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- TSMC accélère bien sur le 1,4 nanomètre, mais attention au calendrier : les premières machines pourraient tourner dès avril 2027, pas encore les chaînes de production à plein régime. Le géant taïwanais construit actuellement à Taichung un vaste complexe destiné à son futur procédé A14. Quatre usines sont prévues. Selon l’administration du parc scientifique et la presse économique taïwanaise, le premier bâtiment avance environ six mois plus vite que prévu et devrait commencer ses essais d’équipements en avril prochain. Une production en volume dès le second semestre 2027 est désormais évoquée.
Mais elle n’est pas encore confirmée par TSMC. Officiellement, le calendrier reste plus prudent : production dite « à risque » en 2027, c’est-à-dire les premières séries permettant de tester le procédé et d’améliorer les rendements, puis production de masse en 2028. En juillet, l’entreprise maintenait encore précisément cette feuille de route. Le fameux « 1,4 nanomètre » mérite également une précision. Ce chiffre ne correspond plus directement à la taille d’un composant que l’on pourrait mesurer sur la puce. Il désigne une génération technologique. A14 utilisera la deuxième génération de transistors nanosheets de TSMC, où la grille entoure davantage le canal électrique afin de mieux contrôler le courant.
Sur le papier, le gain est important. Par rapport au procédé N2, TSMC annonce entre 10 et 15 % de performances supplémentaires à consommation identique, ou entre 25 et 30 % d’énergie économisée à vitesse égale. La densité logique progresserait d’environ 20 %. Des améliorations particulièrement recherchées pour les accélérateurs d’intelligence artificielle, mais aussi pour les futurs processeurs de smartphones. Et c’est le calendrier qui devient stratégique. Intel vise également 2028 pour la production à grande échelle de son procédé 14A, tandis que Samsung a repoussé son propre 1,4 nanomètre à 2029.
TSMC n’a donc pas officiellement avancé son A14 d’une année. Ce qui s’accélère aujourd’hui, c’est la construction de l’outil industriel qui doit le produire. Dans les semi-conducteurs, gagner quelques mois sur une usine ne garantit pas quelques mois d’avance sur les puces. Mais cela donne davantage de temps pour résoudre le problème le plus difficile : parvenir à les fabriquer par millions avec suffisamment peu de défauts.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - Apple aura attendu sept ans après Samsung pour se lancer dans les smartphones pliants. Et elle le fait avec un appareil qui coûte plus de 2 300 euros en France. Présenté le 9 septembre, l’iPhone Duo est le premier iPhone pliable. Fermé, il fonctionne comme un smartphone relativement compact avec un écran de 5,4 pouces. Ouvert comme un livre, il dévoile un écran OLED de 7,6 pouces, le plus grand jamais installé sur un iPhone.
L’idée est de créer un appareil à mi-chemin entre l’iPhone et l’iPad. iOS 27 a été adapté à ce format : deux applications peuvent notamment être affichées simultanément, et l’appareil peut rester partiellement plié pour regarder une vidéo ou passer un appel. Autre nouveauté symbolique : l’iPhone accepte désormais l’Apple Pencil, sur ses deux écrans. Mais ce format impose aussi des compromis. Apple abandonne Face ID au profit de Touch ID intégré au bouton latéral. Il n’y a pas non plus de téléobjectif : deux appareils photo de 48 mégapixels se partagent l’arrière. Et avec 254 grammes sur la balance, le Duo reste un appareil imposant. Apple mise donc beaucoup sur l’intégration entre matériel et logiciel pour se différencier d’un marché où Samsung, Google, Honor ou encore Huawei proposent déjà des pliables depuis plusieurs générations.
