeba. Pas d'essence, pas de transfert bancaire, pas de paiement des salaires, pas de médicaments. Enfin vraiment une situation dramatique. Il y a aujourd'hui 3,9 millions de Tigréens qui sont dans un besoin d'une aide d'urgence alimentaire. C'est le premier point. Le deuxième point, c'est que le Front populaire de libération du Tigré est complètement discrédité. Il est miné par des conflits internes. Rien ne prouve que le TPLF trouvera l'appui, la mobilisation populaire sans laquelle aucune guérilla ne peut exister.
    Alors, ce 4 octobre, à El-Alamein, en Égypte, se sont rencontrés les chefs d'État de l'Égypte, du Soudan, de l'Érythrée, de la Somalie. Est ce qu'on peut parler d'une nouvelle alliance pour encercler l’Éthiopie ?
    Ce n'est pas une nouvelle alliance. C'est un pas supplémentaire dans une alliance. L’Égypte parce qu’il y a la fameuse histoire du barrage de la Renaissance sur le Nil bleu. Bon, le Soudan, parce que tout simplement, il y a des troupes tigréennes qui ont pris le parti du général Abdel Fattah al-Burhan et qui ont combattu le général Mohamed Hamdan Dogolo alias Hemedti. Et du coup, les Éthiopiens ont appuyé Hemedti contre al-Burhan. Bref, cette alliance est basée sur le fait que l'ennemi de mon ennemi est mon ami. A quel degré de force est-elle parvenu ? On ne le sait pas. En tous les cas, ce qui est sûr, c'est que l'Égypte est vraiment très très engagée aux côtés de l'Érythrée et que ça pourrait peser dans l'équilibre militaire. Parce que l'Égypte, évidemment, a des moyens militaires très importants par rapport à ses voisins de la région.
    Et de son côté, quel soutien peut avoir l'Éthiopie ?
    Elle a un grand soutien. Ce sont les Émirats Arabes Unis qui lui ont permis de gagner la guerre en 2022, en lui envoyant en catastrophe des drones, et qui continuent à lui fournir du matériel et de l'armement. Et donc pour l'Éthiopie, c'est vraiment l'allié privilégié.
    À lire aussiÉthiopie: regain de tension au Tigré, les réfugiés affluent dans les camps de déplacés
  • Le grand invité Afrique

    Ministre des Sports du Sénégal: les Jeux olympiques de la jeunesse doivent être réfléchis «en termes d'héritage»

    05/10/2026
    Notre grand invité Afrique ce matin est Djirèye Clotilde Coly, ministre sénégalaise de la Jeunesse et des Sports, de passage à Paris où elle est venue pour une rencontre au siège de l'Unesco afin de promouvoir les JOJ de Dakar 2026. Ces Jeux olympiques de la Jeunesse seront le tout premier événement olympique de l'histoire à se dérouler sur le continent africain. 2 700 athlètes âgés de 15 à 17 ans venus du monde entier vont donc se retrouver à Dakar du 31 octobre au 13 novembre prochain. Djirèye Clotilde Coly répond aux questions de Carine Frenk.
    Madame la ministre, bonjour. À quatre semaines de l'ouverture, le Sénégal est-il prêt à accueillir ces Jeux olympiques de la jeunesse ?
    Je confirme, le Sénégal est prêt à accueillir ces Jeux olympiques de la jeunesse. Nous sommes prêts sur le volet infrastructures, sur la partie sécuritaire, la partie test est également déjà faite. Nous travaillons actuellement à la mobilisation et à la réussite de ces jeux.
    Les routes autour de la piscine olympique et le site lui-même sont aujourd'hui encore en travaux. N'est-ce pas un sujet d'inquiétude ?
    Pas vraiment. Tous les sujets ont été pris en charge avec une dynamique très pragmatique et tout sera finalisé avant les Jeux.
    Le coût global prévisionnel a été estimé à 104 milliards de francs CFA, plus de 150 millions d'euros. Est-ce que toutes ces dépenses peuvent vraiment être considérées comme un investissement pour l'avenir ?
