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- Sous certains villages de Picardie se cache un monde invisible : des galeries, des salles, des couloirs et parfois de véritables petits quartiers souterrains. On les appelle les « muches ».
Le mot vient du picard « mucher », qui signifie « cacher ». Et c’est exactement à cela que servaient ces lieux : se dissimuler sous terre en période de danger.
Les muches se développent surtout entre le XVIe et le XVIIe siècle, à une époque où le nord du royaume de France est régulièrement traversé par les guerres. La Picardie se trouve alors sur une zone stratégique, proche des territoires contrôlés par les Habsbourg. Armées, mercenaires et bandes de pillards circulent dans la région.
Pour les populations rurales, le danger ne vient pas seulement des combats. Les soldats vivent souvent sur le pays : ils réquisitionnent les récoltes, volent le bétail, pillent les maisons et peuvent incendier les villages.
Les habitants imaginent donc une solution radicale : disparaître.
Ils creusent dans le sous-sol, souvent dans la craie, relativement facile à travailler. L’accès aux muches est volontairement discret : il peut se trouver dans une église, une cave ou un bâtiment du village.
Une fois sous terre, les habitants peuvent rester cachés pendant plusieurs jours. Certaines muches comprennent des dizaines de petites pièces appelées cellules. Chaque famille peut disposer de son espace. On y prévoit aussi des endroits pour stocker des provisions, accueillir des animaux ou conserver des objets précieux.
L’organisation est parfois impressionnante. Dans certains réseaux, les cellules sont disposées le long de véritables rues souterraines, avec des entrées soigneusement aménagées et des systèmes permettant de surveiller les accès.
Mais le principe essentiel reste le même : rendre le village apparemment désert afin que les soldats passent leur chemin.
Avec le temps, beaucoup de ces refuges sont oubliés, murés ou abandonnés. Certains ne sont redécouverts que plusieurs siècles plus tard.
Pendant la Première Guerre mondiale, les soldats qui combattent dans la Somme retrouvent plusieurs de ces réseaux souterrains. Certains sont alors utilisés comme abris, postes de commandement ou lieux de cantonnement.
Les muches constituent donc un témoignage étonnant de la vie quotidienne en temps de guerre.
Elles rappellent surtout que, pendant des siècles, face aux invasions et aux pillages, certaines populations de Picardie avaient trouvé une solution particulièrement efficace : lorsqu’une armée arrivait, tout le village pouvait littéralement disparaître sous terre.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. Pourquoi la première rencontre entre Hitler et Mussolini a-t-elle tourné au fiasco ?
06/10/2026 | 2minEn juin 1934, Adolf Hitler et Benito Mussolini se rencontrent pour la première fois. La scène se déroule à Venise. Pourtant, contrairement à l’image que l’on garde aujourd’hui de deux dictateurs alliés, les deux hommes sont alors loin de s’entendre.
À cette époque, Mussolini est au pouvoir depuis plus de dix ans. Hitler, lui, n’est chancelier allemand que depuis janvier 1933. Et s’il admire depuis longtemps le régime fasciste italien, Mussolini regarde encore le nouveau dirigeant allemand avec méfiance.
Le principal sujet de discorde tient en un mot : l’Autriche.
Hitler rêve de rapprocher l’Autriche germanophone du Reich. Il soutient les nazis autrichiens et souhaite qu’ils participent au gouvernement. Mussolini, au contraire, veut maintenir une Autriche indépendante. Pour l’Italie, ce petit État constitue un tampon précieux entre elle et l’Allemagne. Une annexion placerait directement le Reich aux frontières italiennes, notamment près du Tyrol du Sud, territoire germanophone obtenu par l’Italie après la Première Guerre mondiale.
Mussolini soutient donc le chancelier autrichien Engelbert Dollfuss, farouche adversaire des nazis.
À Venise, le Duce entend montrer qu’il est encore le dirigeant expérimenté face au nouveau venu. Le contraste visuel est frappant : Mussolini apparaît en uniforme, tandis qu’Hitler, venu en vêtements civils, semble beaucoup moins imposant dans le cérémonial fasciste.
Mais le véritable problème se trouve dans les discussions.
Hitler voudrait que Dollfuss ouvre son gouvernement aux nazis autrichiens. Mussolini refuse. Les deux hommes discutent longuement, parfois sans interprète, Mussolini parlant allemand, mais aucun véritable compromis n’émerge sur l’Autriche.
