Silent Friend est le septième film de la cinéaste hongroise Ildikó Enyedi, qui avait reçu l’Ours d’or à Berlin en 2017 pour son film Corps et Âme racontant une histoire d’amour entre deux personnes découvrant qu’elles se rêvaient chaque soir en cerf ou en biche, veillant l’une sur l’autre dans une forêt enneigée.
Dans ce film-ci, il est aussi questions de frontières poreuses entre humains et non humains, puisque c’est un arbre installé dans le jardin botanique d’une université allemande – en l’occurrence un gigantesque Ginkgo biloba – qui constitue le personnage principal de ce long-métrage de près de deux heures et demie.
Autour de lui, trois époques et trois personnages défilent en tissant des relations avec cet arbre qui les observe. Greta, première femme à intégrer cette université en 1908 doit affronter la misogynie du monde scientifique d’alors. Hannes, étudiant dans les années 1970, découvre l’amour en même temps que les interactions avec un géranium. Tony chercheur chinois en neurosciences invité sur le campus en 2020, se retrouve coincé par l’épidémie de covid et se lance alors dans une expérience avec le ginkgo.
Pour les trois époques dans lesquelles la cinéaste plonge son arbre silencieux, elle a choisi trois formats différents : le segment contemporain est entièrement filmé en numérique qui permet notamment une précision de l’image à une échelle microscopique ; la partie de l’histoire qui se situe dans les années 1970 a été tournée dans un 16 mm qui intensifie les couleurs ; et la partie qui se déroule en 1908 est filmée en noir et blanc et en 35 mm.
Dans un entretien qu’elle a donnée à Mediapart et à notre collègue Amélie Poinsot à l’occasion de la sortie du film, Ildikó Enyedi expliquait : « Mes personnages cherchent à se connecter aux plantes et se rendent compte qu’il y a un autre œil, Quand vous êtes dans un jardin, vous observez les plantes, mais elles vous observent aussi : vous vous trouvez au milieu d’autres observateurs. C’est cela que j’ai voulu rendre palpable dans le film – non pas l’expliquer, mais le faire ressentir. Les humains y apparaissent comme une partie d’une texture très riche. C’est une sensation plutôt plaisante : on se sent moins seul. »
Silent Friend est sorti en salles le 1er avril dernier.
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