    Oui, l'événement en lui-même est un investissement pour l'avenir. Quand on parle du coût, on pense peut-être tout de suite au retour sur investissement. Or, un événement de ce genre ne doit pas être réfléchi en termes de retour sur investissement automatique et immédiat. C'est plutôt en termes d'héritage, d'héritage matériel avec toutes ces infrastructures sportives durables, puisqu'on parle ici d'investissement. Alors effectivement, vous avez les dépenses d'organisation, mais vous avez des dépenses d'investissement sur des actifs durables qui seront exploités et valorisés.
    Mais vous avez aussi toute la partie immatérielle avec les compétences qui sont développées, avec les entreprises qui ont participé ou qui participent à ces Jeux. Donc oui, c'est un investissement, mais c'est un investissement sur le long terme.
    À lire aussiDans un Sénégal en crise, les Jeux olympiques de la jeunesse ne suscitent pas encore d'engouement
    Mais avec les problèmes financiers qu'on connaît, le quotidien de plus en plus difficile pour les Sénégalais, est-ce que tout cet argent n'aurait pas été plus utile ailleurs ?
    Oui, le chômage, la vie qui est chère, mais aujourd'hui, nous avons des retours, mais vraiment aussi au niveau de la jeunesse, en termes d'engagement de la jeunesse, de formation, de leadership. Je peux revenir sur certains aspects liés à l'organisation de ces Jeux : un programme, celui des volontaires avec 6000 volontaires mobilisés, formés durant ces jeux ; les programmes liés à la citoyenneté, à l'environnement, des brevets olympiques, civiques et sportifs qui ont été déployés dans des milliers d'écoles avec plus de 900 000 jeunes formés.
    Et aussi les retombées immédiates, notamment dans le secteur de l'hôtellerie, puisque des hôtels seront mobilisés durant plus de deux semaines, dans le secteur de la restauration, dans les services, dans les arts. Au-delà de cela, c'est toute une économie du sport qui sera développée et on sait ce que représente aujourd'hui l'économie du sport. C'est aussi notre capacité en tant que pays à organiser de grands événements. C'est-à-dire qu'à partir de cet événement, nous pourrons prétendre accueillir de très grands événements et nous savons ce que ces événements rapportent.
    Donc vraiment, on peut toujours penser que ces dépenses peuvent être utilisées ailleurs. Mais la réalité est qu'aujourd'hui, c'est un investissement qui portera du fruit.
    Est-ce qu'on en sait un peu plus sur la cérémonie d'ouverture ? Combien de chefs d'État attendez-vous ?
    Ce que je peux vous dire, c'est qu'une très belle cérémonie attend les chefs d'État. Au-delà de l'appel lancé par le chef de l'État sénégalais lui-même, son Excellence Bassirou Diomaye Faye, à la tribune des Nations Unies où il a invité tous les chefs d'État, tous les États membres à nous rejoindre lors de ces Jeux olympiques de la jeunesse, des invitations ont été lancées. Nous attendons du beau monde à ces JO.
    Et l'ex-président Macky Sall sera-t-il invité lui aussi ?
    Alors je dirais que la question n'est peut-être pas là, même si l'invitation relève des prérogatives du chef de l'État. Pour moi, l'important aujourd'hui, c'est vraiment de nous focaliser sur la réussite de ces Jeux, sur l'expérience que nous pourrons donner aux différentes délégations qui seront là et aussi au peuple sénégalais.
    Et sur le plan sportif, vous espérez combien de médailles pour le Sénégal ?
    Nous avons 135 athlètes qui vont représenter les couleurs du Sénégal à ces JOJ. Ils ont été préparés, ils sont motivés, engagés, prêts à remporter des médailles et nous espérons en avoir beaucoup.
    750 000 tickets sont déjà en vente. Ils sont très accessibles, entre 1000 et 5000 francs CFA. Vous faites le pari du succès populaire ?