Et surtout, il faudra convaincre sur le prix. En France, l’iPhone Duo démarre à 2 339 euros avec 256 gigaoctets de stockage. La version deux téraoctets grimpe jusqu’à 3 839 euros. Les précommandes ouvriront le 16 octobre, avant une commercialisation le 23 octobre. C’est là que se trouve le véritable pari. Malgré plusieurs années d’existence, les smartphones pliables restent une petite partie du marché mondial. Des projections citées par Reuters estiment qu’ils représenteront encore moins de 3 % des smartphones en 2027. Apple n’arrive donc pas pour inventer le téléphone pliable. Elle arrive pour tenter de faire ce qu’elle a déjà réussi avec d’autres catégories : transformer une technologie encore marginale en produit désirable pour son immense base d’utilisateurs. À plus de 2 300 euros, l’iPhone Duo devra cependant prouver qu’un écran qui se plie peut aussi élargir le marché.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - La Russie veut disposer de son propre Starlink pour ne plus dépendre d’une entreprise américaine sur le champ de bataille. Mais ses premiers satellites opérationnels ont un problème très concret : aucun des 32 lancés cette année n’a encore atteint l’orbite finale prévue.
Rassvet est développé par l’entreprise russe Bureau 1440. Sur le papier, la constellation doit fonctionner autour de 800 kilomètres d’altitude, fournir jusqu’à un gigabit par seconde et utiliser des liaisons laser entre satellites. L’objectif est de construire plusieurs centaines d’appareils pour offrir une connexion permanente, y compris dans les zones dépourvues de réseaux terrestres. Deux groupes de seize satellites ont été lancés, en mars puis le 19 juillet, à bord de fusées Soyouz. Ils sont volontairement déposés plus bas et doivent ensuite utiliser leurs propres moteurs électriques pour monter vers leur orbite définitive. C’est là que les difficultés commencent.
Douze satellites du premier groupe se sont stabilisés autour de 500 à 550 kilomètres. Un autre est déjà retombé dans l’atmosphère en juin. Le deuxième groupe se porte encore moins bien : fin août, plusieurs appareils évoluaient seulement entre 300 et 400 kilomètres et certains perdaient déjà de l’altitude. Plus un satellite reste bas, plus les traces d’atmosphère le freinent et raccourcissent sa durée de vie. Il faut donc nuancer le mot « fiasco ». Rassvet ne fonctionne pas encore comme prévu, mais il n’est pas inutile. Selon des analyses ukrainiennes reprises par l’Institute for the Study of War, les douze satellites les mieux placés offriraient déjà deux fenêtres quotidiennes de connexion, pouvant atteindre environ une heure et demie. Cela peut suffire ponctuellement pour piloter des drones ou transmettre des données militaires.
L’urgence russe s’explique aussi par février dernier : SpaceX a désactivé, avec Kyiv, des milliers de terminaux Starlink non autorisés utilisés par les forces russes en Ukraine. Moscou cherche depuis à accélérer son indépendance. Mais accélérer devient encore plus difficile : l’Ukraine a frappé en août le centre Progress de Samara, qui produit les fusées Soyouz utilisées pour ces lancements. L’Europe observe évidemment cette bataille. Elle vient elle-même d’accélérer IRIS², sa future constellation souveraine, désormais portée à 348 satellites. Car la guerre en Ukraine a définitivement changé le statut de l’Internet spatial : ce n’est plus seulement un service de télécommunications. C’est devenu une infrastructure stratégique, et parfois une arme.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - L’Europe veut devenir une puissance du quantique, mais elle affronte un problème très européen : elle possède d’excellents chercheurs et des dizaines de start-up, sans avoir encore fait émerger un IBM, un Google ou un Microsoft du secteur. Bruxelles veut maintenant pousser ces acteurs à se rapprocher. Sans leur promettre, pour autant, un nouveau pactole.
Le futur Quantum Act doit transformer l’excellence scientifique européenne en véritable industrie. Le quantique exploite des phénomènes physiques permettant, à terme, de résoudre certains calculs hors de portée des ordinateurs classiques, avec des applications possibles dans la chimie, les matériaux, la logistique, la défense ou la cryptographie. Lors d’une réunion au Parlement européen le 3 septembre, Thomas Skordas, numéro deux de la direction numérique de la Commission, a résumé le problème : l’Europe compte 78 start-up quantiques et ne peut pas se permettre qu’elles restent toutes isolées. Bruxelles veut conserver la concurrence, mais souhaite aussi voir apparaître des regroupements capables d’atteindre une taille industrielle.