La rencontre se termine donc sans résultat décisif.
Et quelques semaines plus tard, la situation devient explosive.
Le 25 juillet 1934, des nazis autrichiens tentent un coup d’État à Vienne et assassinent Dollfuss. Mussolini est furieux. Il fait immédiatement envoyer plusieurs divisions italiennes vers le col du Brenner pour signifier à Hitler que l’Italie est prête à défendre l’indépendance autrichienne.
Hitler recule et nie toute responsabilité.
Ironie de l’Histoire : quatre ans plus tard, en 1938, Mussolini ne s’opposera plus à l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne.
Et les deux hommes qui s’étaient si mal entendus à Venise finiront par devenir alliés : l’Axe Rome-Berlin naît en 1936, avant le Pacte d’Acier de 1939.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.- Au début du XXᵉ siècle, un étrange type d’école se développe un peu partout en Europe : les « écoles de plein air ». Leur principe paraît simple, presque évident aujourd’hui : faire classe dehors, ou du moins dans des bâtiments très largement ouverts sur l’extérieur. Mais à l’époque, cette organisation répond avant tout à une véritable obsession sanitaire : lutter contre la tuberculose.
La tuberculose est alors l’une des principales causes de mortalité en Europe. Très contagieuse, elle se diffuse particulièrement bien dans les logements surpeuplés, humides et mal ventilés des grandes villes industrielles. Or les antibiotiques n’existent pas encore. Les médecins disposent donc de très peu de moyens pour soigner les malades.
Une idée s’impose progressivement : l’air pur, le soleil, le repos et une bonne alimentation pourraient renforcer l’organisme et aider à prévenir la maladie. C’est dans ce contexte que naissent les premières écoles de plein air au début du XXᵉ siècle, notamment en Allemagne, puis en France, en Belgique, aux Pays-Bas, en Suisse ou encore au Royaume-Uni.
Ces établissements accueillent souvent des enfants considérés comme fragiles, maigres ou particulièrement exposés à la tuberculose. On cherche à les éloigner des centres-villes pollués et des logements insalubres.
L’architecture de ces écoles est très particulière. Les salles de classe possèdent de grandes baies vitrées, des portes que l’on peut ouvrir entièrement, parfois même des murs mobiles. Dans certains établissements, les cours ont tout simplement lieu dehors, sur des terrasses ou sous des préaux.
Et cela même lorsqu’il fait froid.
Les élèves peuvent être emmitouflés dans des manteaux ou des couvertures pendant les leçons. On organise également des temps de repos, parfois sur des lits installés à l’extérieur. L’éducation physique, les bains de soleil et les repas équilibrés font partie intégrante du programme.
Mais les écoles de plein air ne sont pas seulement une curiosité médicale. Elles participent aussi à une transformation profonde de l’école. Les pédagogues commencent à réfléchir davantage au bien-être des enfants, à leur santé, à la lumière naturelle, à l’espace et au mouvement.
Après la Seconde Guerre mondiale, avec l’arrivée des antibiotiques et le recul de la tuberculose, leur fonction sanitaire disparaît progressivement.
Pourtant, leur héritage demeure. Les grandes fenêtres, les cours arborées, l’importance de la ventilation ou encore l’idée que l’environnement physique joue un rôle dans l’apprentissage viennent en partie de cette époque.
Les écoles de plein air étaient donc à la fois des écoles, des lieux de prévention médicale et des laboratoires d’une nouvelle manière de penser l’enfance.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - À Rome, il y a environ 1 600 ans, une coiffure aujourd’hui parfaitement banale pouvait vous attirer des ennuis avec les autorités : les cheveux longs.
Nous sommes en 416 après Jésus-Christ. L’Empire romain d’Occident traverse une période particulièrement difficile. Six ans plus tôt, en 410, Rome a été prise et pillée par les Wisigoths d’Alaric. L’événement a profondément traumatisé les Romains : la Ville éternelle, qui n’avait pas été prise par un ennemi étranger depuis des siècles, s’est révélée vulnérable.
C’est dans ce contexte que les empereurs Honorius et Théodose II promulguent une loi interdisant le port des cheveux longs dans Rome. Le texte parle de maiores crines, littéralement de « cheveux plus longs ». Il interdit également certaines tenues faites de peaux animales. Même les esclaves sont concernés.