    Oui, nous faisons le pari du succès populaire. Nous travaillons depuis très longtemps à la mobilisation du peuple sénégalais. Comme vous le savez, la flamme olympique est actuellement au Sénégal. Elle fait la tournée dans toutes les régions du Sénégal et donc je suis très optimiste.
    Pour finir, le Tribunal arbitral du sport doit rendre sa décision pour la CAN, qui du Sénégal ou du Maroc aura finalement le trophée. Avez-vous des doutes ?
    Le tribunal tranchera. Ce qui est sûr, c'est que le Sénégal a bien préparé son dossier. Je n'ai à ce stade ni doute, ni peur. Nous attendons la décision du tribunal.
    À lire aussiÀ un mois du coup d'envoi des JOJ, une délégation sénégalaise se rend à Paris pour promouvoir l'évènement
  • Le grand invité Afrique

    «Abdallah Superstar» d'Iman Ahmed: «Mon père est au cœur de ce moment de création complètement dingue»

    03/10/2026
    « Abdallah Superstar », c’est le titre du premier livre de l’autrice Iman Ahmed. Un ouvrage qui vous plonge dans la ville de Djibouti dans les années 90 et qui raconte une ville musicale, nocturne, car le père d’Iman Ahmed, ingénieur du son, a participé à la naissance d’un courant musical, a collaboré avec des groupes, notamment Dinkara dans lequel chantait Abdallah Lee, le fameux « Abdallah superstar ». Iman Ahmed est notre grande invitée Afrique ce samedi, elle répond à Guillaume Thibault.
    ►L’un des titres du groupe de Djibouti Dinkara, groupe que l’on découvre ou redécouvre dans l’ouvrage d’Iman Ahmed « Abdallah Superstar ».
    ► « Abdallah superstar »
  • Le grand invité Afrique

    Kenya: la méga-raffinerie Dangote «va permettre à une grande partie de l'Afrique de l'Est» de devenir autosuffisante

    02/10/2026
    C'est à Lamu, au Kenya, que le milliardaire nigérian Aliko Dangote a posé mercredi 30 septembre la première pierre de sa nouvelle méga-raffinerie, qui devrait ouvrir d'ici à 2030. Plusieurs chefs d'État africains ont assisté au lancement du projet qui vise à rendre l'Afrique autosuffisante pour sa consommation de produits pétroliers. Mais pourquoi l'homme le plus riche d'Afrique a-t-il décidé de construire une méga-raffinerie au Kenya, où il n'y a pratiquement pas de pétrole ? Benjamin Augé, chercheur associé à l'Institut français des relations internationales, répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
    RFI : Quand Aliko Dangote dit que cette méga raffinerie va permettre à l'Afrique de devenir autosuffisante en carburant, est-ce que c'est vrai ?
    Benjamin Augé : Non, ce n’est pas vrai. Mais c'est vrai que ça va permettre au moins à une très grande partie de l'Afrique de l'Est de le devenir. Sachant que ce qu'il avait déjà fait à Lekki à Lagos, au Nigeria, avait permis à la totalité de l'Afrique de l'Ouest d'être autosuffisante si les pays d'Afrique de l'Ouest achetaient leurs produits à Lekki, ce qui n'est pas forcément le cas.
    Combien de barils de pétrole l'Afrique consomme-t-elle aujourd'hui, tous les jours ?
    La consommation tourne autour de cinq millions de barils par jour. Donc ce n’est pas une raffinerie de 700 000 barils/jour qui va la rendre autosuffisante. Donc la raffinerie de Dangote permettra à au moins 20% de la consommation d'être satisfaite, mais sera extrêmement loin de l'autosuffisance.
    Et il y a déjà la raffinerie de Lekki aussi au Nigeria…
    Oui, bien sûr, mais il y a beaucoup de raffineries qui ont fermé, notamment au Maroc, en Afrique du Sud, au Kenya d'ailleurs. Et donc il y a un énorme manque qui ne sera pas compensé totalement par les deux structures de Dangote, celle au Nigeria et celle au Kenya.