Le Quantum Act ne ressemblerait donc pas à l’AI Act. L’objectif est moins d’imposer des interdictions que de coordonner la recherche, les infrastructures, la fabrication de composants et les chaînes d’approvisionnement. La Commission avait initialement prévu le texte pour 2026 ; son calendrier a déjà glissé et une présentation en 2027 n’est plus exclue. Mais il y a un paradoxe : ce texte n’aura pas de budget propre. Or transformer une technologie de laboratoire en industrie exige précisément des milliards, des usines et des années d’investissement. Le conseiller européen Tommaso Calarco résume les besoins en trois éléments : argent, vitesse et coopération. Le Quantum Act pourra surtout agir sur les deux derniers.
La France est directement concernée. Elle possède plusieurs acteurs importants, comme Pasqal, Alice & Bob ou Quandela, et a renforcé en mai sa stratégie nationale avec un milliard d’euros supplémentaire pour la période 2026-2030. L’Europe ne part donc pas de zéro. Elle dispose de chercheurs, de composants et d’entreprises prometteuses. Son problème est désormais de changer d’échelle. Après avoir longtemps financé l’excellence scientifique, elle doit apprendre à fabriquer des champions industriels avant que ses meilleures technologies et ses meilleurs talents ne trouvent ailleurs les capitaux nécessaires pour grandir.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - L’intelligence artificielle ne menace pas seulement de produire de mauvais textes. Dans la recherche, elle peut désormais fabriquer de fausses références, de fausses images et parfois de faux résultats qui finissent par être cités comme de la vraie science. Le CNRS estime que ce phénomène aggrave une crise déjà profonde de la publication scientifique.
Il faut d’abord éviter un raccourci : utiliser ChatGPT ou une autre IA pour améliorer un texte scientifique n’est pas nécessairement frauduleux. Pour le CNRS, le problème commence lorsque cet usage est dissimulé, ou lorsque la machine invente des données et des sources que personne ne vérifie. L’auteur humain reste responsable de ce qu’il publie. Et l’usage de l’IA devient massif. Une étude récente portant sur plus d’un million d’articles biomédicaux en anglais estime que 77 % des publications de 2025 présentent des signes d’assistance par un grand modèle de langage, et près de 90 % pour le seul mois de décembre. Attention : cette étude est encore une prépublication, et détecter une aide rédactionnelle ne signifie absolument pas détecter une fraude.
Le vrai danger vient de l’effet d’échelle. En mai, une analyse de 2,5 millions d’articles biomédicaux a identifié près de 3 000 publications contenant des références impossibles à retrouver. Et une erreur scientifique ne disparaît pas lorsqu’un article est retiré : d’autres chercheurs peuvent déjà l’avoir cité et utilisé comme fondation de leurs propres travaux. Le CNRS rappelle qu’environ 10 000 articles ont été rétractés sur 4,5 millions publiés dans le monde en 2023. Près de 640 000 publications citeraient au moins un article rétracté. L’IA n’a pas créé ce problème : elle peut simplement accélérer une machine déjà poussée par le fameux « publier ou périr » et par certains modèles économiques où les auteurs paient pour être publiés.
En France, le CNRS répond notamment avec BibCheck, un outil capable de repérer dans une bibliographie des articles rétractés ou des références potentiellement inventées. Il défend aussi une évaluation moins obsédée par le nombre de publications. Car le risque ultime n’est pas que l’IA écrive des articles. C’est qu’elle permette de produire de la science plus vite qu’on ne peut la vérifier. Et dans un système de connaissance fondé sur la confiance dans les travaux précédents, quelques fausses briques suffisent à fragiliser tout ce qu’on construit dessus.
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