Mais pourquoi l’État romain se préoccupait-il de la longueur des cheveux ?
Parce qu’à l’époque, l’apparence est aussi une manière d’afficher son identité. Les cheveux longs sont notamment associés à certaines populations germaniques installées dans l’Empire ou employées dans l’armée romaine. Des guerriers et dignitaires d’origine germanique apparaissent d’ailleurs dans l’iconographie avec de longues chevelures.
Après le sac de Rome, voir des Romains adopter ce type de coiffure pouvait donc être perçu comme une imitation de ceux que les élites romaines considéraient comme des peuples étrangers, les externae gentes. Une étude récente consacrée à cette loi suggère précisément que l’objectif était probablement moins d’interdire aux « barbares » d’entrer dans Rome que d’empêcher les Romains eux-mêmes d’adopter leurs modes.
Il faut cependant nuancer : les historiens débattent des motivations exactes. L’interdiction s’inscrit aussi dans un ensemble de règles destinées à préserver les codes vestimentaires et les hiérarchies sociales de la capitale. Rome avait déjà réglementé certaines tenues, notamment les pantalons, jugés trop éloignés de l’apparence traditionnelle romaine.
La coiffure devient donc une affaire politique.
Dans une Rome fragilisée, conserver une apparence « romaine » revient symboliquement à défendre l’identité de l’Empire. Et quelques années seulement après le passage des Wisigoths, porter les cheveux longs pouvait être vu non comme une simple fantaisie esthétique, mais comme le signe inquiétant que les coutumes de ceux qui avaient vaincu Rome étaient en train de séduire les Romains eux-mêmes.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - Le régime nazi prétendait fonder sa politique sur une distinction rigide entre les « Aryens » et les Juifs. Pourtant, dans la pratique, il lui arriva de contourner ses propres règles et d’accorder à certaines personnes d’origine juive un statut exceptionnel. On les qualifiait alors parfois d’« Aryens d’honneur ».
Pour comprendre ce paradoxe, il faut revenir aux lois de Nuremberg de 1935. Elles classaient les habitants en fonction de l’origine de leurs grands-parents. Certaines personnes étaient considérées comme juives, tandis que d’autres, ayant une ascendance juive partielle, étaient classées comme « Mischlinge », c’est-à-dire métisses selon la terminologie raciale nazie.
Mais ces classifications pouvaient poser problème au régime lui-même. Certains hommes ayant des origines juives étaient des militaires importants, des scientifiques réputés, des industriels utiles ou encore d’anciens proches du parti nazi.
Plutôt que de renoncer à son idéologie raciale, le pouvoir créa donc des exceptions.
L’expression « Aryen d’honneur », ou Ehrenarier en allemand, désignait ainsi couramment quelqu’un qui aurait dû subir certaines discriminations raciales, mais que les autorités décidaient de traiter, totalement ou partiellement, comme un « Aryen ». Il ne s’agissait cependant pas d’une catégorie juridique clairement définie : les exemptions pouvaient prendre différentes formes et dépendaient largement du bon vouloir des dirigeants nazis.
Un cas célèbre est celui d’Emil Maurice, l’un des premiers compagnons d’Hitler et membre de la SS. Lorsque ses origines juives furent découvertes, Hitler intervint personnellement pour lui permettre de rester dans l’organisation. Le général de la Luftwaffe Erhard Milch bénéficia lui aussi d’un traitement particulier lorsque des interrogations apparurent sur son ascendance.
Ces exceptions révèlent surtout le caractère arbitraire du système nazi : les prétendues règles biologiques pouvaient être modifiées lorsque les intérêts politiques, militaires ou personnels du régime l’exigeaient.
On retrouve des situations comparables dans la France occupée. Le philosophe Vladimir Jankélévitch, juif et révoqué de l’université par le régime de Vichy, se vit notamment proposer une forme d’« aryanisation ». Il refusa, estimant qu’il n’avait pas à demander pardon pour une origine dont il n’avait évidemment pas à avoir honte.
L’existence des « Aryens d’honneur » montre donc une contradiction fondamentale du nazisme : une idéologie prétendument fondée sur des lois raciales absolues pouvait elle-même suspendre ces lois lorsqu’une personne devenait suffisamment utile au régime.
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