    Mais en tout cas, l'Afrique se dirige vers son objectif d'industrialiser son économie ?
    Oui, sauf que là, on est sur deux cas différents. Vous avez un cas d'un gros pays producteur au Nigeria, qui peut approvisionner une partie en brut des besoins de la raffinerie, alors que là, vous êtes dans un pays au Kenya qui va produire un tout petit peu dans la région de Lokichar, mais qui ne représentera même pas 5 ou 10 % de la consommation de la raffinerie. Donc, ce sont deux sujets complètement différents.
    Alors justement, c'est la grande question, comment sera approvisionnée cette méga raffinerie qui ouvrira dans trois ans au Kenya ?
    La quasi-totalité du brut sera importée de l'étranger et très probablement pas de l'Afrique, parce que les plus gros producteurs sont plutôt de l'autre côté de l'Afrique, sur le golfe de Guinée. Et la totalité de la production ougandaise sera déjà exportée via un pipeline qui va vers la Tanzanie, vers Tanga. Et donc il n'y a pas de pétrole dans la région qui permettra d'approvisionner la nouvelle raffinerie du Kenya. Donc, ça sera quasiment entièrement importé du Golfe ou d'Asie.
    Alors pourquoi ce choix du milliardaire nigérian ?
    Parce qu'il considère que le coût, actuellement porté par ces économies en Afrique de l'Est, d'importer des produits pétroliers est très, très, très important et que c'est plus économiquement rentable de faire en sorte d'importer du brut puis de le transformer localement. Il ne faut pas oublier que Dangote a toujours eu une énorme admiration pour l'Inde, et l'Inde est un tout petit producteur de pétrole, mais un énorme raffineur et donc un énorme exportateur de produits raffinés. C'est là qu'il y a les plus grosses raffineries du monde de 900 000 barils par jour. Et donc en fait, comme vous dites, c'est une forme d'industrialisation, même si on n'a pas le produit brut, car on le raffine localement. Et cela a un vrai sens économique en termes d'emplois et pour éviter aussi les surcoûts de l'importation du produit fini.
    À lire aussiKenya : les travaux de la raffinerie Dangote lancés sur fond de contestation
    Et à terme, est-ce qu'il y aura des oléoducs qui achemineront du pétrole africain vers cette méga raffinerie de Lamu ?
    Non, parce que la totalité du pétrole ougandais, comme je vous le disais, est déjà prévue d'être exportée via la Tanzanie. Et ça, c'est une des grosses erreurs de l’ancien président Kenyatta, qui n'a pas réussi à faire en sorte que le pipeline d'exportation venant de l'Ouganda vienne à Lamu, et c'est la raison pour laquelle Total et CNOOC, qui sont les deux sociétés en Ouganda, n'ont pas voulu que ça se fasse au Kenya parce que c'était trop proche de la frontière avec la Somalie et il y avait trop de problèmes de sécurité. Et dans la région, il n'y a pas d'autres développements pétroliers.
    Au mois de mai dernier, le milliardaire nigérian a été l'une des vedettes du sommet Afrique-France de Nairobi aux côtés d'Emmanuel Macron. On se souvient que beaucoup d'entreprises françaises ont participé à la construction de la méga raffinerie de Lekki au Nigeria. Est-ce qu'il en sera de même à Lamu ?
    Alors, la relation entre le Nigeria et la France est particulièrement bonne depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron en 2017. Que ce soit sous l'ancien président du Nigeria ou avec l'actuel, Bola Tinubu. Donc, je pense que le business français a de grands avantages par rapport aux précédents présidents français. La relation entre William Ruto et Emmanuel Macron est très bonne aussi, comme vous le savez, c'est la raison pour laquelle il y a eu ce sommet Africa Forward. Après, le business au Kenya est très, très, très concurrentiel. Donc je pense que si ça n'est pas impossible, ça sera quand même extrêmement compliqué pour les firmes françaises de s'imposer.
    Alors la méga raffinerie de Lamu est prévue non loin de la vieille ville de Lamu, qui a été construite au XIIᵉ siècle et qui est inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco. Est-ce que ce projet peut représenter un danger pour l'environnement, comme dit Greenpeace ?
    C'est absolument évident qu’une usine qui va prendre un très grand terrain peut avoir des impacts. Mais je pense que William Ruto veut absolument que ce projet prenne forme pendant son mandat, il veut se voir comme une espèce de bâtisseur. Il a besoin de ce genre de succès politique, sachant que la situation intérieure au Kenya est compliquée, avec la génération Z, etc. Donc je pense que les considérations environnementales seront là, mais je ne pense pas qu'elles sont de nature à arrêter un tel projet très, très politique. Vous avez vu toutes les personnalités qui étaient là pour la pose de la première pierre. C'est un projet continental et c'est une façon pour William Ruto de briller, non pas seulement en Afrique de l'Est, mais plus globalement sur le continent africain.
    Pour le président kenyan…
    Exactement.
    À lire aussiKenya: le chantier de la méga-raffinerie Dangote inauguré à Lamu devant plusieurs chefs d'État africains
  • Le grand invité Afrique

    Disparition de Moussa Kaka au Niger: «Absolument rien ne justifie son arrestation»

    01/10/2026
    Au Niger, le journaliste Moussa Kaka a disparu depuis le 31 août. Le Sénégalais Alioune Tine, qui a été un expert de l'ONU pour les droits de l'homme, regrette ce qu'il appelle « la totale indifférence de la communauté africaine et internationale » à l'égard de cette « disparition forcée ». Et il en appelle à la mobilisation de l'opinion africaine et des organisations qui la représentent. Fondateur d'Afrikajom, un groupe de réflexion sur la démocratie et la sécurité en Afrique, Alioune Tine répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
    Au Niger, le journaliste Moussa Kaka a disparu depuis le 31 août. Le Sénégalais Alioune Tine, qui a été un expert de l'ONU pour les droits de l'homme, regrette ce qu'il appelle « la totale indifférence de la communauté africaine et internationale » à l'égard de cette « disparition forcée ». Et il en appelle à la mobilisation de l'opinion africaine et des organisations qui la représentent. Fondateur d'Afrikajom, un groupe de réflexion sur la démocratie et la sécurité en Afrique, Alioune Tine répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
    RFI : Voilà donc un mois qu'on est sans nouvelles de Moussa Kaka. Qu'est-ce que cela vous inspire ? 
    Alioune Tine : Ecoutez, c'est angoissant et c'est inexplicable, surtout dans un pays où c'est l'armée qui est au pouvoir. Donc on doit pouvoir protéger la vie des gens, protéger les libertés fondamentales. Vraiment, nous sommes extrêmement inquiets. Nous exprimons fortement notre désir de voir dans les meilleurs délais des signes palpables, concrets, de vie de Moussa Kaka, que nous avons connu comme journaliste professionnel qui fait un travail fantastique. Moi, je l'ai connu personnellement. Je l'ai connu parce que je suis intervenu dans les années 2007-2008, quand il avait été en prison. J'avais fait effectivement la médiation entre RFI et le président Mamadou Tandja, et il était sorti. Mais on savait où se trouvait Moussa Kaka. On pouvait parler aux autorités de la question et de la liberté de Moussa Kaka. Et une fois qu’il y a eu quand même le lien que les gens se sont parlés, Moussa Kaka a été libre. Je pense que nous attendons également des autorités actuelles, et notamment du général Tiani, la possibilité de parler avec lui, de lui exprimer nos inquiétudes et de lui exprimer également nos désirs vraiment rapidement, d'avoir des nouvelles de Moussa Kaka, de le voir libre et continuer à faire son travail comme d'habitude.
    Alors Reporters sans Frontières dit que les autorités du Niger sont pour quelque chose dans la disparition de notre confrère. Le G25, qui regroupe plusieurs organisations de la société civile du Niger, affirme que, selon son enquête, Moussa Kaka est entre les mains d'un service de renseignements qui s'appelle la DGDSE. Est-ce que ces informations vous semblent crédibles ?
    Totalement crédibles parce qu’il est de plus en plus difficile au Niger d'être un activiste de la société civile qui agit indépendamment, qui dit ce qu'il pense. Donc il y a eu vraiment une détérioration énorme de l'espace civique avec des violations constantes des droits humains. Tout cela, effectivement, fait que la plupart des gens et des organisations qui pensent qu’il est l'otage vraiment des services secrets nigériens, c'est une information quand même aujourd'hui qui est très crédible, qu'il faut prendre au sérieux et demander effectivement aux responsables, aux autorités du Niger de libérer Moussa Kaka. Absolument rien ne justifie l'arrestation et la disparition forcée de Moussa Kaka.
    Il y a un an, plusieurs journalistes ont été arrêtés. La plupart d'entre eux ont ensuite été relâchés. Est-ce que vous constatez, à l'égard de la presse, un durcissement ou pas de la part du pouvoir nigérien ?
    Si, il y a un durcissement, parce que c'est évident qu'il y a des événements graves qui se sont passés récemment, hein, la tentative de coup d'Etat [du 29 août]. Et quand effectivement les journalistes relaient des vérités qui ne plaisent pas, à partir de ce moment-là, donc, le gouvernement prend des mesures, essaye de gouverner par la peur, de terroriser les gens pour que les gens se taisent. Et c'est ce qui se passe. Les gens n'osent plus parler au Niger, n'osent plus parler dans certains pays africains aussi où nous avons des dictatures militaires. Et je pense que la communauté africaine et internationale ne doit pas continuer à rester totalement indifférente par rapport à ces faits qui sont des taches noires.
    Et vous pensez que l'Union africaine et la Commission africaine des droits de l'homme de Banjul pourraient faire plus ?
    Mais écoutez, en première ligne, c'est la Commission africaine des droits de l'homme qui doit se réunir en octobre ici à Dakar. D'ailleurs, l'Union africaine aussi, la Cédéao et même l'AES. Parce qu'il faut les interpeller tous, parce que ce sont les citoyens africains qui sont arrêtés. Et je pense que aucun Africain, aucune institution africaine ne devrait rester vraiment indifférent par rapport à ces phénomènes. Ça demande une véritable mobilisation aujourd'hui de l'opinion africaine pour les libertés fondamentales des gens.
    Dans les trois pays du Sahel central, les régimes militaires au pouvoir reprochent souvent aux journalistes de ne pas être assez patriotes. Est-ce que Moussa Kaka n'est pas la preuve qu'on peut être à la fois un journaliste indépendant et un citoyen patriote qui aime son pays ?
    Bien sûr. Moi j'ai été au Mali, où j'ai travaillé comme expert indépendant [de l'ONU]. Vraiment, les journalistes sont des gens responsables pour la plupart, c'est des patriotes pour la plupart. Donc, sincèrement, je pense qu'il n'y a pas à avoir peur de la parole vraie de ceux qui présentent les faits, mais au contraire avoir le dialogue avec les journalistes pour la protection de la nation, pour s'attaquer aux mêmes défis, ça veut dire vraiment l'insécurité, les attaques des groupes armés terroristes. Par rapport à cette insécurité, il faut faire l'unité des Nigériens. Personne n'aime voir son pays attaqué et Moussa Kaka est dans cette perspective. Il faut finir avec cette transition éternelle. Ça veut dire qu’il faut que l'ordre constitutionnel soit restauré, que les gens se reprennent.
    À lire aussiDisparition de Moussa Kaka au Niger: Reporters sans frontières réitère son appel à l’ouverture d’une enquête
Sobre Le grand invité Afrique
Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
Site de podcast
Aplicações
Social
v8.23.1 | © 2007-2026 radio.de GmbH
Generated: 10/6/2026 - 2:19:45 PM